C'est Max qui m'a emmenée à l'aéroport dans sa voiture hybride et, bien sûr, il a plaisanté pendant tout le trajet.
« Mademoiselle Andromaque est une star, ai-je entendu dire ! Je suis étonné que tu n'aies pas encore une voiture avec chauffeur. »
Il m'a semblé plus détendu, plus joyeux. Ou alors c'était moi qui voyais tout en rose, excitée au plus haut point par mon départ pour Milan. Il m'a déposée devant le terminal des départs, m'a envoyé un baiser à travers la vitre de sa voiture, et c'est ainsi que ma petite aventure italienne a commencé.C'est seulement en arrivant à Milan que j'ai commencé à déchanter sérieusement. J'avais pris le taxi envoyé par la marque de maroquinerie qui organisait le séjour pour me rendre dans le vieux palace italien, où nous étions logés. Le séjour s'annonçait luxueux. Mais, trois bonnes heures après mon arrivée, je n'avais toujours pas eu le moindre signe de vie de la part de Kilian, malgré mes textos répétés.Pour mon premier jour en Italie, j'avais prévu une tenue cool mais sophistiquée, comme me l'avait conseillé Brigitte, la styliste de Mélody Valentin.
Je l'appelle désormais très souvent pour avoir ses précieux conseils et cette fois-ci, elle est venue chez moi avec une robe noire, un ensemble jean et chemise à col claudine et une tenue plus décontractée. Elle m'a tout prêté pour le voyage. Une excursion avait été prévue le jour de notre arrivée par la marque et j'avais choisi pour y aller un jean ultra-moulant, enfilé au détriment de mon bien-être intestinal et de ma respiration. En le fermant, j'ai eu l'impression d'être coupée en deux. J'ai tenté quelques légères flexions pour le détendre mais rien n'y a fait, j'avais toujours autant de mal à respirer.
En attendant de quitter ma chambre, j'ai ouvert complètement ma braguette et j'ai rabattu dessus tant bien que mal un sweat Kenpo vert et jaune, acheté pour l'occasion. Avant de me rendre au rendez-vous fixé par mes hôtes, j'ai eu deux bonnes heures devant moi pour me reposer du voyage. Tout en attendant une réponse de Kilian, j'ai donc simplement profité de ce que la marque de maroquinerie avait laissé à mon intention, dans ma somptueuse chambre. En plus du pyjama blanc et bleu en coton égyptien disposé sur le matelas au couvre-lit baroque, il y avait tout un assortiment de crèmes, de lotions et de produits pour le corps dans la salle de bains.
Assise sur le canapé en velours noir, qui donnait sur les hauteurs de Milan, j'ai savouré l'un des mini panetonnes laissés à mon intention. J'en aurais bien mangé un second mais mon jean skinny m'empêchait toute velléité de goinfrerie. Le sol de la chambre était tapissé d'une moquette noire si épaisse que j'aurais pu me coucher à même le sol et m'endormir dessus. Au mur, des tableaux d'art contemporain côtoyaient des reproductions de maîtres flamands, dans un goût qui m'a quand même semblé un peu douteux. Des fresques au plafond reproduisaient des scènes bibliques. L'ensemble respirait la vieille bourgeoisie italienne, un peu comme si je m'étais perdue dans une scène d'un film de Fellini.
Je me suis aspergée de d'eau florale, gracieusement disposée dans la salle de bains, dont les carreaux de marbre blanc se reflétaient dans d'immenses miroirs à encadrement doré, puis j'ai mis mes richelieus Robert Mergerie et j'ai patienté encore quelques minutes. Le temps pour mon cerveau de se rappeler que mon compte en banque était dans le rouge. Le truc c'est que, depuis que je suis au centre des regards, qu'on épie mes looks sur internet et même dans les magazines people à cause de mon amitié avec Mel, je me sens obligée d'acheter des vêtements de marque. Comme ce joli petit sweat Kenpo qui m'a coûté la bagatelle de 215 euros ou mes chaussures Mergerie à 390 euros. Bref, les chèques de mes parents filent en fringues depuis deux mois déjà et j'ai des loyers en retard. Je sais que je ne vais pas pouvoir tenir longtemps à ce rythme-là...
Enfin, il a été temps de quitter la chambre. En attendant l'ascenseur dans le couloir de l'hôtel, moquette et tapisserie grand siècle, je suis tombée sur une blogueuse que j'ai croisée quelques rares fois. Il s'agit d'une star du Net, une sorte de Jade bis, un peu moins connue, un peu moins charismatique, mais qui a conquis un public fidèle. Elle aussi a fait de son blog un job à plein temps, et j'estime qu'elle gagne au moins le double, si ce n'est le triple du salaire que Lulu empochait chez Zaza. Je lui ai fait un sourire timide, qui devait étrangement contraster avec ma nouvelle allure, plus affirmée... Je n'ai pas pu m'empêcher d'admirer sa tenue, tellement plus au point que la mienne, que j'ai brusquement ressenti le besoin de retourner illico dans ma chambre pour me changer. Au lieu de ça, je l'ai regardée de biais alors que nous attendions l'ascenseur et qu'elle engueulait vraisemblablement son copain au téléphone, en marchant de long en large dans le couloir.
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Confessions d'une serial blogueuse
ChickLitMa vie, de fashion zéro à fashion héros (fiction)
