LE MASQUE EST DÉMASQUÉ
Mercredi 5 juin
Mon sac dans les mains, il ne pesait presque que le poids d'une plume. En descendant la pente quelques graviers roulèrent sous mes pieds. J'esquivai la chute de peu en fixant l'école qui s'agrandissait à force de me rapprochai. La gorge sèche, je déglutis en pivotant mon regard. Le soleil se couchait, peignant la ville orangée. Une larme roula sur ma joue. Je l'effaçai furtivement, ignorant la culpabilité qui continuait à grignoter ce trou dans ma poitrine. L'affiche de l'école sembla me narguer. Les danseuses arborant leur grâce et leur pointe me dévisagèrent.
Comme-ci ma place n'était plus ici.
Je récupérai le peu de courage qui me restait. J'ouvris la porte et l'odeur de lavande m'asphyxia, me coupant le souffle.
Je ne reconnaissais plus la chaleur de cet endroit. Deux semaines que je n'étais pas revenue, empêchée par le trou béant dans ma poitrine. Le couloir n'apportait pas l'encouragement habituel, il était austère. Des tremblements se faufilèrent à mesure que je marchais vers la porte violette. Devant cette dernière, j'observai ma main dans une tentative vaine à l'ouvrir. Elle tremblait. Mon corps s'immobilisa aussitôt, le souffle de mon amie anxiété s'échoua dans mon cou. Sa voix stridente brouilla mon esprit et les hypothèses des réactions des filles plurent dans ma tête.
Mes mains finirent par boucher mes oreilles, refusant de l'écouter, de la laisser pourrir ma vie.
Elle restait trop forte.
En courant, je ressortis absorbant l'air frais. Mes yeux se brouillèrent de larmes et j'eus peine à distinguer mon téléphone appuyant sur son numéro. La seule personne qui pourrait me rassurer, qui saurait trouver les mots.
Affaiblies, mes jambes lâchèrent et je glissai contre le crépi du mur m'assayant à même le goudron. Mon corset appuya dans mon dos tout en entrant dans ma cuisse, presque prêt à la transpercer.
Je hurlai d'inconfort.
Tant pis. Je ne pouvais pas entrer dans cet état.
Première sonnerie. Pas de réponse.
Deuxième sonnerie. Pas de réponse.
— S'il te plait, réponds.
Troisième sonnerie.
- Allo ?
Une vague de soulagement s'échoua en moi, éclaboussant mon anxiété.
- Papa ?
- Rose, ma chérie qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai peur d'y aller papa.
Je reniflai, les larmes continuaient à couler. Je n'avais rien pour les arrêter.
- Peur d'aller où ? D'abord où es-tu ? Tu veux que je vienne te chercher ?
- Je suis devant le studio. Je suis entrée et j'ai pas réussi à aller au-delà du couloir. J'ai directement pensé à ce que pourrait dire les filles, le fait que je les abandonne à seulement deux semaines du gala. J'ai peur qu'elles m'en veuillent papa.
- Déjà, tu ne les abandonnes pas. Tu as dû te faire opérer en urgence Rose. Ce n'était pas prévu et ce n'est en aucun cas ta faute. Ensuite, les filles sont au courant et tu sais qu'elles ne t'en voudront pas et qu'elles comprennent.
- Oui, mais, j'ai rien à faire là-bas. Je vais pas danser.
- Tu as autant ta place que n'importe quelle de tes copines. Tu es brillante, une excellente danseuse et si Sophie ne voulait pas que tu viennes, elle ne t'aurait pas demandé de l'accompagner et d'accompagner le groupe et de participer à l'organisation du gala. Alors oui, je sais que ça te met un coup. Que c'était pour toi l'opportunité de montrer ton talent à des professionnels, mais ma chérie, les vidéos ça existe et si il y a besoin on se rendra en Angleterre pour que tu passes les épreuves d'inscription. Pour le moment, concentre-toi sur aujourd'hui et ne pense plus que tu n'as pas ta place dans cette école.
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SCOLIO'ME
RandomOn le sait tous dans l'obscurité se cache toujours un faisceau de lumière. Comment devinez que par une simple annonce, notre vie tout entière bascule. Que par le simple fait d'un changement c'est une lutte acharnée pour guérir qui s'annonce. Plonge...
