CHAPITRE 2

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Vu le temps et l'heure, c'était sûr qu'on allait tomber dans les bouchons. Au moins, j'aurai une vraie bonne raison d'arriver en retard. Une excuse qui ne conviendra pas à mon père, soit dit en passant. J'omettrais simplement de parler de ma camarade de classe, et seule amie, qui fait du chantage sexuel aux professeurs pour éviter d'être punie.

J'ai laissé Eugie s'asseoir sur la dernière place de libre, comme elle voulait absolument finir son croquis. Pour une intello, elle est plutôt jolie. Ses doigts sont longs et fins, parfait pour dessiner ou jouer du piano. Sa peau est légèrement dorée, héritage de ses origines portugaises et ses cheveux sont si foncés qu'on les pense encore plus épais qu'ils ne le sont. Son nez droit est fin, et ses sourcils épais et noirs se mouvent à chaque idée qui traverse son cerveau. Je comprends comment elle arrive à plaire à nos professeurs. Brillante, mystérieuse et jolie. Elle serait sûrement plus populaire si elle sortait de chez elle.

—    Pssiit, je l'appelle.

Elle relève la tête en haussant un sourcil. Je regarde autour de nous le plus discrètement possible avant de me pencher sur elle dans une position peu confortable.

—     Quoi ?

—     Tu fais comment ?

—     Comment quoi ? me reprend-elle en haussant un sourcil.

Je rougis et regarde à nouveau autour de moi. À croire que je suis sur le point de poser la question ultime.

—     Avec les mecs.

—     Aaaah. Pourquoi tu chuchotes ? s'interroge-t-elle, me faisant rougir de plus belle. Comme tout le monde, je pense. Ne pas être la dernière des idiotes aide pas mal. Ils ont du mal à me manipuler. Et toi tu fais comment ?

Elle me fixe avec un rictus qui en dit long au coin des lèvres.

—     Je...

—     Quoi ? Attend... T'es vraiment vierge ? lance-t-elle un peu trop fort et l'air vraiment surprise.

Je lui fais signe de se taire avec mon doigt.

     —      Tu sais mon père est toujours sur mon dos, alors...

Elle retient un rire dans sa main.

—     Bordel de merde, comment tu peux être vier...

Au moment où elle s'apprête à m'afficher publiquement une énième fois pour la journée, le bus freine brusquement. Eugie se raccroche de justesse au siège, mais moi je rate la barre et pars en arrière. Merde.

Coup de bol ou non — tout dépend du point de vue, personne ne se trouve derrière moi au moment où mon corps est tiré par la gravité. Enfin, personne, sauf le gars assis en face de ma copine. Lorsque je réalise la situation, je suis presque allongée sur lui, comme une étoile de mer sur le sable chaud. Sa main fait rempart entre mon crâne et la vitre et son autre main agrippe fermement une de mes hanches. Je ne sais pas ce que sa main fout sur ma hanche, mais ce gars vient de me sauver la mise. Je reprends mon souffle avec difficulté.

—    Vous allez bien ?

    Je tourne la tête et rencontre des yeux en amandes similaires aux miens. À la différence que ses iris sont d'un marron presque orange tandis que les miennes sont d'un vert rivière. Nos regards plongés l'un dans l'autre, je me perds dans ses yeux aussi hypnotisant que perturbant. Doucement, sa deuxième main vient trouver mon autre hanche, me ramenant à la réalité. Je suis étalée sur un homme que je ne connais pas !

—    Je crois que je vais bien, oui, je lui réponds un peu gênée et réfléchissant à  comment je vais bien pouvoir me redresser.

Il dévoile un sourire plein et lumineux et soudain, ses mains sur moi n'ont plus la même connotation. J'ai chaud. Vraiment très chaud. Est-ce qu'il le fait exprès ? Est-ce que je suis tombé sur l'un de ses pervers ?

MA PRÉCIEUSEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant