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Jordyn

Une semaine plus tard.

Cette journée marque les cinq ans de la disparition de mon père, Jeffrey Woods. Il est décédé d'un cancer diagnostiqué à un stade avancé. Ma famille et moi n'avons même pas eu le temps de digérer la nouvelle que quelques mois plus tard, nous étions à son chevet pour lui faire nos adieux. Comme ma fille, j'étais aussi une fille à papa. Il me manque terriblement. Il n'aura vu tellement d'événements importants de ma vie comme mon entrée à l'université, ma remise des diplômes, mon mariage et la naissance de mon enfant. Je rêverai de le voir ne fus qu'une minute pour le serrer dans mes bras et lui dire à quel point rien n'est plus pareil sans lui.

Ma mère a tenu à organiser un événement pour commémorer ces cinq années. Toute notre famille est réunie. Ce matin, nous sommes allés à la messe, puis au cimetière déposer des fleurs sur sa tombe. C'était très émouvant. Les souvenirs de l'enterrement ont ressurgi et j'ai fondu en larmes. Après le recueillement, nous nous sommes rendus dans la salle de réception choisie par ma mère pour déjeuner. C'est à ce moment que, mes frères, ma sœur et moi avons salué et remercié chaque invité pour leur présence.

Alors que je m'apprête à poser une question à ma mère, je vois Aubrey franchir la porte de la salle, vêtu d'un costume noir. Je fronce les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il fait là. Je ne l'ai pas invité, et il me semble que ma famille non plus. Du moins, c'est ce que je crois. Lorsqu'il me voit, il s'avance vers moi, mais s'arrête un instant pour saluer ma mère, qui tient Athena par la main, ainsi que Jodie, en les prenant dans ses bras. Ensuite, il vient vers moi.

Aubrey- Bonjour, Jordyn.

"Qu'est-ce que tu fais ici ?"

Ma mère me lance un regard noir et dit : "C'est moi qui lui ai demandé de venir Jordyn. J'ai pensé que la petite et toi auriez besoin de soutien".

"Vraiment, maman ?"

Elle lève les mains, l'air innocent.

Elizabeth- Ne le prend pas mal ma chérie, je voulais t'aider.

Je lève les yeux au ciel.

Elizabeth- Je pense que tu as besoin d'une pause, de souffler un peu, ajoute-t-elle. Va prendre l'air dehors, je m'occupe d'Athie.

Elle disparaît dans la foule avec Athena dans les bras. Je secoue la tête et me dirige vers la sortie, Aubrey sur mes talons. Une fois à l'extérieur, je prends une grande inspiration. Maman a raison : rester dans cet endroit ne m'aidera pas. J'ai besoin de partir.

"Emmène-moi loin d'ici".

Nous montons dans la voiture, il démarre et nous conduit jusqu'à notre seconde résidence à Malibu. C'est exactement ce dont j'ai besoin : la mer, le cri des goélands, le son des vagues et le vent frais.

Je me pose dans la terrasse extérieur debout face à l'océan. Je croise les bras contre ma poitrine contemplant le paysage en silence. Je suis rejoins par Aubrey qui me tend un verre de vin blanc. Je le remercie puis bois une gorgée. Malgré tout ce qui se passe entre nous, je suis reconnaissante qu'il soit là pour me soutenir en ce jour particulièrement douloureux. Sa présence m'apporte un certain réconfort.

Aubrey- J'adore cet endroit.

"C'est le lieu parfait pour se libérer l'esprit".

Il hoche la tête.

Aubrey- Jee, même si ta mère ne m'avait pas convié à cette célébration, je serais quand même venu vous soutenir, toi et Athena. Vous êtes ma famille.

Un rictus se forme sur mes lèvres en l'entendant dire cela.

Il se place face à moi, ses yeux plongent dans les miens, mais je détourne vite le regard. Depuis sa trahison, je n'arrive plus à le regarder dans les yeux. Il relève tête doucement à l'aide de son pouce et prend la parole.

Aubrey- Tu me manques mon amour. Il murmure près de mon visage. Vous me manquez tellement, Athena et toi. Je veux rien d'autre que retrouver ma famille. Reviens à la maison s'il te plaît.

Des larmes coulent le long de ses joues. C'est la première fois que je vois Aubrey pleurer depuis notre séparation. J'observe son visage et remarque les cernes sous ses yeux indiquant une fatigue accumulée. Ses joues sont visiblement creuses, je déduis qu'il a du perdre du poids à cause du chagrin.

Il dépose un doucement un baiser sur mes lèvres, cette fois-ci je n'ai pas la force de le repousser. Je réponds au baiser. Il m'embrasse ensuite le creux du cou. C'est mon point sensible, il connaît mon corps comme sa main. Je laisse échapper un gémissement qui l'incite à continuer. Il me prend ensuite la main pour m'emmener dans notre ancienne chambre et me pousse sur le lit.



...



Je me réveille, quelques heures plus tard. L'esprit engourdi. Aubrey dort profondément à côté de moi. Je me passe une main sur les lèvres, me souvenant du goût de ses baisers, de la chaleur de ses mains. Mon regard glisse sur son dos, je remarque alors toutes les griffures que j'y ai laissé. Une vague de culpabilité m'envahit. Comment j'ai pu en arriver là?

Je me lève lentement du lit pour ne pas le réveiller. Je me rhabille et sors de cette maison. Je commande un taxi qui me raccompagne à la maison. J'envoie un message à Aubrey lui disant que je regrette ce qu'il s'est passé entre nous et que cela ne se reproduira plus.

Dès que je franchis la porte de mon appartement, je sens mes jambes flancher. Je pleure tout : mon père, ma famille éclatée, Aubrey, Micheal, mes incertitudes, mes peurs. Je pleure de honte, de peine et de fatigue.


Je n'ai pas réussi à fermer l'œil cette nuit. Je fixe le plafond comme s'il allait me donner des réponses. Les images de la veille, de cette après-midi passée avec Aubrey à Malibu, tournent en boucle dans ma tête. Chaque détail, chaque sensation, chaque gémissement me hante. Je me sens vide et coupable, coupable d'avoir cédé à la tentation, d'avoir, à mes yeux, trahi non seulement Micheal, mais aussi moi-même.

Je me lève, pieds nus, et vais dans la salle de bain. Le miroir me renvoie un reflet épuisé, les yeux rougis, les cheveux en bataille. Juste me regarder me donne la nausée. Je ferme les yeux, inspire profondément, mais rien n'y fait. J'ai l'impression d'avoir ancré un mensonge au plus profond de mon cœur, et qu'il me ronge.

Je pense à Micheal, qui ne sait rien de ce qui s'est passé. Je lui ai dit que j'avais besoin de temps, et voilà que je retombe dans les bras d'Aubrey... Une partie de moi voudrait tout lui avouer, mais à quoi bon ? Lui faire du mal ? L'autre partie préfère se taire, espérant que ce secret finira par s'estomper. Pourtant, je sens bien que je me retrouve piégée dans un filet de culpabilité que j'ai tissé moi-même.

Je me traîne jusqu'au salon et m'affale sur le canapé. J'ouvre la télévision, mets une chaîne au hasard, sans vraiment regarder. Je ne cherche qu'un bruit de fond, un prétexte pour ne pas affronter mes pensées. Les minutes passent, mais le malaise ne disparaît pas. Au bout d'un moment, je finis par éteindre l'écran. Le silence revient, plus pesant que jamais.

Je repense au regard déçu de Micheal la dernière fois que nous nous sommes vus. À la passion dans les yeux d'Aubrey hier, quand il pensait peut-être que tout était réglé. Je suis en train de perdre pied, et je n'ai personne à qui en parler. Comment expliquer ce chaos intérieur sans être jugée?

I LOST YOUOù les histoires vivent. Découvrez maintenant