Je marche à la suite de Louis dans une rue adjacente à la mienne. Je frissonne un peu : dans la précipitation, j'ai quitté l'appartement sans mettre mon manteau, et sans même prendre la peine de fermer la porte à clé. Espérons que la confiance que j'accorde à mes voisins ne soit pas vaine.
Je tiens toujours fermement le carnet entre mes doigts serrés. Dessus, j'y ai tout écrit : ce qui a retenu mon attention, ce que je n'ai pas compris, ce que je ne sais pas encore. Mes questionnements, mes hypothèses. Tout ce qui me passait par la tête en pensant à Louis. Une sorte de brainstorming émotionnel, en quelque sorte. Encore une fois, le besoin de contrôle s'insinue en moi.
Je le range dans ma poche en secouant la tête pour faire tomber le surplus d'idées qui s'accroche à moi. Je regarde ma montre : il est onze heures.
Louis marche vite. Sa silhouette efflanquée se balance au rythme de ses pas, tandis que je le laisse me guider à travers le quartier. Je regarde autour de moi, à la recherche d'un quelconque indice. Je bouscule une femme, m'excuse en bredouillant, mais elle est déjà loin. J'avais oublié que les Hommes sont si pressés.
Je consulte mes notes, et lance à l'intention de Louis :
-Dis moi... Ces types, l'autre jour, dans le bar...
Je l'entends ricaner, et imagine sans peine le rictus qui fend ses lèvres.
-Eux ? Sans aucun doute, des hommes de mon père. Enfin, des chiens auxquels il a accordé une liberté conditionnelle particulière. Mon père est un homme très généreux, répond-il calmement en m'observant par-dessus son épaule.
Je n'ai pas besoin d'analyser ses paroles pour saisir l'ironie dans sa voix. Je presse le pas pour me retrouver à sa hauteur.
-Comment ça ?
Je ne suis pas sûr de comprendre de quoi il parle. Nous baignons dans des univers totalement différents. Il répond sans me regarder, les yeux rivés sur le macadam.
-Je t'ai dit que mes parents avaient une très forte influence. Ils savent parfaitement jouer avec les sentiments et les désirs d'autrui : c'est comme ça qu'ils obtiennent ce qu'ils veulent.
-Oui, sûrement... Mais quel est le rapport avec ces hommes ?
-Vu leur look, je dirais que ce sont des criminels auxquels mon père a épargné la prison.
Je fronce les sourcils. La justice, la police, tout ça... Ce n'est pas mon truc.
-Pourquoi ferait-il un truc pareil ? m'exclamé-je.
-Pour qu'ils me ramènent à lui. C'est une sorte de contrat.
Je retiens un hoquet de stupeur. Si on m'avait raconté cette histoire, j'aurais cru à un polar de Mary Higgins Clark.
-Comme des chiens de chasse ? remarque-je.
Il sourit en haussant les épaules.
-Si la comparaison te plaît. On est arrivé, dit-il en s'arrêtant devant un petit portillon noir.
Je lève les yeux. Nous nous trouvons devant une des petites maisons de villes typées anglaises. Étroit mur de briques rouges, porte d'entrée noire, porche élégant : le cliché parfait de la demeure britannique. Louis se tourne alors vers moi. Il a l'air un peu nerveux, presque embarrassé :
-J'avoue que je ne t'ai pas tout raconté, l'autre jour.
Je roule des yeux, mi-amusé, mi-agacé :
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Sortir de l'ombre
Teen FictionHarry est un banquier désabusé de vingt-sept ans, qui suit sans grand enthousiasme le destin monotone qu'on lui a tracé. Lassé de cette société opportuniste et sélective, le jeune londonien se laisse porter en quête d'un déclic qui donnera du sens à...
