The Scar - chapitre 1

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CHAPITRE 1

Jour un.

Encore un réveil difficile. 5h du mat', j'ai fait un autre cauchemar. Toujours le même en fait. Je me réveille en nage et haletant, j'ai l'impression d'en être prisonnier. Après quelques secondes, je prends conscience que je suis de retour dans le monde réel, ou plus précisément dans le présent et que l'horreur est loin derrière moi. Je ne me sens pas mieux pour autant. Ce n'est pas comme si rien n'était arrivé.

Je m'extirpe lentement du lit, mon boxer dévoilant la moitié de mes fesses musclées, et je me gratte le bas du ventre. Une espèce de rituel matinal masculin. Je cherche quelque chose sur la table de nuit et un instant plus tard il y a un crépitement suivi d'une flamme qui allume la cigarette que j'ai glissée entre mes lèvres. La première cancéreuse du jour avant même d'avoir vu la lumière. Putain que ça fait du bien ! Cancer du poumon ? Rien à foutre.

Enfin, je fais deux trois pas et ouvre la porte de ma chambre. Mes yeux sont aussitôt agressés par la lumière du couloir, restée allumée toute la nuit. Il faut avouer que je ne me souviens même pas m'être couché, encore moins comment. C'est toujours pareil à l'approche de la date maudite. Je revis sans cesse la disparition de ma sœur comme si c'était hier. Si seulement mes souvenirs étaient plus précis, si seulement je pouvais voir un visage plutôt qu'une ombre, si je pouvais répéter ce qu'Il m'avait dit exactement ou identifier sa voix... Peut-être qu'ils auraient pu mettre la main sur le fils de pute qui a brisé ma vie vingt ans plus tôt. Certains me répètent encore que ça n'aurait rien changé mais moi, je suis persuadé du contraire et ça me rend fou. Et si je m'étais approché sans parler ? Si je ne m'étais pas arrêté pour ces fichues fraises ? Et si, et si... Je me torture toujours de la sorte comme si l'imaginer pourrait changer les évènements. C'est plus fort que moi et seul l'alcool calme, noie mes pensées auto destructrices.

Il me faut quelques secondes pour m'habituer à la lumière artificielle et trainer des pieds jusqu'à la salle de bain, emportant avec moi un soutien-gorge qui traine là mais sans y faire attention. Encore une journée qui va ressembler à toutes les autres. Fait chier. J'espère toujours qu'un évènement viendra bousculer mon quotidien. Seulement, ça fait bien longtemps que rien de transcendant ne s'est produit. J'ai une vie pourrie, dans laquelle il ne se passe jamais rien. Et je suis un pauvre type. C'est comme ça.

Une fois devant le lavabo, je tourne l'un des robinets et me passe de l'eau froide sur le visage. Lorsque je relève la tête, je me fixe dans le miroir pendant de longues secondes. Le couloir éclaire à peine la salle de bain, j'ai l'air tout droit sorti d'un film d'horreur. La cicatrice qui me traverse le visage démarre au milieu du front côté droit, court sur l'arrête de mon nez et se termine sur le milieu de joue gauche. Elle est profonde et sombre. Impossible pour les autres de ne pas la fixer, ils ne voient que ça chez moi. Mon œil droit est un peu moins ouvert que l'autre mais mon regard n'en est pas moins perçant et vif. Les médecins ont fait au mieux mais il aurait fallu plus de chirurgie pour la rendre moins imposante. Sauf que les Xanders, mes parents, avaient été plus préoccupés par la disparition de Delia que par l'aspect de leur fils. Ensuite, l'argent a manqué et les relations familiales difficiles n'ont pas arrangé les choses. Je ne pourrais donc jamais me débarrasser de mes cauchemars, de mes souvenirs. Je porte les stigmates de ma douleur. Pour moi, la blessure est physique mais également mentale, je peux la sentir jusque dans mon âme.

Je coupe le robinet d'un geste sec et me rends à la cuisine. Des gouttes d'eau ruissellent sur mon menton mal rasé, je les chasse d'un revers de la main. Je lance un regard assassin à ma cafetière : vide. Plus de café non plus dans le placard. J'ai totalement oublié d'en racheter. La journée promet d'être réellement merdique, je vais être encore plus sur les nerfs sans ma dose de caféine matinale. Pour palier un minimum à ce manque, je sors une canette de coca du réfrigérateur. A la vue désertique de ce dernier, je réalise que le café n'est pas la seule denrée manquante chez moi. Je soupire d'agacement. Il faut croire que je suis incapable de m'occuper de moi-même. Peut-être devrais-je songer à engager une aide à domicile, du genre qui fait ménage, lessive et courses ? En attendant, je demanderais à mon assistante de s'en charger. Enfin, seulement des courses, car il ne faut pas pousser. Elle n'est pas supposée s'occuper de ce genre de choses déjà ; mais avec un sourire... De toute façon ce n'est pas comme si le boulot se bousculait en ce moment. Toujours les mêmes histoires de maris ou de femmes infidèles. C'est amusant d'ailleurs de voir comme l'un et l'autre n'utilisent pas les mêmes termes. La majorité des femmes se disent trompées, c'est leur cœur qui parle ; les hommes se disent cocus, là c'est l'égo qui en prend un coup. La différence vient donc de la fierté mal placée des hommes. Pas tous, bien entendu mais bon, comme pour tout : les exceptions sont rares. Je n'en suis pas une. Quand Laura a couché avec un de mes collègues, et pas qu'une fois, c'est d'abord mon égo qui a morflé. Ensuite seulement, la douleur infligée par la trahison s'est répandue dans tout mon être telle une trainée de poudre. Elle a tout ravagé : ce qu'il me restait de cœur, la confiance que j'accordais aux autres, le peu d'espoir qu'il me restait d'avoir une vie "normale". Les souvenirs de nos cinq ans de couple étaient devenus presque aussi douloureux que ceux de Delia. J'ai entendu dire une fois que les plus beaux souvenirs sont ceux qui font le plus souffrir. Putain que c'est vrai ! Et faut croire qu'on est maso au point de ne s'accrocher qu'à ceux-là. Même si aujourd'hui je peux évoquer mon ex sans avoir mal, elle a, elle aussi, laisser des séquelles. Ok, chacun passe par là à ce qu'on dit mais franchement j'ai eu mon quota d'histoires malheureuses, non ? Et je n'en veux pas d'autres. Depuis, je me suis fermé comme une huître, je me contente de baiser à droite à gauche. Ce qui, curieusement, semble attirer la gente féminine. Maso ?

The scarOù les histoires vivent. Découvrez maintenant