CHAPITRE 6

21 2 0
                                    

Je me réveille soudainement lorsque quelqu'un d'un peu trop insistant frappe à ma porte de chambre.

— Oui...? je bougonne, les yeux et la voix encore gorgés de sommeil.

Je n'ai pas dormi de la nuit. Comment le pourrais-je ? Un homme est entré par effraction dans la fondation et a disparu comme par enchantement. J'ai essayé de le chercher, mais à force d'inspecter sans résultats les moindre recoin sombre, j'ai décidé de retrouver mon lit.

Cependant, une fois dans mes draps, il m'était difficile d'oublier ses paroles, son odeur, sa proximité...et notre baiser.

Qu'est-ce qu'il m'a pris ? Je ne suis pas ce genre de fille. Et un voleur ? Que je ne connais pas ? J'avais décidé d'accuser Eugie et sa mauvaise influence, ainsi que mon désir de me débarrasser du souvenir de Didier sur mes lèvres.

Jeanne ouvre la porte, affichant une mauvaise mine, les traits tirés par l'inquiétude et la déception. D'après mon petit doigt, je vais me faire sermonner pour ma disparition d'hier.

Sans me demander, elle vient s'assoir sur le lit et prend ma main entre les siennes.

— Je n'espérais pas un jour avoir à vous dire ça, ni de si bon matin, mais la fondation a été victime d'un vol cette nuit, lâche-t-elle comme s'il s'agissait du plus grand malheur que la Terre ait jamais connu.

Raté.

Je la dévisage quelque peu. Il a donc bel et bien volé quelque chose.

— Je ne comprends pas tout...marmonné-je d'un air innocent. Quelle menteuse. Je l'ai vu le voleur et je suis au courant qu'il a pénétré par la mansarde en grande pompe. J'étais avec lui, contre lui, suspendu à ses lèvres.

— Il s'agit de "La laitière" de Vermeer. Votre père avait réussi à négocier un prix extraordinaire avec un collectionneur et devait l'envoyer dans les semaines à venir et...

Un gloussement m'échappe malgré moi.

— Mademoiselle ? m'interroge-t-elle du regard.

— Pardon, Jeanne. Comment va mon cher père...?

*

— 1,8 MILLIONS ! Envolés comme par magie ! Vous vous rendez compte ?!

La voix de mon père résonne à travers tout le hall. En descendant les escaliers aux côtés de Jeanne, je distingue le dos de George.

J'ai de la peine pour lui. C'était son dernier jour hier et tout lui retombe dessus.

— Monsieur, les caméras de sécurité sont...

— Foutues ? Je sais ! Bon sang, vous partez aujourd'hui et vous me laissez avec une équipe de bras cassés, avec un cambriolage sur le dos, s'insurge mon père en pointant du doigt Thomas et Milo qui auraient dû finir leur nuit de travail il y a quelques heures. Je vois bien que Thomas est paniqué. Sa peau de roux a pris une teinte rosée et il ne cesse de se gratter le cou. En revanche Milo est...C'est Milo. Impénétrable. Pourtant, il vient de se faire injustement traité d'incompétent par son patron.

— Nous sommes samedi, le musée ouvre dans une heure, comment fait-on maintenant ?

— Ce n'est pas de notre ressort monsieur. J'ai fait appel à la police, ils ne devraient pas tarder.

Mon père jure dans sa barbe en faisant de larges gestes d'agacement. Je crois que je ne l'ai jamais vu aussi énervé. Et franchement ? C'est jouissif.

Tout à coup, mon père se retourne, le regard furieux. Je jette un œil à Jeanne qui me lorgne avec horripilation. Oups. Je crois que j'ai ri un peu trop fort.

MA PRÉCIEUSEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant