La lettre

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Dunevaëlle

La nuit était tombée depuis longtemps, enveloppant la ville d'un calme trompeur. Après la journée que je venais de passer, le silence de mon appartement me semblait presque surnaturel. Un contraste brutal avec le chaos dans ma tête.

Je refermai la porte derrière moi, glissant machinalement le verrou, et posai mon sac sur la table du salon. D'un geste fatigué, je passai une main dans mes cheveux, essayant d'évacuer ce poids invisible qui pesait sur mes épaules depuis des heures.

Luis.

Son nom résonnait encore dans mon esprit, comme une ombre persistante qui refusait de s'effacer.

Pourquoi était-il venu ? Pourquoi avait-il semblé... hésitant, troublé ? Ce n'était pas son genre. Lui, il était toujours sûr de lui, même quand il était en train de faire la pire connerie possible.

Mais cette nuit... cette nuit, il avait failli me dire quelque chose.

Et pourtant, il était parti.

Comme toujours.

Un soupir m'échappa alors que je secouai la tête, chassant ces pensées inutiles. Ce n'était plus mon problème. Je jetai un rapide coup d'œil à l'horloge murale. Minuit passé. J'aurais dû dormir depuis longtemps. Mais la fatigue ne suffisait pas à calmer la tempête qui grondait en moi. Je me dirigeai vers la cuisine, songeant à boire un verre d'eau avant de me forcer à aller me coucher. Mais alors que je faisais un pas, un détail m'arrêta net.

Quelque chose clochait.

Un frisson désagréable remonta le long de ma nuque, me faisant instinctivement redresser les épaules.

Là, juste sous la porte d'entrée.

Une feuille blanche dépassait légèrement.

Un simple morceau de papier. Et pourtant, mon cœur rata un battement.

Je restai figée, l'espace d'une seconde, incapable de détacher mon regard de ce bout d'enveloppe immaculée qui ne devrait pas être là. Un bruit lointain résonna dans l'immeuble, un craquement de bois, un bruit de pas peut-être. Je sursautai légèrement, me maudissant aussitôt pour cette réaction excessive. Ce n'est rien. Juste une lettre. Une simple lettre. Mais l'angoisse, elle, était bien réelle. Je m'approchai lentement, mon souffle suspendu, chaque pas amplifiant cette sensation oppressante. Je tendis la main, mes doigts légèrement tremblants, et attrapai la feuille.

Pas d'adresse. Pas de nom. Pas de timbre.

Quelqu'un l'avait déposée ici. À la main. Je sentis mon estomac se nouer douloureusement. Ce n'est pas normal. Mes mains crispées autour du papier, je l'ouvris avec précaution, comme si son contenu pouvait exploser entre mes doigts. Une simple feuille de papier en glissa. Dès que mes yeux se posèrent sur ce qu'elle contenait, je sentis tout l'air quitter mes poumons.

Moi.

Sur une chaise.

Les poignets attachés.

Le regard figé, empli de peur.

Non.

Un choc violent me frappa en pleine poitrine. Ce n'était pas possible. Ma vision se brouilla un instant, le monde autour de moi bascula dangereusement. Mon souffle devint court, erratique. Je connaissais cette photo. Je la connaissais par cœur.

Elle avait été prise il y a six ans.

Le jour où Eduardo m'avait enlevée.

Un écho de douleur fantôme remonta dans mon corps, si intense que j'eus l'impression d'être à nouveau cette fille, enfermée, brisée, sans espoir. Les murs humides et délabrés de cette pièce. L'odeur de moisi et de sang. La douleur cuisante dans mes poignets lacérés par les cordes.

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⏰ Dernière mise à jour : Mar 01, 2025 ⏰

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