Chapitre 42 : Interrogatoire poussé

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J'avais essayé de paraître présentable le lendemain, pour la visite de Marcello. J'avais eu une apparence horrible lors de notre rencontre, et le pire était que je l'ignorais. J'avais alors démêlé mes cheveux de très longues minutes les larmes aux yeux après les avoir soigneusement lavés par trois shampoings. Désespérée, j'avais fini par dénicher des ciseaux et coupé plusieurs centimètres de ma tignasse. Le résultat n'était pas aussi réussi qu'escompté, et Mike, qui s'occupait des chèvres au camp, s'était empressé de me rattraper mon erreur, disant qu'il avait déjà coiffé sa femme quand il était libre. J'avais moyennement confiance, mais j'avais raté ma coupe, et si ce n'était pas Mike, Nolan s'était porté volontaire. Je voulais éviter un second carnage. Ma peau était également toute propre, je prenais plaisir à retrouver des habitudes d'hygiène régulière. Je me sentais mieux ainsi. Mes yeux retrouvaient leur éclat. Les cernes avaient quasiment disparu, ainsi que mes courbatures. Je devenais vivante.

Marcello arriva après le petit-déjeuner, toujours escorté par deux gardes. Il monta sur une petite estrade présente dans le réfectoire, que je n'avais jamais remarquée jusque-là. En même temps, dès que j'étais dans cette pièce, tout mon attention se reportait à chaque fois sur le contenu délicieux de mon assiette.

— Bonjour ! J'espère que vous avez pu vous reposer et que l'endroit vous plaît. Je voulais vous laisser un peu de répit avant de commencer les choses sérieuses. Cet après-midi, mes hommes et moi rassemblerons des informations au cours d'entretiens. Tout ça dans le but de faire vos dossiers pour votre intégration future. En parlant d'intégration, que nous devons bien sûr faciliter, n'oubliez pas qu'elle doit se faire des deux côtés. C'est pour cela que je vous demande d'aller à tous les cours d'espagnol et de portugais qui se tiennent ici le matin. Vous resterez au centre encore quelques semaines, vous êtes nombreux, et les formalités administratives mettent du temps. Je reviendrais vous voir souvent tout de même, en tant que tuteur. D'ailleurs, je voulais vous prévenir que des vêtements propres vous seront livrés demain. Je ne vais pas vous embêter plus longtemps, finissez votre repas. Bon appétit, et on se revoit plus tard pour les entretiens.

J'étais convoquée parmi les premiers. Ce qu'avait omis de dire Marcello, c'était qu'avant les entretiens, il y avait une visite médicale. Quand mon nom fut appelé par une femme habillée comme les hommes que l'on avait rencontré à Nogales, une petite appréhension naquit. Elle me mena au troisième étage du bâtiment orange où se déroulaient tous ces entretiens et que je ne connaissais pas. L'atmosphère de l'endroit n'aidait pas pour mettre à l'aise. Le couloir silencieux sentait une odeur âcre de désinfectant. J'attendais depuis plusieurs minutes dans la plus grande solitude désagréable.

Enfin, une nouvelle femme apparut sur le seuil d'une porte qui s'entrouvrit d'un coup, et elle m'invita à rentrer. La pièce était petite, seulement meublée d'un lit et d'un bureau en acier. Ce strict minimum me mettait encore plus mal à l'aise.

— Bonjour. Léane Robin, c'est bien ça ?

— Oui, c'est moi.

— Bien, je suis le Dr. Sanchez, médecin militaire. Je suis là pour t'ausculter, pour voir à quel point ta peine réalisée en Arizona a eu des répercussions sur ta santé, et te soigner en conséquence. Je dois vérifier que tu sois en bonne santé, sans maladie grave ou contagieuse pour l'UNASUR, dont le XI-06. C'est un moment particulier, dont si tu veux m'alarmer sur des problèmes physiques, ou psychologiques, que tu rencontres, n'hésite pas. C'est d'accord ?

Je hochais la tête, et le Dr. Sanchez m'affubla effectivement à toute une série de tests, respiratoires, de vue, sur mes réflexes, des prises de sang, des questions sur mon état de santé. Sans étonnement, son constat était alarmant. Le pire était mon poids, comme elle me l'avait fait remarquer par un cri de surprise, qui exprimait tant de désarroi et de compassion quand je m'étais retrouvée en sous-vêtements devant elle. Comme si la situation n'était pas assez gênante comme ça. Un mètre soixante-cinq pour moins de quarante kilos m'emportait en situation de famine.

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