Chapitre 47 : Coupables et innocents

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Peut-être que c'était du stress qui avait fait ça, mais tout à coup, en entrant dans l'immense pièce circulaire, je demeurais pétrifiée. D'abord, sous l'effet de la surprise. L'endroit était grandiose. Les murs gris en pierre s'élevaient sur une dizaine de mètres de haut, tandis que la lumière naturelle du soleil emplissait l'espace grâce au plafond composé d'une grande vitre de verre, soutenue par plusieurs piliers de marbre. Quelques plantes tropicales et grimpantes ornaient les murs de la pièce, cachant quelques gravures inscrites à même la pierre. Face à moi, sur une tribune surélevée, se tenaient trois individus, que j'identifiais comme les juges. Habillés de grandes tuniques blanches, les trois hommes me regardaient scrupuleusement. J'étais tout autant paralysée par la peur. Le stress était à son point culminant. Surtout, ne pas vomir son déjeuner. Cela ferait mauvaise impression, mais j'avais si mal au ventre. Je respirais lentement en espérant apaiser mon organisme. J'avais peu d'espoir pour que cela fonctionne réellement.

Les trois juges me fixaient d'un air étrangement neutre. Mon visage devait être blafard. Mes mains étaient moites et mes jambes tremblaient. Vous auriez pensé que cette fille qui se tenait face à eux tremblant comme une feuille et terrorisée avait eu autrefois le courage de défier les règles de la société, survécu dans un état américain hostile, fui divers animaux sauvages et combattu les vices humains ? Je ne pensais pas. Et pourtant. J'avais été courageuse avant, et maintenant, voilà que je me décomposais face à trois hommes inconnus. Peut-être que je pourrais affirmer qu'avant, j'étais courageuse pour me construire un lendemain. Aujourd'hui, le courage devenait plus difficile à conquérir quand on décidait pour vous de construire un avenir, qui s'étendait à des années.

J'avançais finalement de quelques pas, pour me trouver au centre de la pièce. Je regardais nerveusement autour de moi, découvrant au passage quelques caméras disposées de part et d'autre. Bonjour, millions de sud-américains. Ma tête devait leur faire peur. Quelle tête de criminelle. J'avais plutôt l'air d'un petit agneau pétrifié qui avait un loup face à lui. Sourire gêné. J'espérais que mon petit côté innocent qui sortait de mon apparence effrayée jouerait en ma faveur.

La voix d'un des hommes me coupa de mes réflexions. Je fronçais les sourcils. Je ne comprenais rien. Enfin, j'avais dû reconnaître trois mots : mon prénom, ainsi que deux autres mots rapides alors qu'ils parlaient en anglais. Léane, concentre-toi et essaye de comprendre, c'est de ton avenir qu'ils parlent ! Pourtant, aucun autre mot ne put me parvenir clairement. Un charabia de phrases s'enchaînait, mes oreilles qui sifflaient m'empêchaient aussi d'écouter attentivement leur monologue, et je continuais à les regarder avec deux grands yeux ronds. Je devais ressembler à une abrutie finie. L'homme, qui devait être mon avocat puisqu'il se tenait à côté de moi, enchaîna à son tour dans un monologue vindicatif. Et j'étais toujours autant perdu. Puis soudain, tout le monde se tût et me fixa. Je devais dire un truc ? Léane, réfléchis trente secondes. Trouve un mot en portugais, pas trop stupide. Mon cerveau avait dû griller avec la montée de stress.

— Madame Léane Robin, affirma le juge au centre des trois. Après analyse de votre dossier, vous avez effectivement commis un délit de vol, plus précisément de nourriture, dans un entrepôt militaire. L'infraction de vol dans un bâtiment sécurisé est puni jusqu'à cinq ans d'emprisonnement, ici. Toutefois, compte tenu du contexte, c'est-à-dire de votre condition de réfugiée, en connaissant les épisodes de famines fréquents dans les camps en frontière du Canada, et du fait que vous avez déjà effectué six mois en Arizona, les juges feront preuve de clémence. Vous êtes coupable de vol, et punie pour six mois d'emprisonnement. Mais vous serez dispensée de peine, celle-ci ayant déjà été réputée accomplie par votre temps passé aux États-Unis. Vous êtes libre, Léane Robin.

J'eus l'impression qu'un poids immense tomba de mes épaules. Je poussais un soupir soulagé avant de sourire au juge, qui m'adressa simplement un faible hochement de tête avant de me montrer du plat de sa main une porte à gauche de celle où j'étais entrée. Je m'y engouffrais presque sans réfléchir, marchant d'un pas rapide et décidé, heureuse de sortir de cet endroit et impatiente de retrouver mes amis.

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