— Tu es resté...
Mathis se frotta un œil puis glissa ses doigts dans les boucles brunes. Eliott venait de se tourner entre ses bras et il caressait son visage.
— Ta mère m'a dit que j'avais intérêt à rester. Elle n'a pas l'air commode quand il s'agit de toi, j'ai préféré obéir et me glisser dans ton lit.
Eliott le regarda avec perplexité un instant, avant de remarquer le sourire naissant sur les lèvres du blond.
— Tu dis n'importe quoi.
— Presque pas. Elle m'a dit que si je quittais cette maison avant ton réveil elle m'en voudrait, et je la cite, éternellement.
Le brun gloussa tout bas, et embrassa son amant avant de se blottir entre ses bras.
— Donc elle sait. Pour nous deux ?
— Mmh.
— Et... Et elle n'a rien... dit ?
— Ben si, j'viens de te le dire. Elle me séquestre pour que je ne te quitte pas.
Eliott gloussa tout bas.
Plus tard, il eut une discussion plus sérieuse avec sa mère alors que Mathis sympathisait avec sa tante en rangeant les reliefs du buffet. « Tata Marianne » exigeait déjà que le boulanger l'appelle par son prénom, et encore c'était parce qu'il avait refusé de l'appeler Tata comme le faisait Eliott. Lorsque la maison fut remise en ordre, Eliott, Karine et Marianne restèrent un moment dans le salon. Vidée du lit médicalisé depuis plusieurs semaines, la pièce leur paraissait toujours aussi immense. Eliott frotta un de ses yeux. Mathis réprima l'envie d'aller l'enlacer, et il s'en félicita : Eliott était blotti dans les bras de sa mère, qui lui murmurait une nouvelle fois combien elle était certaine que si son mari avait enfin lâché prise c'était précisément parce qu'il était rassuré de voir son fils heureux. Eliott hocha plusieurs fois la tête, puis embrassa sa mère et sa tante avant de rejoindre Mathis, qui l'attendait dans l'entrée.
**
— Mathis ?
—Mmmh ?
Eliott était lové contre le corps nu de Mathis, sous la couette. L'épisode de leur série venait de s'achever et le boulanger avait refermé l'ordinateur pour le glisser sur la table de chevet. C'était toujours à ce moment-là, quand ils étaient peau à peau et détendus, qu'Eliott avait une question importante à poser.
— Merci.
— Pour ?
— Avoir été là. Aujourd'hui. Aux obsèques, je veux dire. Et tout le temps en fait.
— Ben... de rien ? Il glissa une boucle brune derrière l'oreille d'Eliott et lui caressa la joue avant de reprendre : je suis amoureux de toi, c'est normal que je sois là pour toi, tu sais ? Je suis peut être pas intelligent comme toi mais y'a deux ou trois choses comme ça qui me semblent pourtant évidentes, hein.
— Arrête.
— Hein ?
Eliott se redressa et le regarda, sourcil froncés et manifestement mécontent.
— Cesse de dire que tu n'es pas intelligent, et de te rabaisser. Tu le fais souvent, c'est insupportable ! Tu es intelligent, Mathis. Tu sais faire un nombre incalculable de choses que j'ignore. Alors arrête. Arrête de dire ça.
— Mais... C'est... tu fais des études, toi ! souffla le boulanger, en regardant le bout de ses doigts.
— Et alors ? Je sais peut être débrider une plaie et diagnostiquer une grippe mais je suis bien incapable de faire du pain. Ou de me lever à quatre heures du matin. Ou de réparer mon ordinateur comme tu l'as fait l'autre jour pour moi. Pourquoi est-ce que tu n'arrives pas à dire que tu es intelligent ?
Mathis gardait le visage baissé, triturant ses doigts. Eliott se pencha pour chercher son regard, mais le blond détourna les yeux et entreprit de rassembler ses mots, pour tenter d'expliquer à son amoureux.
— Parce que je... j'ai toujours été nul à l'école. Dès la maternelle, j'arrivais pas à me concentrer. Après, rien qu'un stylo qui tombait par terre ça me perturbait et je perdais le fil, je finissais jamais à temps, j'écrivais trop mal. J'étais constamment le nul de service. Je tenais pas assis sur ma chaise alors j'étais souvent puni, genre privé de récré. Mais du coup après j'étais encore plus sur ressorts parce que forcément j'avais pas pu me défouler ! À l'école primaire j'ai eu un ou deux instits qui m'aidaient comme ils pouvaient et j'ai réussi à pas être trop largué mais au collège... heureusement que j'aimais bien lire et que mes parents m'aidaient à faire mes devoirs... En râlant, en me disant à quel point j'étais insupportable à bouger tout le temps, en m'obligeant à rester assis pour me concentrer, mais ils y passaient des heures. Quand j'ai eu quatorze ou quinze ans ils ont laissé tomber, ou je les ai poussés à bout pour qu'ils me foutent la paix, j'sais pas trop. Un peu les deux sûrement. Nul j'étais, nul je suis resté. C'est la boulangerie qui m'a sauvé, tu sais ?
Eliott se redressa et attira Mathis entre ses bras, lui caressant la nuque du bout des doigts.
— Tu me racontes ?
Le boulanger ne se fit pas prier :
— J'avais... dix-huit ans bien sonnés, j'étais inscrit au lycée mais je n'y mettais pas les pieds. Je passais ma vie à trainer dans les bars et à enchainer les soirées, j'avais des dizaines de potes mais pas vraiment d'ami, je buvais beaucoup, même tout seul. Juste pour mettre mon cerveau en pause, pour ralentir le flot de mes pensées et je... Enfin, bref, c'était pas la joie. Puis un soir j'ai rencontré ce gars, plus vieux que moi. Ça a tout de suite collé entre nous... amicalement parlant. On s'en est vite rendus compte, d'ailleurs, c'était assez marrant. Je suis passé le voir à son travail, il m'a proposé de venir faire un stage vu que de toute façon je lâchais l'école et que mes parents avaient l'air de s'en foutre un peu de moi. Alors j'ai dit oui et... Ben j'ai adoré ça. C'est speed tout le temps mais c'est toujours pareil en même temps, une fois que t'as pris les réflexes tu peux pas te perdre en route, ça me libère la tête et... j'sais pas, j'adore. Et depuis, c'est mon patron.
Eliott glissa ses longs doigts sous le menton de Mathis, pour lui faire relever le visage. Ce dernier s'était illuminé au fil de son discours, et sa bouche s'ornait dorénavant d'un sourire. Qu'Eliott embrassa.
— Mon chaton... Personne ne t'a jamais dit que tu souffrais peut-être d'hyperactivité ?
— De quoi ?
— Trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité. C'est... j'en ai entendu parler pour la première fois en cours, enfin sous cette forme-là, mais quand j'étais petit à l'école y'avait un gamin qui en souffrait. On disait juste « hyperactif » et on lui filait des médocs mais il semblerait que ça soit beaucoup plus complexe que ça et de très nombreux enfants passent un peu à travers le diagnostic. Et ça ressemble exactement à ce que tu décris. Un gamin monté sur ressorts, incapable de se concentrer trente secondes et qui finit par penser qu'il est nul, ou idiot, et ça finit par donner un adulte ou un ado qui va mal et... quoi ?
Mathis le dévisageait en souriant, d'un sourire de bienheureux, une lueur amusée dans le regard.
— Mais quoi ? T'es flippant tu sais ?
— Tu m'as appelé « mon chaton ».
***
Et voilà, dernier chapitre ce soir ! Je suis super content d'avoir été au bout d'une histoire, même rapide, cela faisait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé.
À demain pour l'épilogue !
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Appartenir
Romanceappartenir : (bas latin appartinere, être attenant, de pertinere, se rapporter à) 1. Être la propriété de quelqu'un, son bien, soit de fait, soit de droit. 2. Être à la disposition de quelqu'un, dépendre de lui, se prêter à une quelconque a...