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Sa réplique tira un mince sourire à Ruth malgré son humeur très mélancolique. Elle ne supportait pas qu'on se soucie d'elle. Elle pouvait très bien supporter ses problèmes seule, à sa manière. Adriel entra à son tour, fixa une seconde de trop le visage de Ruth, qui se détourna, rouge, avec la vague impression qu'il pouvait lire en elle. Il fronça les sourcils mais ne dit rien, au contraire d’Elov, qui sa mauvaise humeur subitement revenue, était irrité par on ne savait quoi.

- Je vous rappelle qu'on doit y aller, donc à part si vous voulez vous attarder ici, on se bouge !

La jeune fille souffla, ce qu'il pouvait être exaspérant et lunatique ! Elle n'avait strictement rien pour porter ses anciennes affaires, sales et déchirées. Elle les tenait juste à la main dans ce sac en plastique, lui rappelant ceux qu'on trouvait dans les grandes distributions lorsqu'on achetait des fruits ou des légumes. Mais Adriel vint à sa rescousse. Il ouvrit son sac en cuir qu'il portait en bandoulière et y fourra se
s anciennes affaires qui rentrèrent sans problème. Ruth se promit de demander à Adriel, plus tard, comment un si petit sac semblait contenir autant de choses.

Elov aussi en avait un, à la différence bien sûr que ce dernier ne lui avait pas proposé d'y mettre ses affaires. Elle articula un « Merci » silencieux à Adriel, qui lui sourit en retour. Elov aboya un « plus vite » et ils accélèrent le pas. Les portes se dressèrent brusquement devant eux, ce n’était pas les mêmes que la première qu'ils avaient franchis, elle était sculptée avec plus de finesse et l'ouvrage rendait le spectacle plus harmonieux et attrayant.

Elov s’arrêta une seconde puis reparti tout aussi vite. Et Ruth comprit aussitôt son empressement. Il était tôt, pourtant il y avait déjà du monde dans la rue, et ils les dévisageaient avec une curiosité non-dissimulée. Bien qu’elle-même attirait beaucoup de regard, c’était Elov qui en attirait le plus. Elle se pencha vers Adriel et lui chuchota.

- Qui est Elov au juste dans ce monde ? Tout le monde le dévisage avec une sorte de respect.

- Elov est le cinquième prince de la confrérie des guerriers.

En voyant son air un peu perdu et perplexe, il reprit en souriant.

- Il y a huit princes dans la confrérie des guerriers. Avoir ce statut, c'est comme être nommé Ondine, c'est une marque de supériorité. Ceux qui font parti de cette confrérie sont les meilleurs guerriers de leur temps.

- Tu n'en fais pas parti ?

Il grimaça et son visage prit un air amer.

- Je suis un hybride, ne l'oublie pas. Les bâtards comme moi n'ont pas le droit à ce genre de distinction.

- Mais il existe plein d'hybrides ! J'ai vu une dizaine de centaures, de chimères, et de sirènes. Ce n'est pas juste !

- Ce n'est pas pareil, Ruth. Je suis une union contre nature entre une humaine et un elfe, alors qu'eux c’est leur nature profonde ! Tu ne peux pas comparer car nous n’avons rien à voir eux et moi.

Elle ne trouva rien à ajouter et fixa son regard sur le sol. Elle aurait bien aimé le réconforter mais encore une fois son ignorance sur ce monde l’empêchait de trouver les mots. Elle releva la tête et vit Elov marchant devant eux bien en tête.

Il avançait avec une sorte de détermination dont Ruth ignorait la provenance. Sa marche chaloupée lui rappelait celui d'un félin traquant sa proie. Un léopard noir pour être plus précis. De dos elle voyait très bien son impressionnante musculature se dessiner à travers ses habits. Elle soupira. Comment quelqu’un qui avait hérité d'une incroyable beauté à faire tomber toutes les filles de son monde, pouvait être aussi exaspérant ? Pourtant Dieu semblait vraiment lui avoir donner tout les attraits possibles pour réussir. À côté, même le plus bel homme de son monde faisait pâle figure face à la ténébreuse beauté du jeune homme.

Les Chroniques des Souvenirs : L'Épée des WalystsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant