- Ne vous habituez pas trop à sa présence dans vos rangs, Caporal, fit l'homme aux côtés du militaire tandis qu'ils observaient la jeune femme en uniforme qui s'avançait vers eux.
Levi se détourna pour lancer à son interlocuteur un regard franchement menaçant qui l'invitait à exposer clairement le fond de son propos.
- Elle ne restera pas au Bataillon indéfiniment, précisa le civil.
- Vous avez l'air bien sûr de vous, grommela le Caporal.
Mathias Keller ne put retenir un ricanement devant l'air assombri du petit militaire. Il se doutait qu'il s'avançait là sur un terrain glissant, et c'était précisément pour cette raison qu'il le faisait. Il était temps de marquer son territoire, pensa-t-il, et de rappeler au célèbre Caporal à qui appartenait Jin. Qui avait réellement autorité sur sa brillante petite protégée. S'assurant que celle-ci était encore à bonne distance, il rétorqua :
- Vous n'êtes pas sans savoir que Jin et moi nous nous marions l'année prochaine.
- Et ? Je vois pas bien le rapport, maugréa Levi qui ravala in extremis le "ducon" qui avait failli venir ponctuer la fin de sa phrase.
Mathias Keller s'autorisa à rire ouvertement, pour venir souligner - avec un mépris non feint - l'absurdité des propos du militaire.
- Soyons sérieux, Caporal : une femme n'a rien à faire dans l'armée. Encore moins une femme mariée. Je fais déjà preuve d'une grande complaisance en l'autorisant à rester ici.
Levi planta un regard franchement glacial dans ceux de son interlocuteur.
- L'autoriser ? , répéta-t-il, incrédule.
Ce gros porc se croyait-il sérieusement en position d'autoriser ou d'interdire quoi que ce soit à Jin ? Sans trop comprendre la violence de sa réaction, l'idée même d'une Jin mère de cinq têtes blondes et soumise au chef de famille le révulsa.
- Et quelle image cela donnerait de notre famille, poursuivit Mathias, imperturbable. Une femme ! Dans l'armée ! Et dans le Bataillon, qui plus est ! Qu'est-ce que les gens en penseraient.
- Que vous avez épousé une femme qui a de la trempe, courageuse, et prête à se sacrifier pour une cause qui dépasse sa propre personne et sa propre vie, rétorqua Levi. Et je trouve ça plutôt étonnant que ce ne soit pas ça qui vous inquiète le plus. Qu'elle puisse risquer sa vie à chaque sortie.
Le regard assuré de Mathias Keller vacilla quelques instants, dans les rayons lunaires de cette soirée estivale. Il ne se donna pas la peine de répliquer quoi que ce soit. Il était trop tard. Jin arrivait. Les deux hommes se contentèrent de se toiser en silence.
- Ah, Caporal ! , lança Jin à l'attention de son supérieur, d'un ton qui déplu instantanément à Mathias. Je ne vous avais pas encore vu ce soir ! J'ai cru que vous étiez resté cadenassé dans votre bureau. On sait tous votre amour des soirées officielles, railla-t-elle.
Mathias ne pouvait le nier : il existait entre ces deux là une espèce de complicité qui l'irritait - si tant est que "complicité" puisse être le terme exact chez un homme aussi bourru que le Caporal. Tout du moins, il semblait faire preuve à son égard d'une patience et d'une certaine affection qu'il n'offrait qu'à peu de monde. Par les récits que Jin lui en faisait (avec son regard pétillant dès qu'elle lui parlait de ce putain de "Caporal-Chef" !), il savait que le militaire autorisait sa présence à ses côtés même en dehors du champs de bataille, et c'était déjà trop à son goût. S'il l'autorisait à sa table, qu'on ne me fasse pas croire qu'il n'avait jamais songé à l'autoriser dans son lit, ragea le civil. Il savait le pouvoir redoutable de la beauté simple et délicate de Jin, de son esprit vif et aiguisé, de ses réparties piquantes derrière ses manières douces. Lui-même en avait fait les frais dès le plus jeune âge. Mathias connaissait Jin depuis ses dix-sept ans - depuis dix ans - et pas un seul jour ne s'était passé depuis leur première rencontre sans qu'il n'avait voulu s'assurer de la faire sienne.

VOUS LISEZ
// ONE SHOT //
FanfictionRecueil d'OS LivaïxOC ... courts et sans prétention. Attention, probables traces de citron 🍋