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Dans l'éther sans toit, accroché par un fil, une cage tremble. Prisonnier, un ange aux ailes de fer et de sang, les mains croisées, les yeux cérulés. Sa peau, flocons sous ses doigts et dans l'air nagent ; cendres. Chuchotement, fleurs fusain, coule de blanches et noires images, jusqu'au rouge où l'orage éclate et fille pluie sur le monde. Froid brutal, trépas porcelaine, sur la place du village la torpeur cloue le sot.
Et par morceaux, la pluie fille tombe dans sa bouche, dans son nez, dans ses oreilles et dans son cerveau, s'y infiltre, et s'y incarne. Façonnant dans ses rêves un monde où régner, façonnant dans son monde un rêve où exister. Elle est robot, elle est reine, elle attend un enfant, humaine, elle cherche la lumière dans la nuit et l'espace, perdu. La fille est devenue femme, son poing, sa poitrine, son ventre se serrent. Elle cherche la lumière, en ce lieu. Ce lieu, où se trouve une planète, où se trouve une île, où se trouve une chapelle, où se trouve un chat, où se trouve une prière pour une statue sans aile.
Coulent entrailles et peaux, les lames du prêtre découpent son ventre sans remords et sans repos. Son bébé de femme, elle le veut, elle le veut dans ses doigts, elle le veut dans ses mains, elle le veut dans son sein, elle le sent chavirer, mais le chat s'en va, le chat s'en va. Alors de ses dernières forces elle rampe et dérive sur le sable, elle rampe et elle hurle et elle hurle, et se recouvre le visage de son sang, elle se recouvre le visage de son sang et brisée, elle reste là. Brisée, elle reste là. Brisée... elle reste là...
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Squelette sous visage de peau fondue coulant à l'infini. Un œil manque. Dans son journal, fauteuil de flammes, il tourne la page en tremblant, photo d'une femme, beauté pâle. À ses côtés un enfant, un revolver, la balle part. Il tourne la page en tremblant, femme, beauté pâle.
Ses doigts sont jaunes et flétris et à chaque nouvelle page, davantage rongés et détruits. Mais pour chaque mot, chaque phrase, chaque femme, identique à la précédente, la femme sourit. Jusqu'au jour où il n'a plus de doigts, jusqu'au jour où il reste là. Un jour où il attend, mais la balle ne part pas. Alors il se tourne vers l'enfant, toujours là, l'eau au nez, le fusil pointé. Et c'est dans ses bras qu'il le prend, ferme les yeux et pour la première fois depuis longtemps... a froid.
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Un long vent froid passe, il ne sent plus la chaleur des flammes. Son œil voit. Sous ses pieds, au bord du sable, la caresse des vagues, le sel et la mer, tout brille, bleu et vert. Autour de lui, des traces, une silhouette s'efface, un dortoir et une statue de chat. À ses pieds, une femme, le ventre ouvert. "Il faut rattraper le chat, il faut rattraper le chat." Mais quand il se tourne, il n'est plus là. Alors il la couvre de son manteau et s'allonge à sa droite et tous les deux se perdent dans les étoiles. Elle y voit une patate, et lui des poires. Elle pense à la mort. Il se redresse, "je vous ai rêvé", il lui embrasse la main " je l'ai vu respirer". Elle sourit, le manteau glisse, sa chair est claire, elle frotte ce qui reste du sang sur ses lèvres désert. L'homme contre la statue, elle chuchote à son oreille. Puis sa main dans la sienne, une d'énergie les submerge. Une aura rouge, un feu apaisant. L'homme retrouve sa chaleur, mais cette fois, le rire est vrai, elle lui sourit : " allons s'y". La femme aussi brûle et sa peau se synchronise au rythme des explosions de ses bulles incandescente. Ainsi, bénis par l'éclat, en armure de jais, d'or et de flammes, sans fatigue et sans relais, ils arpentent les forêts et le sable, les mers et les montagnes. Quand un jour, à nouveau, la statue de l'ange. Autour le sable à disparu, l'herbe a poussé, l'air est frais. Et pour la première fois depuis le début de leur voyage, ils se posent là.
Ils se posent là, et sans se séparer, la femme empoigne le fer à ses pieds, le fer de son ventre, le fer de son bébé. Dans sa main, il se rétrécit, il fond ; rouge. Derrière la statue, l'homme prend ensuite la pierre et avec son aide la ressoude à l'aile. L'ange est entier, mais la roche se fend et s'extirpe par la tête, un halo de lumière, une déesse, un bébé. La femme se présente, les mains tendues pour l'enfant. Elle se dépêche et le serre contre elle, son visage se détend, puis lentement, le tend à l'amant. La déesse a disparu. Le bébé crie, une peau neige et des yeux enflammés.
Son nom : "Création".
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CACA CACA CACAAAAAAA
Short StoryDe fer et de sang et j'écris ton nom sur mes ailes, ainsi, j'aimerai que tu deviennes mon ombre féerique et je garderai un souvenir amoureux de toi à l'envers de ma peau et de mes os. De la chair des enfers aux nuages du ciel, ici commence l'étrange...
