Chapitre 3

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Je pris mon courage à deux mains, attrapai mon téléphone et envoyai un texto à ma mère.

Ryna : Pourquoi tu m'as appelé ?

Je connaissais déjà la réponse à la question mais il fallait que je tente le coup. Elle répondit presque aussitôt.

Maman : Tu es tellement distraite et immature que tu as oublié ton sac de cours le jour de la rentrée ! Non mais Ryna quand même...fais un effort. Bordel ! Ecoute tu peux salir tant que tu veux ta réputation auprès de ton établissement et de tes collègues mais pas la mienne. Sur ce, je t'apporte tes affaires de suite. J'arrive dans 5 minutes.

Immature ?! Mais pour qui elle se prend ! Vieux crouton ! Et puis, "tes collègues", nan mais franchement ! On n'est pas dans ton cabinet d'avocat blindé de coincés du cul aussi lourds les uns que les autres. Oui ma mère est avocate, et non ce n'est pas classe. Elle me parle de "réputation" et c'est moi qui suis immature ! 

La sonnerie retentit et me coupa de mon monologue colérique. Ma mère n'était toujours pas arrivée. Elle devra pénétrer dans ma salle de classe, et à coups sûr ressortira tous son baratin devant tout le monde. Et puis merde alors.

Je me précipitai vers l'entrée en espérant que les portes se ferment avant l'arrivée de ma mère. Mais j'oubliais qu'elle était la présidente des délégués de parents d'élèves. Elle pouvait donc entrer et sortir tant qu'elle le voulait. De plus elle flirtait de plus en plus souvent avec notre proviseur. Ce charmant M. Saby était le plus cool des proviseurs. Il était assez grand et mince, avait des cheveux bruns coupés courts et une barbe naissante. Les blazers et pantalons droits, très peu pour lui. Il préférait se vêtir d'un bon jean et d'une chemise souvent mal repassée. La plupart des filles du lycée fantasmaient sur lui mais ma mère l'avait attrapé en première. Je ne sais pas s'ils sont en couple mais ils ont déjà bricolés des choses pas très scolaires dans son bureau... Si vous voyez ce que je veux dire.

M.Saby ou plutôt Aaron se trouvait souvent entre nos conflits mère-fille. D'un côté il l'aidait à me surveiller et veillait sur moi mais de l'autre il me trouvait des couvertures en cas d'extrême urgence. Ce qui d'ailleurs, déplaisait aux délégués de parents-d'élèves. Pauvre saboubou, quelle misère va-t-on encore lui causer ?

J'entrai dans ma salle sans même prendre la peine de frapper à la porte ni d'excuser mon sacré retard. Je m'assis au fond, comme à mon habitude puis j'attendais. J'attendais que le temps passe et que le passage de ma mère se fasse le plus rapidement possible.

-Toc, toc, toc...

Un frisson parcouru mon dos jusqu'au haut de ma nuque.

-Oui, qui est-ce ? s'écria ma professeur principale, Mme.Doiset.

-Bonjour, excusez-moi du dérangement mais j'aimerai apporter les affaires de ma fille chérie Ryna. Elle est un peu dans les nuages mais il ne faut pas lui en vouloir, dit-elle avec un sourire excessif collé sur son visage éblouissant.

-Oh ne vous inquiétez pas, je vous en prie. Mais fais attention Ryna, cette fois-ci je laisse passer, pas la prochaine fois. Nous sommes le jour de la rentrée tout de même.

-Je l'avais pourtant prévenu, c'est une journée essentielle...

Oui, oui sauve ta réputation, c'est ça.

-... Mais ne soyez pas trop sévère avec ma fille, la pauvre est seulement inconsciente.

Elle avait toujours ce sourire agaçant plaqué sur sa face de marraine la bonne fée.

Arrête ton discours à la "bibidibabidibou" ! Dans tous les cas si elle ne me punit pas tu le fera à sa place.

Elle portait une jolie jupe droite bleue électrique qui lui arrivait à mi-cuisse, un chemisier blanc légèrement transparent, une ceinture noire qui venait marquer sa fine taille, des hauts talons couleur crème et un très joli sautoir gris finalisait cette superbe tenue.

Elle s'habillait toujours aussi bien, avec des vêtements qui épousaient parfaitement ses abondantes formes. Elle avait lâché ses cheveux couleur charbon et s'était couverte d'un maquillage des plus naturels. Parfaite. Elle était tout bonnement parfaite. Sexy, classe et belle, elle attirait tous les regards. Lorsqu'elle traversa la pièce, tout le monde la fixait d'un air admiratif comme si elle sortait du paradis. Les filles murmuraient qu'elle était bien trop jolie pour être ma mère. De vraies bécasses. Et les garçons bavaient devant ses atouts incontestables.

Mais ce qu'ils ne savaient pas c'est qu'elle était aussi jolie que diabolique. Elle gardait tous de même ce regard. Ce regard que j'étais la seule à comprendre. Ce regard noir et blanc. Ce regard apaisant et méprisant. Ce regard dont j'avais peur continuellement.

Elle s'approcha de moi et me tendit mon sac.

-Tiens bichette, j'ai pensé à toi. me dit-elle d'une voix douce.

Bichette ?! Bon j'ai laissé passer le "ma fille chérie" mais là tu perds toute crédibilité. Et puis de toute façon, à qui  penses-tu ?  Ta fille bien aimée ou ta propre personne ?  

-Pff, t'aurai pas dû, répondis-je désinvolte.

-Ne t'inquiète pas, cela me fait plaisir. Allez, bisou mon petit sucre, j'y vais. Passe une bonne journée me dit-elle tout en attrapant et en serrant le crayon sur mon bureau de toutes ses forces. Si fort qu'il se brisa. En crispant sa mâchoire de plomb. En enfonçant ses yeux dans les miens tels des flèches ardentes. Elle respirait le mal et me terrifiait. Elle voulait me montrer sa colère, l'air de dire que mon tour arrivera. Bien sûr avec tant de subtilité afin que personne ne le remarque. Elle m'envoyait toujours un signal pour me montrer qu'elle jouait la comédie. Mais je ne la lâchai pas du regard, ne baissai pas les yeux. Ne montrais aucune faiblesse.

Je te rappelle que tu as une réputation. Attention !  Pensai-je, mais je ne répondis pas.

Je marchais le long de mon allé jusque chez moi. Il est 17h00 et cette journée fut des plus ennuyantes. Chaque professeur nous expliquait leur fonctionnement et ce qu'ils attendaient de nous. Rien de bien utile. Malgré n'avoir rien fait, je suis tout de même exténuée. L'ennui sûrement. Lorsque j'atteignis le pallier de la porte, je rentrai, passai par la cuisine prendre une barre chocolatée et un jus de fruit puis me fourrai dans le canapé devant un match de foot qui opposais l'équipe de Paris Saint-Germain à celle du Réal Madrid.

RAS, rien à signaler. Ma mère ne rentrais que tard le soir, je pouvais donc profiter de la soirée. Puis, vers 20h30 je partis me coucher, pour retrouver le vrai repos, la vraie tranquillité, la relaxation pure.

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