Bonus 1# ~ Déprime hivernale

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Dix ans plus tard

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Dix ans plus tard ...
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[ Octobre 2026 ]

Je n'attends rien de particulier de la vie puisque j'ai tout ce dont j'ai besoin: Des parents plus aimants que jamais – quoi qu'un peu étouffants – Des frères et sœurs en pagaille (en vrai, trois seulement, mais ils prennent de la place), un avenir tout tracé avec des études en droit comme Papa. Et j'ai même une petite amie que j'adore, et que je connais depuis ma plus tendre enfance.

Pourtant, à l'aube de mes vingt ans, le bilan est modeste. Je n'ai rien vécu de passionnant et je réalise que ma vie parfaite est bien terne. Je suis gêné de penser cela car je sais que je ne manque de rien, mais ce sentiment de vide s'impose à moi.

Peut-être ai-je besoin de quitter Paris pour découvrir de nouvelles choses ? Peut-être ai-je besoin d'une nouvelle activité ?

J'ai cette impression persistante que je suis en train de passer à côté de quelque chose. Perdu dans mes pensées, je me fais rappeler à l'ordre par mon professeur de droit civil. Son regard sévère me cible sans une once de bienveillance :

— En voilà un qui s'est trompé de vocation ! Ce n'est pas parce que votre père est Daniel Hemerald-Delauney que vous allez obtenir votre diplôme. Remuez-vous un peu et cessez de rêvasser ?

Je suis rouge de honte ! Je ne sais pas quoi répondre. J'aimerai avoir la répartie de ma mère, ou encore celle de Kya qui malgré son jeune âge, se défend mille fois mieux que moi. Mon père et mon oncle sont des pointures dans le domaine et des références en matière d'avocats. Je découvre avec stupeur qu'être un Hemerald n'a pas que des avantages. Les camarades vous adressent souvent la parole par intérêt, les filles vous draguent par intérêt aussi, et les professeurs vous démolissent sans raisons évidentes.

Heureusement, la fin du cours sonne. Je m'empresse de rassembler mes affaires que je jette en désordre dans mon sac à dos. Je sors de cette salle de tortures et m'engage dans le long couloir qui mène à la cafétéria de l'université. Il n'est que onze heures, j'ai une heure trente de pause avant le prochain cours.

Un Sms de ma petite amie vient me donner du courage :

Hello mon amoureux, j'espère que ton cours s'est bien passé. À tout à l'heure. Je t'aime ! Lina

Je lui réponds que je l'aime aussi et replace le téléphone dans ma poche. Assis sur les marches qui mènent au patio, je mange le panini jambon-fromage que je viens d'acheter. De ma place, j'assiste à une scène d'une violence inouïe. Une étudiante se fait bousculer et embêter par un groupe trois ours mal léchés. Il me faut peu de temps pour arriver à leur niveau et m'interposer :

— Ils se passent quoi avec mon amie ?

Bien évidemment, je ne la connais pas, mais c'est seul stratagème qui me vient à l'esprit.

— Rien, rien on s'amusait juste ! Hein ma boulette ?

— Je crois qu'elle ne s'amuse pas... Vous êtes vraiment débiles ma parole !

— Oh Hemerald ! Ne fais pas ton malin, souffle Adam, leader incontesté des emmerdeurs depuis l'école primaire.

— Ok ! Et bien maintenant c'est fini. Viens avec moi, allons ailleurs ma belle, ils ne te méritent pas.

Ses grands yeux noirs me remercient. Elle attrape la main en serrant si fort que j'en perds presque mes doigts.

— Merci, fait-elle en articulant avec difficulté.

— Tu as le droit de dire « non » tu sais ? Il ne faut pas te laisser faire, quand bien même ce sont des grands gaillards. Tu as le droit de crier !

Elle se met à pleurer et de gros sanglots s'échappent de sa personne. Je l'observe sans savoir quoi faire.

— Allez ça va aller !

Je lui propose l'asile de mes bras et elle s'y jette sans hésitation. Son geste m'émeut.

Si Lina venait me trouver dans cette situation, elle me tuerait sur le champ.

Une fois calmée, nous nous éloignons et nous nous asseyons sur un banc. Elle se tourne vers moi et me fixe un moment avant de lâcher :

— Toi, tu es mon ange gardien.

Sa voix et sa diction sont vraiment étranges...

— Oh mais c'est bien normal. J'ai trois petites sœurs, et je n'aimerais pas que ce genre de chose leur arrive.

Je la regarde à nouveau et remarque ses appareils auditifs.

— Je suis malentendante, déclare-t-elle lorsqu'elle s'aperçoit que je bloque sur son sonotone.

— Ok...

— Je n'entends quasiment pas. J'oralise un peu. Par contre, je parle couramment la langue des signes.

— Comment fais-tu pour les cours ?

— Je lis sur les lèvres et puis pour le reste, je me débrouille comme je peux.

— Tu es en quelle année ?

— Troisième année, mais c'est ma première à Paris. Avant j'étais à Grenoble et toi ?

— Licence aussi. Je suppose que tu es dans le groupe de ce bourrin d'Adam.

— Malheureusement, oui. Un groupe où personne ne veut adresser la parole à une jeune femme noire, ronde et handicapée, annonce-t-elle avec ironie.

— On peut demander au secrétariat des étudiants si tu peux changer ?

— J'y suis allée à plusieurs reprises, et tout le monde feint de ne pas me comprendre. J'ai laissé tomber.

— Surtout pas !

— Quel est ton nom ?

— Kouassi. Evy-Laure Kouassi !

— Enchantée Evy-Laure. Moi c'est Noam Hemerald



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