Milo
Lorsqu'elle a évoqué ce type du bus, mon corps s'est contracté comme du roc. Il l'avait aidé mais il l'avait aussi touché. Il lui a fait des choses que je ne peux me permettre en tant qu'agent. J'étais fondamentalement jaloux. Oui, jaloux.
Dans mon malheur, j'avais la chance qu'elle ne soit pas du genre à courir après les hommes. Je pouvais la garder pour moi.
George a dû me ramener à la réalité lorsque l'ai vu passé en furie avec sa jolie robe bleue, épousant ses jolies fesses rondes. Il m'avait souhaité une bonne soirée et surtout le meilleur pour la suite, sans se douter qu'il devrait revenir sur son ancien lieu de travail, à peine quelques heures après l'avoir quitté.
J'ai vu des choses cette nuit-là. En réalité, je vois beaucoup de choses. C'est mon métier, de vérifier ce qu'il se passe sur le domaine. Mais si Azhlei découvrait jusqu'où je suis allée pour m'assurer de sa sécurité...Elle ne me regarderait plus de la même manière. L'indifférence laisserait place au dégoût. Je préfère encore l'indifférence.
Ce soir, je savais qu'elle allait revenir de mauvaise humeur, comme à chaque fois qu'elle se rend à l'une de ces festivités. J'avais donc préparé la mansarde dans l'espoir qu'elle s'y rende, mais je n'aurai jamais cru qu'elle reviendrait aussitôt.
L'envie de lui demander ce qu'il s'était passé et de la prendre dans mes bras était terrible. J'ai bien vu qu'elle avait pleuré, et je me suis senti littéralement impuissant. J'aimerai faire plus pour elle. Être plus pour elle. Mais je ne suis qu'un fils d'immigré italien, payé au smic et aux heures de nuit. Je sais qu'elle est différente de ces pimbêches au porte-monnaie extensible mais je sais aussi qu'elle mérite mieux.
Je l'avais vu passer sur les cam2ras, dans sa jolie chemisette blanche. Celle que je préfère.
Elle lui donne des allures d'ange et est une invitation à la luxure. Je n'ai eu qu'a compté quelques secondes avant de la voir apparaître dans la mansarde. Le clair de lune se réfletait sur sa natte brune, sa poitrine gonflé d'avoir grimpé les escaliers et ses hanches à l'étroit dans ce fin tissu. Mon coeur avait manqué un battement, lorqu'elle avait pris la peluche dans sa main. Je l'ai vu murmuer quelque chose avant qu'elle ne bouge l'ourson et que je ne puisse qu'admirer l'obscurité de la bibliothèque. J'avais juré en comprenant que je ne pourrais pas l'admirer du tout ce soir. La voir peindre me captivait. Par de simples gestes, elle arrivait à me faire tourner la tête. Je voudrais être la toile sur laquelle elle peint. Etre la peinture qui l'éclabousse lorsqu'elle se laisse trop porter par le flou artistique. Mais ce que j'aimerai par dessus tout, c'est d'être près d'elle quand elle décide de pleurer à chaude larme. Avait-elle pleurer cette nuit-là ? Je n'en sais rien.
Thomas était revenu entre temps et j'avais dû faire semblant de me concentrer sur les caméras. Je m'étais alors rendu compte qu'aucune ne fonctionnait. Le temps de régler la panne, Azhlei devait être rentrée depuis longtemps dans sa chambre. J'avais alors profité de mon tour de garde pour aller remettre la peluche en place. C'est là que mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai vu les débris de verre et de bois jonchant le sol, la peinture et les pinceaux éparpillés autour de la toile tombée au sol. J'ai traversé la pièce, replacé la peluche et récupéré la clef qui était toujours au même endroit.
J'ai tout de suite pensée au pire. Au lieu d'appeler la police pour effraction, je me suis rendue devant sa chambre, je l'ai ouverte délicatement, au cas où elle ne dormirait pas encore. Et je l'ai trouvé là, assoupie, sa jambe par-dessus la couverture et sa chemise de nuit outrageusement relevé. La bouche entrouverte et sa bretelle tombant mollement sur son épaule.
Tout mon corps s'était affolé. Mon coeur d'abord, puis plus bas. J'avais envie d'elle. De faire glisser par dessus ses formes cette fine nuisette. De parcourir son corps de baiser langoureux et avide. De saisir entre mes dents ce téton pointé dans ma direction.
Soudain, elle avait gémit et j'estimais qu'il était temps que je retourne à mon poste. J'avais pressé mon sexe dans mes mains en espérant qu'il se calmerait, mais ce gémissement avait eu raison de moi. J'avais une trique de dingue.
Alors j'avais dû faire un détour par les toilettes et m'était abandonné à l'excitation. Le visage souriant d'Azhlei avec un pinceau en main avait obsédé mes pensées avant d'atteindre l'extase. J'étais à bout de souffle en sortant de la cabine. Les bras de parts et d'autres de l'évier, mon regard ivre de désir plongé dans le mirroir. Une larmichette de sueur s'échappait de mon front et roulait sur ma joue. Mes cheveux sombres étaient moite et paraissaient plus coiffés qu'à l'accoutumé. J'en étais malade. Malade d'Azhlei.
Le temps que je revienne au poste, Thomas s'était volatilisé. Je l'avais retrouvés sur les caméras de surveillances du musée. Il était au deuxième étage et il semblait affolé, et pour cause: le tableau de La laitière avait disparu.
A cause de ma lubie, je faisais désormais parti des suspects. Mais comme Thomas était présent également, il n'avait pas échappé à l'interrogatoire de l'inspecteur.
Cet homme sentait la sournoiserie à plein nez, mais je ne suis pas tombé dans le piège. Les caméras ne fonctionnaient pas et Azhlei ne se sentait pas bien. C'était et ça resterait ma version officielle. Jusqu'à ce qu'Azhlei m'avoue ce qui s'est passé dans la mansarde.
Pour l'instant, je devais tout faire pour la sauver.
Et surtout, cacher ma terrible obsession.
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MA PRÉCIEUSE
RomanceAzhlei n'est autre que la fille de Robert Delaunay, directeur de la célèbre fondation d'art du même nom. Alors que d'autres rêvent de sa vie, Azhlei fait tout pour échapper à la prison doré dans laquelle son père essaye de l'enfermer. Ce monde de p...