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[ Paris – Janvier 2014 ]

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[ Paris – Janvier 2014 ]

Les choses peuvent parfois évoluer d'une incroyable façon, tout comme nos relations avec les gens qui nous entourent. Je ne le sais que trop car ce midi je mange avec Agathe, l'affreuse hôtesse d'accueil du cabinet de Meyer et Dani. Elle et moi sommes devenues copines.

J'ai longtemps hésité avant de m'engager dans une relation amicale avec elle et au final, je la trouve attachante. Ensemble, nous partageons la passion pour la musique et la cuisine. Le plus drôle, c'est que j'ai appris à la connaître par le concours de Meyer.

En fait, je participais à un cours de cuisine à « L'atelier de Fred », dans le troisième arrondissement. En général, ce genre d'atelier est constitué d'un petit groupe de cinq à six personnes, en plus du chef, j'aime bien y aller car c'est chaleureux et convivial. Et puis Fred est un chef accessible, pas comme ses confrères de la capitale, où l'ambiance est froide et impersonnelle.

Ce soir-là, nous attendions deux retardataires, le chef nous a proposé de patienter un peu. Cinq minutes plus tard, les deux personnes en question faisaient leur entrée et quel ne fut pas ma surprise en les voyant arriver ! Je suis partie dans un fou rire rien qu'à voir leur tête quand ils m'ont aperçue. Meyer et Agathe, très gênés par ma présence, se sont excusés auprès du groupe avant de s'installer silencieusement à mes côtés. Agacé par mon hilarité, Meyer a chuchoté à mon oreille :

— Tu ne peux pas faire comme tout le monde ?

— Mais quoi ?

— La vérité arrête de rire comme une hyène Nelle, ce n'est pas sympa !

—  Ce n'est pas de ma faute. Toi et Mademoiselle Pitbull... Olala, c'est trop pour moi ! Te fâche pas, j'arrête ! je dis en m'efforçant d'être plus sérieuse.

J'avais senti que Meyer était gêné. Je lui ai adressé un clin d'œil accompagné d'un sourire franc qui l'a aussitôt décontracté. En les observant cuisiner, je les ai trouvés complices et mignons. Je pensais naïvement qu'il flirtait avec Marianne, je m'étais bien trompée !

Trois heures plus tard, nous sortions de l'atelier, le ventre rempli et des recettes plein la tête. Comme d'habitude le chef Fred avait été opérationnel. Meyer m'a gentiment proposé de me raccompagner mais mon Uber était déjà en route.

Pendant les cinq minutes d'attente, nous avons discuté devant l'atelier. J'ai trouvé qu'Agathe avait moins l'air « Pitbull » que d'habitude. Je n'ai pas eu le temps d'en savoir plus sur les tourtereaux parce que mon chauffeur est arrivé. Meyer m'a fait promettre de ne parler de leur idylle à personne, j'ai souri avec malice et promis de ne rien dire avant de m'engouffrer dans la berline noire que j'avais réservée.

En réalité, Meyer savait pertinemment que j'étais incapable de garder tout cela pour  moi, je l'ai partagé avec mon mari dès mon arrivée. Celui-ci n'a pas compris comment cette information a pu lui échapper.

— Vous êtes vraiment amis tous les deux ; vous trouvez l'amour auprès de vos employées.

— Jeanelle !

— Ben quoi c'est vrai ?

Daniel ne croyait pas en leur histoire, il pensait que c'était un moyen comme un autre pour Meyer de noyer son chagrin. Pour les avoir vus ensemble, j'ai tout de suite pensé que c'était sérieux entre eux.

Aujourd'hui, je sais que j'avais raison, puisqu'à notre grande stupéfaction, Meyer a invité Agathe à venir vivre chez lui. Daniel et moi en avions été stupéfaits.

À force de nous côtoyer à travers nos hommes, nous sommes devenues copines. Nous déjeunons souvent ensemble. Agathe se confie au sujet de son désir de maternité et s'inquiète car Meyer n'est pas tout à fait prêt. J'explique à Agathe que Béné est la seule femme avec qui Meyer a jamais envisagé d'avoir un bébé. Alors, il faut qu'elle soit très patiente avec lui. Il lui faut un peu de temps :

— Tu as certainement raison mais j'en ai tellement envie.

— Si j'ai appris une chose avec les hommes, c'est qu'il ne faut pas les brusquer en matière de paternité. Il faut que ça vienne de vous deux. Si le désir vient de toi seule, attends-toi à une catastrophe. Sois patiente ma belle !

— Eh bien il ne me reste plus qu'à patienter. En espérant que Meyer prenne une décision rapidement.

— Ça ira, tu verras. Si cela doit se faire, ça se fera ! 

— Et vous deux ? Noam vous suffit ?

— Nous ne sommes pas tous égaux face à la fertilité. Mère nature décidera quand elle le voudra... dis-je en souriant.


*



[ Paris – 14 Février 2014 ]

Cette Saint-Valentin aurait dû être la plus belle de ma vie, malheureusement, je suis triste à en mourir.  La faute à cette fausse-couche qui a anéanti tous nos espoirs. Pourtant, il y a une semaine encore, deux beaux embryons s'étaient logés dans mon utérus et s'accrochaient autant que la vie le leur permettait.

J'avais même préparé une surprise à Daniel pour le lui annoncer. C'était magique, nous n'y croyions plus. Nous étions surtout très heureux de laisser derrière nous le processus lourd et douloureux contre l'infertilité. Et puis plus rien. Retour à la case départ !

Je n'ose pas montrer que je suis affectée, pour ne pas décourager Dani. Lorsque son moral n'est pas bon, sa maladie prend le dessus. Je m'efforce de rester positive mais sérieusement mon espoir se délite car nous avons déjà tenté quatre FIV ; il ne nous reste plus qu'une chance et Daniel refuse de s'en servir :

— Tu ne peux pas continuer à suivre ce protocole difficile pour satisfaire mes envies de paternité !

— Mais si !

— Mais non... Justement... Il faut savoir s'arrêter.

— Je ne le fais pas que pour toi Dani.

— Tu le fais surtout pour moi. Je te connais...

— Je le fais pour nous deux, j'aimerais avoir un enfant de toi et c'est normal.

— Jeanelle...

— S'il y a encore une chance, alors je la tente.

— Ce n'est pas certain que ça aboutisse un jour.

— Je le sais bien mon chéri. Et je ferai le deuil de cet enfant quand il n'y aura plus aucune solution. Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas !

— Tu as toujours été la plus optimiste de nous deux, me dit-il avec une tristesse qui me fend le cœur.

— Parce que je veux y croire.

— Je ne sais pas si j'en ai encore la force mon cœur.

— Si toi tu n'y crois plus, il n'y a pas d'intérêt de continuer. Je vais avoir besoin de toi pour avancer. C'est une montagne trop haute pour que je l'affronte seule.

— Je sais mon cœur... Je sais... dit-il pensif.

En secret je pleure. Je pleure toutes les larmes de mon corps et je pleure des heures entières, lorsqu'il n'est pas là. En réalité je ne suis pas certaine d'y arriver. Toute cette histoire joue sur notre humeur. Je suis un peu moins patiente et lui un peu plus froid et distant.

Je me dis qu'aujourd'hui est un bon jour pour essayer de nous rapprocher. J'organise un petit dîner pour nous deux. Daniel vient d'arriver et découvre mon projet, il m'adresse son plus beau sourire, cela illumine ma soirée.

Nous rions ensemble pour la première fois depuis des jours, comme j'aimerais que cela soit toujours comme ça. Je me fais la promesse de réessayer de temps en temps, même si le parcours est difficile, tout cela en vaut la peine. Surtout si cela peut rendre mon mari heureux.

TOUT A COMMENCÉ UN VENDREDI SOIR DE JUILLET [TACUVSDJ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant