Laël
Ma vie était faite d'ordre et de chaos.
J'étais un funambule. En constante recherche d'équilibre.
Mais l'équilibre est synonyme de stabilité, non d'épanouissement. L'harmonie de ma vie se tenait toujours un pas devant moi. Et plus j'avançais, plus le fil menaçait de céder.
L'équilibre est précaire, jamais total.
Je vivais la plupart du temps à la lumière de l'ordre. Enfant, je fus le petit garçon le plus heureux du monde. J'aimais ma vie. Je faisais toujours en sorte de l'aimer.
Parfois le chaos me submergeait. Dans ces moments-là, je me surpassais dans tous les domaines pour me prouver que je n'étais pas un incapable, pour garder un semblant de contrôle sur ma vie.
Parfois le chaos se nommait Pandora Garcia.
Et je la haïssais pour cela.
Pandora
Avachie sur la table de la bibliothèque, je me lamentais sur mon sort. Pourquoi ce devoir était si compliqué ? Mettez-y votre cœur, avait dit le professeur. Quelle ironie.
Je me trouvai dans une salle longue et exiguë. Un bric à brac sans fin de livres sentant le vieux papier. J'avais trouvé cette pièce en fouinant partout dans le bahut et j'en avais fait mon sanctuaire. L'ambiance qui y régnait était particulière. Je ne comprenais pas pourquoi si peu de gens la connaissait étant donné sa chaleur et son hospitalité. La salle sur demande, ricanai-je silencieusement en faisant un lien avec Harry Potter.
C'était Thanksgiving. Le mois de novembre était passé à tout allure. La plupart des étudiants étaient rentrés passer le week-end en famille.
Pas moi. Mon père m'avait harcelée d'appels pour que je vienne le voir. J'avais prétexté un devoir à rendre. Ce qui était vrai, en particulier maintenant que je n'arrivais pas à écrire un traître mot dans le style qu'on nous demandait.
Je n'avais pas la tête à feindre un amour depuis longtemps disparu.
En sortant de la salle j'allais petit-déjeuner dans le self vide. Je mangeais distraitement en lisant lorsque je vis passer la carrure de Laël devant la porte du café. Je ne me posai aucune question sur sa présence en un jour de fête et repris ma lecture.
Un livre à la main et encore en pyjama, je me dirigeais vers la salle commune de l'aile des filles. Elle était pourvue d'un immense canapé en cuir et d'un feu de cheminée réconfortant.
Je m'allongeai dessus et lu pendant une bonne heure, puis m'assoupis, bercée par les crépitements du feu.
Je me réveillai avec une idée qui avait germé dans mon sommeil.
Ce devoir était vraiment important pour mon trimestre, et si l'inspiration ne venait pas à moi, j'irais à l'inspiration.
J'enfilai en quatrième vitesse des pantoufles molletonnées et sortis à grands pas de la pièce.
Je marchai rapidement à travers les couloirs, du moins aussi rapidement que me le permettaient mes jambes.
Lorsque j'arrivai devant l'aile des garçons, j'entrai sans frapper.
Laël était avachi sur un fauteuil, un bouquin à la main. Je notai la ressemblance frappante avec ma situation d'il y a cinq minutes.
Il releva les yeux vers moi, des lunettes rectangulaires sur le nez faisant ressortir les traits fins de son visage. Son air perplexe me fit presque rire. Il observa mon pyjama avec un dédain non dissimulé.
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Soul Scars
RomanceOn me traitait de folle. On me traitait de danger, pour moi-même et pour les autres, de dépressive. On m'enferma. On me trahit. Mais je sortis de cet enfer sur Terre. De cet hôpital psychiatrique. Avec un seul mot d'ordre, la Réussite. J'entrai à...
