L'alcool coulait à flot ici. Whisky, vodka, rhum... Zayn en avait tellement bu qu'il n'arrivait pas à les distinguer. Les gens se contentaient de lui tendre des verres et lui les avalait. Cul sec. Toujours. C'était la règle. Le but n'était pas de faire la fête mais de se saouler. Boire pour oublier. Boire jusqu'à frôler le coma éthylique. Boire pour n'être qu'un corps qui vogue au milieu des jeunes présents dans la discothèque. Et c'était à ça que se résumait la vie de Zayn, finalement : Se détruire jusqu'à devenir le contraire de ce qu'il est.
Au loin, Liam observait son ami passer son temps à briser les derniers morceaux encore viables de son cœur. Il le regardait danser avec de nombreuses femmes, les coller fermement à son corps et les embrasser fiévreusement. Parfois même, il en guidait une jusqu'aux toilettes et ils en ressortaient quelques minutes avant que leur chemin se sépare. Elle, les cheveux emmêlés et le maquillage ayant coulé sur ses joues creuses. Lui, le regard animé par les hormones et quelques perles de sueur au coin du front. Mais malgré la débauche de son ami, Liam ne bougeait jamais. Il était le garçon qui restait en retrait, celui qui n'intervenait pas. Il n'avait pris qu'un verre en début de soirée et depuis, il jouait avec. Alternant les coups d'œil pour son ami puis pour son bourbon auquel il n'avait toujours pas touché. Et auquel il ne toucherait pas. Il avait devant lui l'exemple même d'une consommation excessive d'alcool et jamais il ne souhaiterait finir dans le même état que Zayn. Si encore l'anglo-pakistanais cherchait à fuir quelque chose qui le dépassait, Liam aurait pu le comprendre mais ce n'était pas le cas. Zayn ne cherchait qu'à fuir sa propre personne. Souvent, le châtain avait tenté d'aborder le sujet mais il s'était toujours heurté à un mur. Il n'avait fait qu'essuyer les rejets et cette nuit-là, lorsqu'il dut raccompagner Zayn chez lui à cause de son ivresse, il sut que les choses seraient similaires... Sauf que Liam ne voulait plus être celui qui assistait à sa descente aux Enfers. Comme chaque samedi, Liam avait préféré faire appel à un taxi pour éviter que l'un d'eux soit obligé de conduire pour rentrer. Il ne voulait pas prendre le risque de prendre sa voiture et de devoir jouer les médiateurs avec Zayn pour ne pas qu'il saute de la voiture alors qu'elle était en mouvement. C'était arrivé une seule fois et le métis n'avait eu que des blessures superficielles mais cela avait fait une grosse frayeur à Liam alors que son ami était mort de rire. « T'as vu, Li', lui avait-il dit entre deux éclats de rire, je suis invincible. Je suis un super-héros, je peux pas mourir ». Bien sûr, Liam avait gardé le secret sur cet accident et personne n'en avait jamais rien su. Il était comme ça, Liam. En voulant trop protéger les gens, il s'enfermait lui-même dans leur malheur et en restait prisonnier. Mais c'était Zayn et pour lui, il acceptait de partager ce fardeau. Mais si seulement ça n'avait été qu'une question d'alcool... Liam fût le premier à quitter la voiture noire qui les avait raccompagnés. Il s'avança vers le conducteur et lui demanda de rester ici. « Je n'en ai pas pour longtemps », ajouta-t-il avant de se tourner vers Zayn qui n'arrivait plus à mettre un pied devant l'autre. Il venait de quitter le taxi et était allongé sur le trottoir qui bordait sa maison en banlieue, en retrait de l'agitation du centre-ville. Au moins, ici, personne ne pouvait le voir. Il périssait seul, enfermé dans son chagrin et sa médiocrité. Liam soupira et aida son ami à se redresser. Le métis prit appuie sur lui et laissa le châtain le guider jusqu'à l'entrée, ouvrir la porte, l'installer sur le canapé et par la suite, le déshabiller. Chaque semaine -presque chaque soir ces derniers temps-, c'était la même chose. Liam dénoua les lacets de son ami et l'aida à retirer ses chaussures puis ses chaussettes. Il se pencha alors sur Zayn et défie un à un les boutons de sa chemise avant de lui demander de lever les bras pour qu'il lui retire son maillot de corps. Liam soupira une nouvelle fois en constatant que Zayn dormait à moitié sur le canapé et que son corps commençait à pencher sur le côté droit, prêt à plonger dans un sommeil capricieux, rythmé par des rêves agités et confus. Mais Liam ne l'entendait pas de ce mot. Avec mépris, il tendit sa main en direction de la joue de Zayn et la claqua si violemment que le métis se réveilla brutalement.
