- Comment tu t'appelles ?
Le petit garçon ne prête pas attention à ma question, trop occupé à engloutir les cookies que je viens de lui préparer.
- Fait attention mon grand, l'avertis-je en m'installant près de lui, tu risques de t'étouffer.
L'enfant finit par m'écouter et se met à mâcher plus lentement. Après avoir finit le dernier morceau, il tourne la tête dans ma direction.
- Je m'appelle Eric, et vous ?
- C'est un joli prénom. Moi c'est Lynn.
- Enchanté madame Lynn, répond-il de sa petite voix.
Eric a beau vivre dans la rue, il n'en reste pas moins poli et son langage convenable. Dommage que ses actions ne suivent pas son bon comportement. J'ai décidé de l'emmener dans mon appartement, même s'il risque de me voler quelque chose. Mon envie de le rassasier était trop forte. Aucun enfant ne devrait mourir de faim.
- Merci pour les gâteaux et le bain, vous êtes gentille.
- C'est normal mon grand. Tu ne dois pas vivre dans ces conditions.
Le petit garçon reste interdit, perdant son beau sourire. Merde, je n'aurai pas dû lui faire cette remarque. Malgré son jeune âge, il a pleinement conscience de la situation dans laquelle il vit. Il est d'ailleurs plus mâture que n'importe quel autre enfant.
Je décide de changer de sujet en allant faire la vaisselle, comme si de rien n'était.
- Dis moi, l'homme qui était avec toi fait parti de ta famille ?
Eric retrouve soudainement le sourire.
- Oui, c'est mon grand frère !
L'enthousiasme qui émerge du petit montre à quel point il aime cet individu. Je ne comprends pas pourquoi étant donné que ce dernier n'a l'air de ne rien lui apporter. N'importe quel grand frère devrait mieux s'occuper de son cadet.
- Il fait ce qu'il peut, murmure Eric d'un air triste.
C'est comme s'il avait lu dans mes pensées. Il faut dire que je n'ai pas pu m'empêcher de cacher mon étonnement face à sa joie subite à l'annonce de son lien de parenté avec l'homme exécrable.
- Mon grand frère il est gentil comme vous, continue Eric en reportant son attention vers moi, mais il se méfie beaucoup des gens qu'il connaît pas. D'habitude ils sont méchants avec nous mais vous, vous êtes gentille.
La culpabilité s'empare de moi. Je n'ai jamais été très cordiale non plus avec les sans-abris. La plupart du temps je les ignore totalement. J'ai toujours méprisé ces personnes qui ne font aucun effort pour s'en sortir et d'autres profitant des dons donnés pour s'acheter de l'alcool ou de la drogue. J'ai peut-être trop généralisé leurs situations.
"Le gang des DarkFire est le plus craint de Los Angeles."
Les paroles du chauffeur me reviennent en mémoire. Comment son frère peut-il être si gentil s'il fait partit d'un gang faisant régner la peur ? Cet enfant est bien aveuglé.
Après avoir séché l'assiette de cookies vide, je m'agenouille devant Eric, serrant ses mains dans les miennes.
- Ecoute mon grand, si tu veux rester ici quelques temps je n'y vois pas d'inconvénients. Tu pourrais manger tous les jours, dormir dans un lit douillé et je te trouverais la meilleure école de Los Angeles.
Si l'on m'avait dit un jour que j'étais prête à faire autant d'effort pour aider un sans-abri, je me serais ris au nez.
La réaction du garçon n'est pas celle à quoi je m'attendais. Il bondit de sa chaise en enlevant ses mains des miennes pour me faire face.
- Non ! Je ne quitterais jamais mon grand frère !, hurle-t-il.
- Mais tu n'est pas obligé de...
- Non ! Je ne veux pas ! Je veux rester avec lui !
Sa loyauté envers l'homme est touchante. Il serait prêt à retourner à la rue avec la faim au ventre pour rester auprès de son frère. Eric est remarquable. J'ai rarement vu un enfant aussi courageux.
Je me redresse et essaie d'apaiser la situation.
- Non Eric, tu ne quitteras jamais ton frère. Ce n'est pas mon but. Je veux juste t'aider.
- Bah aidez-le aussi, aidez-nous !
Le nous dont il fait référence doit être le gang auquel il appartient. J'ai encore dû mal à penser qu'un si petit garçon en fasse partie.
Je me redresse.
- Je ne peux pas aider tout le monde mon grand, répond-je calmement en me rasseyant.
Eric reste muet, la déception se lisant dans ses yeux. Il a beau être mature, il n'en reste pas moins un enfant naïf. L'avoir aider l'a peut être conforté dans l'idée que je pouvais secourir tout le monde. Et même si je le pouvais, je ne le ferais pas pour des criminels.
- Il va bientôt faire nuit, je dois rentrer, lance Eric.
Je lève la tête et aperçois à travers la baie vitrée le coucher du soleil orangé. L'idée de le raccompagner me traverse l'esprit mais la peur qui me noue le ventre m'empêche d'aller jusqu'à sa "famille". D'un autre côté, je ne peux pas le laisser errer tout seul dans la rue. Il a l'habitude Lynn.
- Au revoir.
J'ai à peine le temps de répondre que l'enfant marche en direction de la porte de mon appartement.
- Attends ! m'exclamé-je sans réfléchir. Je... te raccompagne dehors.
Le petit garçon acquiesce en souriant. Je ne comptes pas faire la connaissance des autres membres du gang DarkFire mais mon âme superficielle refuse de le laisser repartir avec des vêtements aussi abîmés. Je décide donc de lui acheter deux trois tenues dans les boutiques de Los Angeles. Eric avait hésité au début, n'ayant pas particulièrement envie de se mêler à un bon nombre d'inconnus dans des boutiques dont il n'a pas l'habitude d'entrer, seulement de regarder à travers les devantures. Il était si peu confiant qu'en entrant dans le premier magasin, il m'a tenu la main dès lors qu'un client lambda a croisé son chemin. Son geste m'a attendrit. Ce petit me fait confiance comme s'il me connaissait depuis longtemps. Cela me touche mais me bouleverse à la fois quand je me rends compte qu'un peu de nourriture suffit à l'amadouer.
Eric finit par partir au loin avec deux sacs à la main et des vêtements propres sur lui. Son visage est plus lumineux que lorsque je l'ai rencontré il y a une semaine déjà. Le voir marcher loin de moi me rend affreusement triste. Je me suis attachée à ce petit garçon trop rapidement.
J'espère sincèrement qu'il reviendra me voir.
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Soulman Dark Fire
RomanceOn dit que l'argent ne fait pas le bonheur. Pourquoi mentir ? Il y contribue sinon je ne vivrais pas la vie de rêve que je mène actuellement. Indépendante et riche, mon quotidien est celui d'une vraie princesse. Alors pourquoi quand je le vois, lui...
