La porte du bureau fait un bruit sec et claquant.
J'essaie de partir, mais mon âme et mon corps ont disparu, remplacés par un froid gris, plein de regrets et de souffrance, plein de colère. Je te déteste. Je te déteste. Je te déteste. Je ne suis pas à toi. Il se penche au-dessus de mon épaule.
Arrêtez, papa...
Les mots ne sortent pas, c'est la première fois que je me rappelle ne pas être capable d'utiliser le langage. Je suis seul avec lui dans cet endroit sombre, vide et abandonné. Je ne peux rien faire, juste ressentir de la colère et de la douleur. Ma peau est froide, mon corps a été découpé en un corps vide, et nu et dans le noir, je fixe ce visage, vide, sans l'ombre d'un sourire, sans le moindre frémissement de rire à travers le cadre. Le visage devant moi est blanc, vide, comme s'il n'avait jamais été. Un crâne, un vieux crâne sans âme. Qu'est-ce que je peux faire ? Ce que je peux faire ? Rester là, immobile.
Arrêtez, papa...
Les mots ne sortent pas.
« C'est bien, continue », dit-il.
Sa tête est tournée vers moi. Son souffle d'air froid envahit mes yeux. Le sol de la salle est froid, froid au toucher, je suis pieds nus, il est tôt, j'ai dormi ici. Je n'ai pas mangé. J'entends un bruit doux. De l'eau ? J'essaie de parler, de lui dire.
« Les toilettes... les toilettes...
Je ne comprends pas. Les toilettes sont cassées. »
Il s'absente un moment, puis revient. Ouvre le volet d'une fenêtre.
Le soleil ne brille pas, son corps recouvre le ciel et dégage une chaleur suffocante. Je suis gelé, mais j'étouffe, il n'y a plus de place, le soleil a rétréci, on m'écrase. J'entends des pas et je vois des gens rigoler. Ils sont jeunes. Alors je me lève de mon siège et je pars en courant. Mes pas ressemblent à des sanglots. Je suis seul et je vais mourir seul dans les couloirs, les seules choses à survivre seront ces couloirs.
Dans un couloir, une vitre donne sur une pièce. À travers je vois un corps, les cheveux ébouriffés, les yeux rouges, pleurant, suppliant, appelant. Nous sommes seuls, personne ne nous voit. Un corps, qui souffre, qui sanglote, qui meurt... Je veux mourir avec lui. Je veux mourir de la même façon, pour que lorsqu'ils nous enterrent, nous soyons réunis dans la même tombe. Mais la porte est fermée, je tape de toutes mes forces, mais je demeure... seul.
Une silhouette sinistre se tient derrière moi, avec un sourire noir ; elle ne sourit pas, non, la silhouette est terrifiante, elle me regarde, son regard lourd au-dessus de moi, puis retenti l'écho de mon nom, prononcé d'une voix profonde et sombre.
Je sens mes jambes, et je ne les sens pas ; j'essaie d'ouvrir les yeux, mais je ne peux pas. Je ne vois rien, mais il ne fait pas noir, il fait froid et humide. J'essaie de me retourner, mais je n'y arrive pas ; je sens mes muscles, raides et immobiles, c'est comme si tout devenait flou et que je j'allais tomber, m'évanouir. Qu'est-ce qui ne va pas ? Je n'arrive pas à respirer. Ma poitrine est serrée, mes yeux sont serrés. Je dois respirer, je ne peux plus respirer, je dois respirer. Alors je me force à hurler.
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH »
La lumière noir vacille et une chaleur enfoui m'envahi, je crois que j'ai fais pipi. La bouche ouverte, je bave et devant moi je ne sais quoi faire de celui qui me regarde d'un air renfrogné.
« Papa...
— Vous êtes viré.
— Merci papa... papa-tron... »
Le cœur comme mes genoux, battant la mesure de haut en bas, je file vers la porte marquée entrée. En l'ouvrant, il s'agit d'un cadre et d'un tunnel de métal. J'y plonge les bras et la tête la première en criant « Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ». L'atterrissage est dur, mou, mais dur. Je suis dans une benne sombre avec une foule de gens qui hurlent et gigotent comme des vers dans une boîte de pêche, ils ont l'air heureux, alors je gigote comme eux, je crie comme eux. Quand ma gorge commence à brûler et que deux ou trois copains nous ont rejoints, un pan de la boîte s'ouvre et nous glissons en contrebas dans ce qui semble être une vieille et immense poêle en fer cabossée. La chaleur me brûle le dos, à côté de moi je vois l'homme de la fenêtre, celui du couloir. Il hurle encore, il est arrivé après moi, il peut encore en profiter avant de se briser la voix.
Un raclement métallique se fait entendre, de l'obscurité, je vois apparaître ce qui semble être une spatule en inox géante. Elle se pose sur mon collègue et écrase sa figure contre la poêle, sa peau fait un pshiiit qui me retourne l'estomac. Je le vois ensuite coller, fondre, et brûler. Bientôt, il ne crie plus. La chaleur s'intensifie. Au-dessus, apparaît l'ombre de mon maître, arborant un sourire démoniaque teinté du rouge des flammes.
Il me regarde, et c'est la première fois que je le vois sourire. Il me regarde en riant et d'un mouvement de la main me verse de l'huile sur le corps. Et il rit et il rit et il rit quand le feu prend ma peau et mes vêtements et que sa spatule m'écrase et me fait glisser dans la poêle alors que s'embrase ma gorge qui n'arrive même plus à hurler, encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore....
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CACA CACA CACAAAAAAA
Short StoryDe fer et de sang et j'écris ton nom sur mes ailes, ainsi, j'aimerai que tu deviennes mon ombre féerique et je garderai un souvenir amoureux de toi à l'envers de ma peau et de mes os. De la chair des enfers aux nuages du ciel, ici commence l'étrange...
