Rébellion

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-Vas-y connard, filme, filme t'as raison !
-Calme toi gamin...
-Toi, me touche pas ! Alors vous êtes contents ? Vous avez de quoi nourrir vos saloperies de médias ! Ah ça, c'est sûr que ça va les divertir les guignols de la télé ! La misère ça fait toujours le buzz ! C'est vrai que c'est tellement plus facile de dénoncer plutôt que d'agir ! Mais c'est pas nous les faibles ! C'EST PAS NOUS, VOUS ENTENDEZ ?
-Arr...
-LÂCHEZ MOI PUTAIN !

C'est Louis.
Évidemment que c'est Louis. Qui d'autre pourrait oser s'élever contre ce qu'il y a d'injuste dans ce monde sans crainte ni prudence ? Qui pourrait égaler l'impertinence et l'audace de Louis, si ce n'est lui-même ? Je l'ai reconnu tout de suite, son image pixelisée et agitée m'a sauté aux yeux. Des messages nerveux porteurs d'hypothèses insensées courent dans tous les sens à l'intérieur de mon crâne.

Qu'est-ce qu'il se passe ?

Louis a l'air furieux, son visage s'est teinté de rouge sous l'effet de la colère. De toute ma vie, je n'ai jamais vu personne témoigner d'une telle rage envers quelqu'un. Manifestement, il vaut mieux ne pas le contrarier. Pour ma part, j'avais vite compris que ce n'est pas le genre de type à se laisser faire écraser sans rien dire. Et pourtant, Dieu sait que la société l'écrase.

Il se débat avec vivacité et envoie ses poings frapper tantôt l'air, tantôt les deux journalistes qui tentent de le raisonner. Les hommes ont laissé tomber leur micro et essaient tant bien que mal de le retenir, mais le jeune homme est indomptable. Cette émission est un désastre, et je ne serais pas étonné qu'on retrouve la vidéo sur tous les réseaux sociaux dans les heures qui suivent.

Louis, dans cette situation, m'apparaît comme une tornade. Tant de fougue émane de lui qu'il me semble que personne ne pourrait l'arrêter.

Et si moi, je le pouvais... ?

Je suis totalement immobile, incapable d'esquisser le moindre mouvement.

À côté de moi, Frank s'exclame d'un ton goguenard, en lapant une gorgée de bière :

-Eh bien, un sacré numéro celui-là ! Pour une fois qu'il y en a un qui leur donne du fil à retordre !

Puis, remarquant mon trouble, il se penche vers moi et me questionne :

-Qu'est-ce qu'il y a, Haz ? Tu le connais ce gars ?

Il fronce les sourcils devant ma mine bouche-bée. Je hoche imperceptiblement la tête en signe d'approbation, tout en gardant mon attention rivée sur l'écran. Frank ne mouche pas et s'enfonce dans les coussins du canapé avec un haussement d'épaules.

Louis se libère de l'emprise des paparrazis indiscrets et s'approche dangereusement de la caméra. Je vois que ses poings sont serrés, la commissure de ses doigts est blanche.
Mon coeur tressaillit. Il semble si proche de moi.
Maintenant qu'il s'est rapproché, je peux nettement distinguer la rage qui luit dans ses yeux, distillée dans une détresse qu'il ne peut, malgré tous ses efforts, pas cacher. Pas à moi, en tout cas.

-Et toi, ça t'amuse enfoiré ? Tu te sens en sécurité derrière ta caméra de merde ?

Vu la trajectoire que suit son regard, je devine qu'il s'adresse au caméraman. L'image s'agite et recule lentement, comme si l'individu posté derrière l'appareil tremblait et cherchait à fuir.
Mais Louis ne lâche pas prise. Les hommes échangent des insultes, des menaces. J'ai peur que ça dérape. Que quelqu'un sorte un couteau, un flingue. Malheureusement, il m'est impossible d'intervenir.

Si seulement je pouvais traverser l'écran et me retrouver à ses côtés !

La colère va grandissante, le ton monte ; un drame pourrait arriver d'une minute à l'autre. D'un coup de poing bien placé dans la trachée, il envoie un des deux hommes à terre. Celui-ci se met à suffoquer violemment et est pris d'une quinte de toux. L'autre se précipite sur son collègue pour s'assurer qu'il n'a rien. Il me semble qu'il se munit d'un téléphone portable et compose un numéro.
Les urgences, ou la police... ?

Sortir de l'ombreDes histoires addictives. Découvrez maintenant