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Ruth ne garda qu'un souvenir éphémère de ce qu'il se passa ensuite. Son cerveau embrumé par la fatigue et les récentes révélations avait tourné à plein régime toute la nuit. Elle ne se sentit même pas tomber. Elle se réveilla juste au petit matin dans un lit à sa dimension. Un soleil artificiel brillait, dehors, dans la grotte, pour donner une impression de journée. Elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi, mais en se réveillant elle s’était sentie fraîche et reposée. Le voyage en avion et l’hôtel tropical semblaient à présent bien loin. 

Elle passa sa main dans ses cheveux blonds qui, à la lumière du faux soleil, ressemblaient à des fils d'or. Elle bailla et s’étira. Lorsqu'elle fut certaine que tout ce qu'elle avait vécue était vraie, elle se permit d'observer les alentours. C’était une pièce de tout ce qu'il y avait de plus normal. Le lit baldequin dans lequel elle s'était endormie la veille, avait des dimensions disproportionnées. Ce qui equivalait dans son monde à un lit double, était ici un lit une place. Alors autant dire que celui-ci pouvait abrité au moins trois géants. Quoiqu'elle ignorait la taille des géants ici. 

Ce fut en tournant sa tête à droite qu'elle aperçut Adriel à son chevet. Il semblait l'avoir veillé une partie de la nuit puisqu’à présent il dormait. Et pas qu'un peu en apparence. Elle sourit en détaillant l'ange endormi à ses côtés la tête sur le matelas et assis sur une toute petite chaise. Dimension gobeline, se dit Ruth en rigolant discrètement. 

Dans ces cheveux en épis, elle aperçut ces oreilles si particulières et elle ne pût s’empêcher de vouloir les toucher à nouveau. C’était drôle, c’était tout doux. Un sourire s’étira sur le visage de l’ange en question qui marmonna d'une voix ensommeillée :

- Je t'ai déjà dit, Ruth, les elfes sont extrêmement réceptifs au niveau des oreilles, et je ne suis pas un cas à part.

Elle ne pût empêcher un petit rire lui échapper, à mi-chemin avec un gloussement.

- Moi aussi je suis contente de te voir Adriel. Oui, j'ai aussi bien dormi, merci de me le demander.

Il souffla encore, faussement exaspéré.

- Pfff ! C'est bon, Ruth, ne fait pas ta princesse. Tu ne sais pas que chez les elfes le sommeil est sacré ?

- Tu veux dire que chez toi, le sommeil est sacré, ne te cache pas derrière l'excuse de ta race. Je me souviens à quel point il était difficile de te lever. Allez debout, faignant, on doit aller à la capitale, je te rappelle.

- Mouais mouais, laisse moi encore cinq minutes…

- Même mon frère de sept ans ne tente même plus cette tactique. Car avec moi les cinq minutes qui finissent en heure ça ne marche pas.

- Mouais mouais si tu le dis.

Il referma ses yeux. Elle jura tout bas, amusé par la gaminerie de son compagnon. Un sourire diabolique apparut sur ses lèvres et elle tira les draps et se positionna à plat ventre juste devant lui. Elle chatouilla doucement ses longues oreilles. Il grogna mais elle continua son manège.

- C’est bon, c'est bon, Ruth, tu as gagné, je me lève.

- Mince alors, je crois que j'ai mis mon elfe préféré en rogne.

Tandis qu'il se levait, elle continua à rire face à sa mine bougon. Lorsqu'elle le rejoignit une demi-heure plus tard, celui-ci était en grande discussion avec Bugrit qui, de sa voix nasillarde, semblait négocier quelque chose avec lui. Avant qu’elle n'ait le temps de rentrer dans la salle du trône, on la tira sur le côté. Malgré l’obscurité du recoin, elle reconnut la frêle silhouette de Grope qui lui intimait le silence. Il chuchota.

Les Chroniques des Souvenirs : L'Épée des WalystsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant