2019 - Mars

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UN BANAL JOUR DE PLUIE 


La journée s'achevait entre les averses.

Les vitres pleuraient.

J'avais toujours à l'oreille l'écho de la sonnerie, retentit il y a une dizaine de minutes. Tout le monde s'était précipité faisant trembler les murs. Victoria et Éléonore m'avaient salué, Sacha s'était précipité dans la salle d'art en me souhaitant une belle fin de journée. J'avais traîné, errant dans les couloirs, le cœur léger. Appréciant la rencontre glissante des gouttes de pluie sur les fenêtres.

Le mouvement de téléphone dans ma poche, me rappela le mail, envoyé par ma professeure pendant que j'avais somnolé en géographie,

« Bonjour Rose,

J'espère que tu vas bien. Je suis dans le regret de t'informer que je ne pourrai pas assurer notre entrevue d'aujourd'hui. Plusieurs réunions pour le voyage se sont rajoutées à mon emploi du temps.

Nous essayerons de trouver un nouveau créneau.

Bien à toi. »

Une moue apparue sur mon visage avant que je ne lui réponde d'un simple « aucun problème, bonne réunion ». Mon téléphone rangé, j'empoignai les anses de mon sac à dos, traînant à mes pieds. Ma main serra les serrages de mes lacets s'étant desserrés depuis le midi.

Sur le chemin jusqu'à la grille, je jetai un coup d'œil à ma montre qui affichait 16h42.

L'heure de sortie était dépassée.

En descendant les escaliers en fer du bâtiment, je contemplai la pluie tomber comme un rideau. Des lignes aussi droites que les parallèles des cours de maths. En arrivant dessous, mon manteau absorba les gouttes et l'odeur de l'humidité se diffusa. Quelques mètres pour atteindre l'espace couvert encadré de l'accueil et de la vie scolaire collégienne, une surveillante se leva en m'apercevant patienter devant la grille.

— Je suis désolée Rose, je pivotai vers sa voix calme, tu connais la consigne, commença-t-elle, sa main appuyée contre l'encadrure de la porte. Aucune sortie n'est autorisée entre les différentes sonneries. Il faudra que tu attendes celle de 17h30.

J'acquiesçais, sans chercher à négocier. Elle hocha la tête et referma la porte en verre, conservant la chaleur dans les bureaux.

La pluie me drapa de nouveau, s'écoulant sur mon vêtement avant de continuer à colorer le goudron. Je remontai par l'escalier en spirale, desservant les bâtiments de sciences.

Le silence.

Personne ne semblait animer cette allée. Je m'installai sur le rebord du radiateur brûlant, mon sac à mes pieds.

Je contemplai la tristesse du ciel. Mes coudes se placèrent sur le rebord et mes yeux suivirent les gouttes s'échouer. Les souvenirs de ce moment, cette fois, la première, passèrent devant moi. Le moment où ma vie allait basculer, où le mot scoliose allait apparaître dans mon vocabulaire. Ce jour-ci où je m'étais comme bien trop souvent adossé à mon radiateur et avait fixé l'air évasif, le ciel et le paysage sans vie.

Tant de jours s'étaient écoulés depuis ce 4 avril 2017.

Un sourire nostalgique creusa mes fossettes. Mon regard tomba sur mon pull noir, engloutissant mon compagnon, devenu invisible. Et pourtant. Son étreinte me réconfortait, comme un câlin de fin de journée. La honte avait laissé place à un sentiment plus fort, libérateur de ce poids que je portais. L'appellation de compagnon prenait une autre signification. Il l'était, restant à mes côtés, me soutenant en me rappelant chaque jour qu'il serait là le temps de ma guérison. Il n'était pas mon ennemi, il était cet objet fait de résine qui me sauvait. Chaque jour, il était entré sur le champ de bataille pour combattre à mes côtés. C'était ce gilet pare-balles. Celui qui m'avait protégé de ces souvenirs en faisant frissonner mon cœur. Lui qui m'avait réchauffée quand le froid avait embrassé ma peau. Même si, il pesait lourd dans mon quotidien, j'avais appris à l'aimer.

SCOLIO'MEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant