Paco, avec tout le courage qu'il pouvait rassembler, s'avança enfin vers sa mère. Mais il fut surpris par sa réaction : elle se mit à bégayer, son visage devenant blafard, comme si elle venait de voir un fantôme. Avant qu'il ne puisse dire un mot, elle l'attrapa par le bras et le tira à l'intérieur de l'immeuble, le laissant complètement désorienté.
Une fois à l'intérieur, sa mère lui expliqua, presque en chuchotant, que son mari n'était pas au courant de son existence. Elle lui proposa de rester chez eux, mais à une condition : il devait se faire passer pour son petit frère. Pour Paco, l'essentiel était de rester près de sa mère, de la connaître enfin, alors il accepta sans trop réfléchir, malgré l'étrangeté de la situation.
Les premiers jours furent troublants mais aussi pleins d'espoir. Paco fut bien accueilli par la petite famille, même si cela lui faisait bizarre d'entendre ses demi-frères et sœurs l'appeler "tonton". Il essayait de s'adapter, de profiter de chaque moment passé avec sa mère, mais petit à petit, les questions commencèrent à le tourmenter : pourquoi sa mère n'avait-elle jamais parlé de lui à sa nouvelle famille ? L'aimait-elle vraiment ? Aurait-elle jamais cherché à le retrouver s'il n'était pas venu jusqu'à elle ?
Les mois passèrent, et la situation devint de plus en plus tendue. Le mari de sa mère commençait à s'impatienter. Pour lui, la présence de Paco dans leur maison ne devait être que temporaire, le temps qu'il "se retourne". Mais cette situation durait déjà depuis six mois, et il souhaitait retrouver l'intimité de sa famille. Paco ressentait la pression monter, mais comment partir alors qu'il venait à peine de retrouver sa mère ?
Désespéré, Paco demanda à sa mère de l'aider à régulariser sa situation, invoquant le fait qu'il était l'enfant d'une citoyenne française. Mais sa mère refusa catégoriquement. Elle ne voulait pas que son nom soit associé à lui en tant que mère, par peur de révéler son secret. Cette réponse fut un coup de massue pour Paco. Il comprit alors qu'il était peut-être temps de quitter le domicile, même si cela signifiait retourner à la rue. Là-bas, au moins, il ne dérangerait personne.
Errant à nouveau dans les rues de Paris, Paco découvrit le quartier de Château d'Eau, un lieu où la communauté africaine se réunissait pour se coiffer, échanger, vendre des produits de leurs pays d'origine, et partager des plats faits maison. C'était un endroit animé, plein de vie, où il se sentait un peu plus proche de ses racines. Un jour, au détour d'une conversation avec un gérant, celui-ci lui proposa de travailler comme racoleur pour attirer des clients dans son salon de coiffure. Paco accepta cette opportunité, voyant là une chance de subvenir à ses besoins tout en s'intégrant dans cette communauté dynamique.
Ainsi, Paco trouva une nouvelle forme de stabilité, loin de la maison de sa mère, mais avec l'espoir de se construire une vie, petit à petit, dans cette nouvelle réalité parisienne.

VOUS LISEZ
De L'Afrique à Paris
Short StoryL'histoire plonge au cœur des vies de plusieurs personnes venues d'Afrique, toutes animées par l'espoir d'une vie meilleure en Europe. Chacun d'eux a quitté son pays avec des rêves plein la tête : obtenir une éducation de qualité, trouver un emploi...