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Jordyn


Le dîner se termine dans le silence. Je n'ai pas prononcé un mot depuis les révélations de Mike. Je n'ai pas le courage de lui dire quoi que ce soit pour l'instant, mais j'ai peur que mon silence le blesse et qu'il pense que je ne prends pas ses sentiments au sérieux

Mike est l'homme dont beaucoup de femmes rêveraient : il est beau, doux, généreux, attentionné, intelligent, drôle et il a un profond sens de la famille. Autant de qualités qui me plaisent, mais l'amour que je ressens encore pour Aubrey m'empêche de m'engager pleinement avec lui.

J'ai construit un couple, une famille, et des projets avec Aubrey. Il est mon premier amour, ma plus longue relation et la plus sérieuse aussi. Je ne peux pas effacer mes sentiments pour lui d'un simple geste. Après tout ce que j'ai enduré, ne mériterais-je pas de penser enfin à mon propre bonheur et d'explorer d'autres horizons ?

Mike demande l'addition, la règle, puis me regarde.

Micheal– Tu es prête ? On peut y aller ?

"Je vais aux toilettes, je reviens."

Je me lève de mon siège, réajuste ma robe puis je me dirige vers les toilettes non pas pour faire mes besoins mais plutôt pour reprendre mes esprits.

Face au miroir, j'observe mon reflet, perdue dans mes pensées. La légère cicatrice sur mon front me rappelle un douloureux souvenir : cette dispute avec Aubrey, qui l'avait conduit à lever la main sur moi. La deuxième fois, c'était peu avant notre premier anniversaire de mariage, au retour d'une soirée chez Mark. Il avait trop bu et m'avait frappée parce qu'il n'avait pas apprécié que je parle à un autre homme. J'avais fini à l'hôpital ce soir-là. Nous n'en avons jamais parlé à nos familles. Je m'étais séparée de lui pendant quatre mois, avant de lui donner une seconde chance après ses supplications répétées.

Après cet épisode, il n'a plus jamais été violent envers moi.

Les larmes menacent de couler en repensant à cette sombre période. Je me repoudre le visage, puis quitte les toilettes pour rejoindre Mike dans la salle. Il n'est plus là. Le serveur qui s'occupait de notre table m'informe qu'il est sorti, qu'il est près du voiturier, et je peux le rejoindre quand je suis prête.

Je suis ses indications. À l'extérieur, Mike me tourne le dos, les mains dans les poches. J'inspire profondément et m'approche lentement de lui, glissant ma main autour de son bras droit avec hésitation. Il se tourne, me regarde et sourit faiblement. Il a l'air triste. Je déteste causer du tort aux gens. Mike est la dernière personne sur Terre à mériter qu'on lui brise le cœur.

"Merci pour ce soir, j'ai adoré chaque seconde". Je lui confie en le regardant dans les yeux.

Ses yeux bleus me scrutent, cherchant le moindre mensonge. Il finit par hocher la tête, puis dépose délicatement un baiser sur mon front.

Micheal- Je t'en prie.

"Micky, je t'ai entendue. J'ai développé des sentiments pour toi aussi. Seulement, avec tout ce que je traverse, j'ai peur de te faire du mal, de ne pas être à la hauteur de tes attentes dans une relation."

Il hoche la tête. Lorsqu'il s'apprête à répondre, sa voiture arrive, la mienne est quelques rangs derrière. Il baisse la tête, puis me demande :

Micheal- Tu peux venir chez moi ?

Je hoche la tête, il dépose un baiser sur mon front puis monte dans sa voiture et démarre. Lorsque ma voiture arrive, je fais la même chose et tape son adresse dans le gps.

J'arrive chez lui avec cinq minutes d'intervalle. Il m'attend devant la porte de son immeuble. Je marche vers lui, légèrement anxieuse à l'idée de reprendre notre discussion là où nous l'avons laissée.

Nous entrons dans l'immeuble, puis dans l'ascenseur, sans dire un mot. Il a toujours cet air triste. Lorsque nous arrivons à son étage, les portes s'ouvrent. Il me fait signe de passer la première, et nous avançons l'un derrière l'autre jusqu'à son appartement. Une fois à l'intérieur, nous nous déchaussons, puis je vais m'asseoir sur son canapé.

Micheal- Tu veux boire quelque chose?

"Je veux bien un verre de vin s'il te plaît".

Il prend un verre dans le placard, le remplit de vin et me l'apporte.

"Tu ne bois pas ?" je-demande.

Micheal- J'ai assez bu ce soir."

Je bois une longue gorgée, puis repose mon verre sur la table, et me tourne vers lui. Il a les mains posées sur ses genoux, le regard perdu dans le vide.

"Micky, je n'aime pas te voir triste. Excuse moi si je t'ai blessée".

Il tourne lentement la tête vers moi.

Micheal- Tu n'as pas à t'excuser. Ce n'est pas de ta faute si on en est là. Je savais qu'il y avait un risque que tu ne ressentes pas la même chose, ou du moins, pas au point de t'engager maintenant. Mais, je ne peux pas m'empêcher d'être triste parce que Il marque une pose. Je t'aime et je veux être avec toi mais ce n'est pas possible.

Le voir aussi vulnérable face à moi me procure une sensation particulière. Je suis heureuse qu'il se montre tel qu'il est, mais je culpabilise de le mettre dans cette situation.

"Merci de t'être ouvert à moi. Pour le moment, j'ai besoin de faire le tri dans ma tête, de comprendre ce que je veux vraiment".

Micheal- Pour toi, je t'attendrai le temps qu'il faut. Dit-il en me soulevant pour m'installer sur ses genoux.

"Merci".

Nos regards se fondent l'un dans l'autre. Il n'a plus cet air aussi triste, mais il n'est pas joyeux non plus. Il se penche vers moi, m'embrasse doucement, et je réponds à son baiser. Les minutes passent, le baiser devient de plus en plus intense. Nous laissons la chaleur et le désir nous envahir. Lorsqu'il met fin au baiser, il me regarde dans les yeux et murmure :

Micheal– Honey... est-ce que tu es sûre de vouloir aller plus loin ?

Je sais ce que sous-entend sa question. Je sais que je prends un risque, qu'il s'attachera peut-être davantage à moi. Mais j'en ai besoin. Cela fait un an et demi que je n'ai pas été touchée, que je n'ai pas senti la chaleur d'un autre corps contre le mien. J'ai besoin de retrouver la sensation d'être désirée, de me sentir femme autrement que par des compliments.

"Yes, baby".

Il m'observe, cherchant le moindre signe d'hésitation. N'en trouvant aucun, il se lève en me portant dans ses bras, comme si je ne pesais rien. Je ris, surprise. Nous sommes passés de la tristesse au désir en un instant. En silence, il m'emmène jusqu'à sa chambre, à l'étage. Lorsqu'on entre, il pousse la porte du pied et la referme derrière nous.

I LOST YOUOù les histoires vivent. Découvrez maintenant