Chapitre 5

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Inspire... Expire... Inspire... Expire... Tout va bien se passer, ce n'est qu'un malentendu. Qu'un malentendu. Maintenant réfléchis. Il faut que tu puisses te débarrasser de ces cordes autour de tes poignets. Hum... Voyons voir.

J'avais besoin d'un objet tranchant. Je fouillais maladroitement mes poches. Bingo ! Une clé. Bon, elle ne valait pas une lame affûtée mais il fallait que je tente le coup après tout ! Peut-être que les cordes n'étaient pas très épaisses.

Mais oui Ryna, mais oui, tu t'es fait enlever et ligoter avec des fils à coudre tant qu'on y est ! Trêve de bavardage !  Ouh là, ça va trop loin, bavarder avec soi-même ! On est pas sorti de l'auberge ...

Bref, je passai mon doigt sur la surface de cette clé pour trouver le côté anguleux. Ensuite je frottai, frottai et re-frottai en vain. Comment ai-je pu penser qu'une misérable clé puisse sectionner des lianes pareilles ? Mais je ne me décourageai pas pour autant. Je devais frotter, frotter et re-frotter, pour couper, couper et recouper.

Soudain, j'entendis un gros BOUM ! Et le tissu qui bandait mes yeux s'estompa petit à petit. Je veux dire qu'il disparaissait carrément. Comme ça, tout seul ! Puis, ce fut au tour des cordes qui lacéraient la chair de mes mains. J'eus quelques minutes d'absence avant d'enfin réaliser ce qui venait de se produire. Je ne pouvais plus reposer mon corps fatigué contre les parois du véhicule. Tout disparaissait. J'atterris brutalement sur le sol.  

Je me redressai comme un piquet et soupirai bruyamment. Encore et encore. J'étais dans mon lit, oppressée par une chaleur si étouffante que j'en transpirais à grosses gouttes. J'avais si mal à la tête, comme si mon crâne était à deux doigts d'exploser. Je venais tout bonnement d'halluciner. Mais cette fois-ci, ce fut bien trop réel. Je n'avais jamais eu une telle illusion auparavant. Comment était-ce possible ? Je n'arrivais pas à le croire. Je ne réalisais pas. D'habitude, elles se limitaient à des personnes ou des objets. Jamais à une situation, à une mise en scène de cette ampleur. Si profonde. Jamais avec autant de précisions. D'émotions. Et sûrement pas pendant mon sommeil.

- C'était comme si j'avais fait... Un... Un... Un... bégayais-je tout en chuchotant.

Est-ce vraiment possible ? Cela m'est-il arrivé ? À moi ? Pensais-je.  

- ... Un cauchemar !

Je sortis de ma chambre tremblante et me dirigeai vers la salle de bain. Je me déshabillai difficilement et m'infiltrai sous une averse d'eau glacée. L'eau coulait sur mon visage, je sentais chaque goutte qui glissait le long de mon corps et me chatouillait délicatement.

- Je n'ai aucune raison d'avoir peur, ce n'était qu'un cauchemar. Pourtant ça paraissait tellement réel, prononçai-je tout bas.

 J'entendais souvent parler de rêves et de cauchemars. Mais bizarrement, j'étais la seule qui n'en avait jamais fait. C'était une expérience si habituelle pour les autres mais inconnue pour moi. Mes nuits ont toujours été douces et paisibles. Mais surtout vides. Rien ne s'y passait. Le trou noir, rien de plus qu'un trou noir. J'étais également la seule à voir des choses qui se volatilisaient dans les airs au moindre contact, dans un nuage de poussière. Je m'étais fait une raison. Je devais sûrement "rêver" et "cauchemarder" à ma manière. Au collège, je me prenais parfois pour un extraterrestre. Ridicule ! Même si je me sentais quelques fois différente, j'étais sincèrement convaincue que cette anormalité n'était qu'un infime détail. Ces hallucinations étaient sans aucune importance.  

Après ma douche nocturne, je me dressai devant le miroir, passai la main sur celui-ci, afin de laisser paraître mon visage, sous cette épaisse couche de buée. Je dévisageai mon reflet. Ma peau était blanche et translucide, mes lèvres bleues et mes tâches de rousseurs ternes. J'écarquillais les yeux. J'étais méconnaissable.

L'effroi s'empara de mon être. Vida mes poumons. Je suffoquais.

IllusionOù les histoires vivent. Découvrez maintenant