Il était tard et il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Ce qui était arrivé à Samuel le perturbait. Il n'était pas malheureux que cela soit arrivé, bien au contraire. Et c'est ce sentiment de satisfaction qui l'inquiétait. Était-il en train de devenir comme Damien ? Il se frotta le front en serrant la mâchoire. Il priait pour que cela ne soit pas le cas. Il ne voulait pas commencer à glisser sur cette pente sur laquelle il avait déjà posé le pied. Il était, selon lui, à la limite de la chute vertigineuse du côté obscur et ce n'était pas bon du tout. Si Damien n'avait aucun regret il était probablement déjà trop tard pour lui, mais est-ce que lui même avait des regrets ? Une once de culpabilité ? Rien qu'une infime partie de lui souhaitant que Samuel soit de retour au lycée le lendemain ? Il cherchait tout au fond de lui, explorant des parties de son cerveau qu'il avait mit en veille depuis bien longtemps en jouant les fils parfait. Plus il s'enfonçait et plus il se perdait dans ses souvenirs. Certains passages de sa vie lui revenaient en mémoire et à cet instant même, si bien qu'il commençait à bouillir de rage en s'imaginant des scénarios remplaçant ceux ou il s'était laissé marché dessus sans pitié ni raison. Il se redressa rapidement en se surprenant à s'imaginer aussi méchant et impulsif. Ce n'était que dans des scénarios mais c'était déjà beaucoup trop pour quelqu'un qui s'efforçait à être parfait depuis qu'il avait commencé à parler.
Tout ce doute semé en lui et ce grain de malice qui germait dans son esprit sans qu'il ne puisse désherber était sans l'ombre d'un doute l'œuvre de Damien. Frustré et légèrement en colère, il attrapa son téléphone et appela le concerné.
Une sonnerie, puis deux, puis trois...Il était minuit passé et la colère était un peu retombée et avait ramené le bon sens que le bouclé avait quelque peu oublié. Au moment ou il voulu raccrocher avant de déranger Damien à cette heure tardive, il entendit la voix du garçon lui parler."Bonsoir, qu'est-ce que tu veux à cette heure ci ?"
Il approcha le téléphone de son oreille tout en cherchant ses mots et s'appuya sur sa tête de lit.
"Je n'arrive pas à dormir, à cause de Samuel. Et j'entend à ta voix dénuée de fatigue que toi non plus ?
-Ah non rien à voir. Je regardais Doctor Who, j'étais pas prêt d'aller me coucher."Il n'avait donc vraiment aucun remords. Thomas soupira puis posa sa tête contre le mur.
"Je vois...Toujours aucune once de culpabilité de ton côté.
-Ah non, aucune. Je te garanti que ça ne m'empêchera pas de dormir cette nuit. Ni celles d'après d'ailleurs. Mais toi, oui, visiblement. Allez racontes moi tes p'tits tracas, j'ai mis en pause ma série pour toi."Le bouclé grimaça. Habituellement c'était Robbie qu'il appelait en pleine nuit quand il n'arrivait pas à dormir, pas un garçon dont qui ne faisait pas partie de son entourage proche. Il se trouva stupide de l'avoir appelé mais de ne pas vouloir se confier, en un soupire il tenta de se débarrasser d'une partie de son appréhension pour finalement dire ce qui lui passait par la tête.
"J'ai peur de...Passer du côté des méchants..."
Là ou il s'attendait à entendre Damien rire, il n'eut rien du tout. Damien le laissait parler sans lui couper la parole ni se moquer. Il reprit alors le fil de ses pensées.
"Je cherche en moi une once de remords mais...J'en sais rien, j'arrive pas à me dire que je serais plus content qu'il soit encore au lycée plutôt qu'il se soit fait virer de notre faute.
-Ah, donc c'est bel et bien notre faute et pas seulement la mienne ?
-On va dire que j'aurais pu t'en empêcher mais que je n'ai rien fait. Alors oui, je suis coupable aussi.
-Je te l'ai déjà dit mais je vais me répéter, il s'était déjà foutu dans la merde tout seul comme un grand. Ce n'était qu'une question de temps avec qu'il se fasse choper. J'ai juste..."
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Rano Pano [Terraink]
Fiksi PenggemarTout autour d'eux semblait sans dessous dessous. Le brouahah des conversations, les faux semblants et la haine qui les rongeait les enfonçait dans leur solitude. Mais ils trouvèrent en l'autre la lumière qui manquaient à leur vie dans la pénombre.