Chapitre 1

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Je n'ai pas dormi de la nuit.

La charade tournait dans ma tête, en boucle.
Je la récitais à voix haute, comme une formule :
« La vérité se cache sur ma langue et se découvre dans mes bras. Tu penses que tu peux le voir mais ce n'est pas le cas. »

Rien n'avait de sens.

Je n'étais même pas sûre d'avoir vécu tout ça. Peut-être que je devenais folle. Peut-être que j'avais fait un malaise. Peut-être que je m'étais inventé un monde pour échapper à la réalité.
Et pourtant... Le trèfle.
Il était toujours dans ma poche.

Je le sortis doucement.
Sec. Léger. Irréel.
Un trèfle à quatre feuilles.

Je le serrai entre mes doigts. Je ne comprenais plus rien.

Au lycée, j'avais l'impression que tout le monde me regardait.
Comme si un panneau clignotait au-dessus de ma tête : "a vu un dieu grec hier soir".

Louis n'était pas là.
Hugo non plus.

Clémentine me regardait du coin de l'œil.
Elle savait que j'étais différente. Elle savait que je portais quelque chose de lourd.
Mais elle ne disait rien. Elle attendait que je parle.
Et moi... je n'y arrivais pas.

Arthur, lui, était plus direct.

— Tu fais la gueule parce qu'Hugo ne t'a pas répondu ? demanda-t-il dans un souffle.

Je haussai les épaules. Pas envie d'expliquer.

— Tu veux qu'on lui parle ? proposa-t-il.
— Non. Je veux qu'il disparaisse.

Mensonge.

Je voulais comprendre.

Dans les couloirs, je crus voir une silhouette.
Je me retournai.

Vide.

Puis, dans le casier.
Un mot.
Un simple mot, plié en quatre. Pas d'enveloppe.

"Tu n'as plus beaucoup de temps."

J'eus un frisson.
Ce n'était pas son écriture. C'était plus fine. Plus féminine.

Louis.

Je le savais.
Je le sentais.

Je courus jusqu'au toit du lycée. Personne n'y allait jamais. C'était mon refuge.

Le vent me fouettait le visage. J'avais froid.
Je voulais que tout s'arrête.
Ou que tout commence.

Une voix me fit sursauter :

— Tu as compris ?

Il était là.

Appuyé contre la rambarde, vêtu comme n'importe quel élève.
Mais je savais que c'était un mensonge.
Il était plus que ça.

— Qu'est-ce que je dois comprendre ? hurlai-je presque.

— Ce que je suis. Ce que tu es. Et ce qu'on est censés être.

Je reculai.
Toujours ce foutu réflexe.

— Je ne suis rien, dis-je.

— Tu es celle que j'ai choisie.

Ses yeux brillaient. Pas comme des yeux humains.
Ils luisaient. Comme l'or. Comme le soleil.

Je déglutis. Je ne pouvais pas parler. Pas bouger.

— Tu veux des réponses, Éléonore ?

Je ne répondis pas.

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⏰ Dernière mise à jour : Jul 05, 2025 ⏰

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