L'histoire que je vais vous raconter est toute fraîche. J'ai vécu un terrible traumatisme dans la nuit de dimanche à lundi. Le genre d'épreuve que l'on doit endurer de temps en temps, mais qui, pour le coup, était pour moi la plus difficile dans le genre.
Je vais vous expliquer l'épouvantable sensation d'impuissance que l'on ressent quand on est cloué dans un fauteuil face à une araignée aussi large que la paume d'une main. Et j'exagère à peine.
Il est minuit, et je suis claqué. Je m'apprête à rentrer dans ma chambre, pensant déjà à la douce chaleur de ma couette et à un autre petit plaisir, celui du baptême du Tenga Egg que l'on m'a offert lors de ma soirée d'anniversaire ce week-end (autrement dit, j'allais me branler furieusement dans un Kinder Surprise en élastomère).
Seulement, au moment de franchir le seuil, il y a une tâche noire sur le mur d'en face, tout en haut à quelques centimètres du plafond, qui attire mon attention. Mais qu'est-ce que c'est que cette chose ? Est-ce que mon papier peint est déchiré ? Est-ce que c'est une vieille tache d'humidité, ou de moisissures ?
Bordel de pute ! Ça vient de bouger !
Me voilà en tête-à-tête avec une putain d'énorme et immonde araignée noire aussi véloce que je suis lent. La voilà partie comme une balle, et elle commence à se diriger vers moi, mais toujours à la hauteur du plafond, bien inatteignable comme il faut, bien flippante à souhait.
Je ne me suis jamais considéré comme étant arachnophobe, mais là, en toute honnêteté, je suis vraiment en train de me chier dessus. Elle est tout ce qu'il y a de plus dégueulasse, avec son bulbe arrière gros comme un calot et ses longues pattes qui la font aller plus vite qu'une Bugatti Veyron.
En plus de ça, j'ai l'impression que cette salope me trolle : elle fait le tour de la chambre, mais collée au plafond, longeant chaque mur comme si elle marquait son territoire. Pendant un instant, elle arrive presque à portée de bras : c'est le moment d'avoir des couilles et de saisir un livre pour lui écraser sur sa sale gueule pleine de mandibules. Mais bien sûr, le temps d'attraper un bouquin, elle est déjà repartie et je me retrouve comme un con en train de la chercher des yeux. Je lève la tête : elle est juste au-dessus de moi.
Mouvement de panique, je plaque le joystick de mon fauteuil électrique vers l'arrière et je déglingue la porte comme un gros lâche. Je n'ose même plus rentrer. Je ne l'ai plus dans mon champ de vision. Il est bientôt une heure du matin, et le constat est le suivant : je ne pourrais jamais l'attraper car elle est bien trop haute et rapide (et surtout écœurante), j'ai besoin d'aide.
J'envoie des textos à des amis qui sont susceptibles d'être encore debout (pas comme moi haha !). Il y en a un qui me répond, je l'appelle direct. Mais il ne viendra pas, il est déjà couché, et il n'a pas le courage de se rhabiller, de prendre son vélo pour venir déloger la pute à huit pattes. Quelque part, je peux le comprendre. Mais quel connard de m'abandonner dans cette situation !
J'essaye de réfléchir, de garder la tête froide. Elle est passée deux fois au-dessus de la fenêtre. J'avance donc pour l'ouvrir, en espérant qu'elle s'y dirige, et que je n'ai plus qu'à la fermer pour qu'elle ne rentre plus jamais dans ma chambre. Mais évidemment, lorsque je mets mon plan à exécution, elle arrête de bouger. Je m'installe dans l'entrée de ma chambre avec un livre, levant l'œil environ toutes les 10 secondes pour la surveiller, mais elle ne bouge pas.
Je suis complètement désemparé. Je n'ai plus le choix.
Je compose le 18 sur mon téléphone en priant pour tomber sur quelqu'un de compréhensif. Et c'est plus ou moins le cas. La personne voit bien que je suis en panique, je lui explique que je suis en fauteuil et que je ne peux pas me lever pour déloger l'araignée qui me terrorise, et qu'en plus de ça, je suis vraiment tétanisé devant cette créature immonde qui a sûrement rationnellement bien plus peur de moi que j'ai peur d'elle, mais quand même, ça n'empêche pas mon effroi. Et commencez pas à me sortir des conneries d'usage du style « mais c'est pas la petite bête qui va manger la grosse ! », c'est absolument irrecevable ! Après cinq minutes d'explications, comme quoi on ne peut pas mobiliser une équipe pour une intervention de ce genre, j'abandonne. Je le remercie quand même pour la psychologie qu'il a su adopter avec moi, même si au final, je me retrouve toujours avec le même problème sur les roues.
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Confessions Infirmes
HumorJe suis handicapé. C'est pas drôle. Mais en fait... Si ! À travers mes Confessions Infirmes, je vais vous raconter différentes anecdotes sur mon quotidien en tant qu'handicapé en fauteuil électrique. Pourquoi ? Pour deux raisons : la première, très...
