Jungkook était parti et ma mère s'en est allée dormir donc je fais de même. Une fois dans mon lit, je me mets à ressasser le passé.
Quand j'étais petite, je croyais que les adultes qui criaient étaient des gens normaux, que c'était ça l'amour.
Je devais avoir six ans quand j'ai vu mon papa partir pour la dernière fois. Je me rappelle pas de ce qu'il portait, mais je me souviens du bruit de sa valise et du « Je reviens vite ma puce, vas dormir » puis de son bisous sur ma joue.
Ma mère, elle, avait les yeux rouges depuis deux jours et cette cigarette entre ses doigts qui tremblaient me hantait l'esprit. Elle enchaînait les cafés alors j'ai fini par lui demander pourquoi.
- C'est pour pouvoir rester éveillé quand papa reviendra. Dit-elle en souriant.
Mais un jour, la police nous a appelé pour nous dire que mon père était décédé des suites d'un AVC.
J'etais triste mais pas tant que ça car j'étais très jeune mais je me souviens à quel point c'était un bon père avec moi.
J'ai demandé à maman pourquoi elle pleurait quand elle croyait que je dormais.
- Tu comprends pas, toi. Ton père était pas parfait, mais il m'a sauvée. Et puis il est parti comme tous les autres. Comme mon père à moi. On pouvait tout arranger ensemble mais il est parti....J'avais dix ans quand mon papa m'a laissée seule avec ma mère. Elle nous criait dessus tout le temps. Je devais me débrouiller, cuisiner, m'occuper de mon frère. J'ai jamais eu d'enfance, Jiyoo. Alors c'est normal que je sois un peu...cassée.
J'avais compris tout les mots de maman, j'avais compris sa tristesse, mais je ne comprenais pas bien ce mot. Cassée. Je l'imaginais comme un verre un peu qui s'était éclaté au sol, qu'on avait recollé mais qu'on gardait quand même parce qu'on l'aime.
Je l'aimais, ma maman cassée. Mais parfois j'avais peur d'elle quand elle buvait trop de vin rouge et qu'elle m'insultait sans raison. Quand elle me disait que je lui gâchais la vie, ou qu'elle aurait préféré avoir un fils. Mais le lendemain, elle me cuisinait des crêpes avec un mot doux sur une serviette en papier tout en me câlinant.
« Tu sais que je t'aime hein, Jiyoo ? T'es tout ce que j'ai ». Disait-elle.
Alors moi j'encaissais et pardonnais. Toujours. Aujourd'hui, je comprends mieux, elle voulait faire mieux que sa propre mère, mais parfois, les monstres de l'enfance remontent à la surface. Et elle, elle n'a jamais appris à les combattre, juste à les cacher.
Mais moi...je ne veux pas d'une vie cassée, je ne veux pas. Alors quand elle dit que la mère est comme la fille, je refuse d'y croire.
Je me réveille ce matin avec beaucoup d'énergie
Je me lève avec la gorge nouée, jai très peu dormi, en sortant de ma chambre, je constate ma mère est déjà prête, habillée avec une tenue sobre, ses deux valises bien alignées près de la porte d'entrée. Elle tapote sur son téléphone, un air blasé sur le visage.
- Bonjour ma fille, bien dormi ?
- Oui mais j'ai connu mieux et toi ?
- Pareil. Dit-elle dans sa barbe. Bon, j'ai appelé un taxi, il arrive dans quinze minutes.
Elle ne me regarde pas. Je m'avance doucement, encore en chaussettes.
- Tu veux pas que je t'accompagne ?
- M'accompagner avec quoi ? Ta voiture imaginaire ? Dit elle sur un ton ironique ce qui me vexe.
- C'est bon, j'ai compris je vais en acheter une, je lève les yeux au ciel, mais là n'est pas le sujet, je pouvais demander à Jungkook.
