Chapitre 1 - Le Ciel et la Mer

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Dix années se sont écoulées depuis la capture du Démon doré ~
 

Un groupe de personnes en tenus noirs de jais marchait en silence, traversant les paysages montagneux enneigés du sud de Zhyun. Dans les environs, une brume épaisse semblait tout recouvrir, ajoutant au caractère déjà mystérieux du petit groupe. Ils étaient cinq en tout.

Tous portaient des masques métalliques, couvrant le haut ou l'ensemble de leur visage, et un large capuchon recouvrait leur tête à chacun. Seul un de ces silencieux personnages avançait à visage découvert.

Une femme à la peau brune et aux cheveux sombres nouées en un chignon stricte, mais duquel ressortait une mèche blanche. Située en tête du groupe, son regard était fixé sur le sentier se dessinant devant eux. Un regard dur, impassible. Aussi inexpressif que les rochers blanchis par l'hiver qu'elle dépassait continuellement, et ce depuis plusieurs heures déjà.

- « Dans combien de temps est-ce qu'on arrivera enfin en vue de ce foutu monastère, Moïra ? », se plaignit l'un de ses compagnons, brisant le silence, « J'ai l'impression que mes pieds vont se détacher du reste de mon corps... avec mes oreilles et mon nez. »

Moïra ne lui accorda aucune attention.

- « C'est la cinquième fois que tu te plains en deux heures », répondit une voix bourrue à sa place, ne prenant pas la peine de dissimuler son exaspération, « Ferme-là pour une fois et marche, recrue. »

Le dénommé Yfen se retourna vers celui qui venait de parler, un grand gaillard du nom d'Olaxian, et lui montra son majeur. Avant, toutefois, de le baisser rapidement pendant que son camarade regardait ailleurs. Le jeune homme était téméraire mais il n'avait pas envie de perdre son doigt pour autant.

- « Marcher on fait que ça depuis deux semaines ! », reprit-il en tous cas, « On a traversé toute cette Kiusso de province à pieds et ce serait gentil de dire qu'on se gèle carrément les miches ! Sérieusement, combien de traces on va encore devoir effacer dans la neige ? Combien de maudits rochers on va continuer à dépasser sans lâcher un seul mot ? », Yfen pointa alors un roc sur sa droite comme pour appuyer son propos, « Ils se ressemblent tous en plus ! »

Mais tandis qu'il continuait à discourir sur la pénibilité des conditions de leur mission, la plupart des membres du groupe se contentèrent de l'ignorer copieusement. Au final, seuls les bruits de leurs pas faisant craqueler la neige sous leur poids, et celui de bruits de mastications, répondirent aux questions de leur agaçant camarade.

- « Et combien de temps je vais encore devoir écouter Linnie mâcher ses foutues rations de viande séchée ? », poursuivit Yfen, « Ça ne vous rend pas fous vous ? Je sais même pas comment elle peut... »

Moïra s'était arrêtée et le regardait maintenant fixement. Pas particulièrement grande ni large d'épaule, celle dont l'on pouvait aisément deviner qu'elle était la cheffe de ce petit groupe n'avait pourtant jamais eu besoin de hausser le ton pour se faire respecter. Ni de parler d'ailleurs. De fait, un simple regard de ses yeux verts poison suffisait généralement à intimider à peu près n'importe qui. Et n'importe quoi.

- « Tu as fini ? », demanda-t-elle froidement.

- « Et bien justement... »

- « Excuse-le cheffe », répondit Ren à sa place avant que les choses ne s'enveniment. Le jeune acolyte – de fait le plus jeune de l'escouade – s'était approché pour prendre son camarade par l'épaule. « Cet idiot n'a jamais su quand s'arrêter. Mais il a compris maintenant, pas vrai Yf' ? »

Ce dernier, l'air confus, regarda tour-à-tour le jeune homme puis Moïra, avant de se mettre à rire nerveusement comme s'il se rendait soudainement compte qu'il avait outrepassé sa position. C'était souvent le cas avec Yfen. Faire preuve de tact n'était pas vraiment sa tasse de thé et il oubliait parfois d'en faire usage. Souvent à sa guise d'ailleurs.

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