J'enlève mes chaussures, en prenant appui sur le rebord de mon lit, repensant à ce début de matinée.
Une semaine est passée depuis l'enterrement, la mère de Tyler m'a pratiquement suppliée hier soir au téléphone de l'accompagner sur la tombe de son fils.
Je n'ai jamais réellement échangé avec elle auparavant, mais je n'avais pas le courage de lui dire non.
C'était un moment assez étrange, je ne suis pas douée pour réconforter les gens dans leur douleur, moi je préfère la fuir en effaçant la cause pour m'éviter de vivre avec dans le futur.
On peut me qualifier de lâche, mais vivre en ressassant le passé, c'est comme avoir constamment des chaînes nouées aux chevilles.
J'endure, je souffre, j'accepte, puis j'efface.
Voilà la devise à laquelle je me suis pliée depuis dix ans, et jusqu'à présent vivre sous cette forme de déni me convient.
Le gargouillement que fait mon ventre, me sort de mes pensées, mécaniquement je me dirige vers mon frigo, qui est à mon plus grand désespoir aussi vide que l'appartement de Tyler.
Bon Dieu, un peu d'empathie bordel ?!
Chaque être humain a une manière qui lui est propre de gérer chaque situation.
Certains pleurent, d'autres se mettent en colère, se mutilent et dans le plus souvent des cas, tombent dans la dépression.
Mais non, mon cerveau préfère jouer les indifférents, en effaçant chaque événement qui pourrait affecter mes émotions.
Suis-je à blâmer ?
Très certainement.
Mais je préfère mille fois fonctionner de cette manière, que de vivre en ressassant le passé.
Je me résous à prendre une glace aux smarties, en rechaussant mes baskets, observant en coup de vent mon reflet dans le miroir en attachant mes cheveux bruns en queue haute.
**
- Oubliez pas les oignons ! Peste le client.
Et s'il vous plaît c'est en option ? Crétin.
Courage Alma, il est vingt heures plus que trois heures avant la fermeture...
**
Les derniers clients ont déserté, mais le patron m'oblige à attendre la minute précise pour verrouiller la porte.
Alors que je suis en train de ranger les dernières chaises restantes, la sonnerie du restaurant retentit à mon plus grand malheur.
Signe qu'un client vient de rentrer.
En me tournant vers la porte d'entrée, j'aperçois un groupe de trois individus franchir le seuil.
Que je regrette de ne pas avoir verrouillé.
J'espère que c'est une plaisanterie ?
Ils ne pouvaient pas avoir faim plus tôt ?
Je vais leur dire que je m'apprêtais à fermer, j'espère qu'avec un peu de diplomatie, ils vont rebrousser chemin.
- Bonsoir, je m'apprêtais à fermer, déclaré-je poliment au groupe des trois hommes.
En d'autres termes, auriez-vous l'obligeance de dégager ? Mon corps réclame mon lit !
- Vous fermez à vingt-trois heures, et il est vingt-deux heures cinquante, souligne l'un des membres du groupe.
D'un ton condescendant, avec un petit rictus au coin des lèvres à peine visible à l'œil nu, qui me donne envie de le foutre dehors dans la seconde.
VOUS LISEZ
Blood Fragments
Mystère / ThrillerAlma Joriz, voilà la personne que j'étais, lorsque mes seules préoccupations se limitaient à trouver un taxi après mon service ou à me demander si je devais ou non continuer mes études. C'était avant lui. Cet homme, surgi de nulle part, un appel ir...
