Interlude

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Cette année 2017 avait été marquée par un jour dans la semaine.

Le jeudi.

J'attribuais, à ce jour, la couleur verte. Cette nuance de bleu et de jaune qui créait le signe de l'espoir. J'en avais eu grandement besoin, ne serait-ce qu'une petite quantité, pour continuer à poser les pieds chaque jour dans ce collège.

Pourquoi le jeudi, me diriez-vous ?

Hasard ou coup du destin, mon emploi du temps ne correspondait pas avec celui de Victoria, aucune pause en commune.

À l'exception du jeudi.

Ce jour-là, deux heures nous étaient accordées pour que nous puissions les passer ensemble. Pendant ces nombreuses minutes, mes oreilles se rouvraient sans craindre de subir les insultes, moqueries, brimades de mes camarades.

Flashback

9 mars

Rare les fois où le jeudi midi, mon amie la solitude me tenait compagnie.

Ce jour-là en avait été l'exception. Les cours de Victoria, par la cause d'une absence d'une de ses professeurs, s'étaient annulés et mon amie de longue date avait quitté le collège à midi.

Un coin isolé dans la première cour de récré non loin de la chaufferie nous avait accueillis, la solitude et moi-même. Le sol supportait le poids de mon quotidien où mon sweat cachait mon maigre corps.

Mon regard fixa la porte en fer où un panneau rouge stipulant « ne pas entrer » se trouvait placardé. Les genoux, repliés sur ma poitrine, mes bras les entourèrent. Je pouvais librement me mettre dans cette position, Victoria avait quitté l'établissement, pas besoin de me cacher. La musique ne m'entoura pas, aucunement besoin, mes pensées chantèrent les fausses louanges de mes camarades à mon égard, où les insultes de la matinée tournèrent en boucle.

— Je peux broyer du noir avec toi ?

Une voix beaucoup plus assurée que la mienne s'infiltra dans mes oreilles normalement fermées. Mes yeux s'arrêtèrent sur ses bottines de marque où un liseré or ornait le côté de chacune et le logo s'y complétait.

Sans que mes lèvres se décollent, elle s'installa à ma droite, le sourire dessiné sur son visage, qu'elle tourna vers le mien. Ses cheveux, longs et bouclés, s'imposèrent par leur volume. Un roux flamboyant, elle me rappelait Rebelle, une princesse Disney.

Sa main se retrouva rapidement entre nous, une invitation à la saluer. Timidement je lui rendis, mon sweat englobant jusqu'à l'extrémité de mes doigts.

— Je m'appelle Alexianne et toi ?

— Rose.

Silence.

Mes yeux concentrés à détailler de nouveau la porte de la chaufferie, le bruissement de son manteau ne m'en détourna pas. Le panneau disparut face à sa main rougit, tendue face à moi. D'un coup d'œil, son sourire se fendit, accentuant ses petites taches de rousseurs, le soleil dos à elle, ses boucles s'illuminèrent.

— Debout.

Les sourcils légèrement haussés, le mépris avait pris place sur mon visage.

— Je t'invite à venir avec moi. Tu pourras me raconter pourquoi tu te retrouves toute seule près d'une chaufferie un jeudi midi ?

Sa main n'avait pas bougé, toujours offerte à la mienne que je n'acceptai pas.

— Bah alors, tu te décides, minimoys ?

SCOLIO'MEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant