Ekosiena

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Namjoon soupira longuement et posa son stylo d'un geste las. Fermant douloureusement les paupières, il se massa lentement les tempes avant d'enfouir sa tête dans le creux de ses bras, ne voulant plus voir son bureau bien trop blanc et ordonné.

Bien à l'abri dans ce refuse précaire, il avait simplement envie de fermer les yeux et de tout oublier. De ne plus voir toutes ses responsabilités qui pesaient sur ses larges épaules. Parfois, il se prenait à rêver de n'être plus qu'un inconnu au milieu d'une foule compacte d'anonyme, mais il ne pouvait abandonner son empire, sa vie et son règne simplement parce qu'il était exténué. Il n'avait pas le droit d'être fatigué, ni même d'être considéré comme un être humain. Il était un patron et rien d'autre, une machine qui rapportait de l'argent et faisait rêver le peuple.

Passant un main lasse dans son cou, il caressa les quelques mèches décolorées qui s'éparpillaient le long de sa nuque. Il allait devoir bientôt passer chez le coiffeur, cette coupe n'était pas assez soignée pour le chef de la multinational qu'il dirigeait.

Certains croyaient avec naïveté que son statu dans l'agence la plus libre du pays le soustrayait à toutes les contraintes que devaient respecter un homme de sa trempe. Qu'il pouvait, comme durant ses émissions, dire et porter ce que bon lui semblait, que personne ne lui ferrait la moindre remarque.

Seulement Namjoon aurait aimé que ce soit vrai, qu'il n'ai pas à s'inquiéter de bien représenter son empire, de la mettre en avant par le biais de sa personne. À ne rien dire de trop politiquement incorrect pour ne pas désavantager les idoles qui comptaient sur lui. Si lui restreignait sa liberté, c'était pour qu'eux fassent ce qu'il leur chantait sans aucune contraintes ou censure.

Son agence, son empire, la W.Y.D internationalement reconnue, autant adulée que remise en question. Sa fierté, sa prison, son honneur. La What's Your Dream, celle qui offrait la lumière à tous ceux qui ne rentraient pas dans les cases qu'on leur avait imposées. Trop moche, trop gros, trop quelconque, pas assez formé, pas assez intelligent, tout ses principes auquel Namjoon ne croyait pas, ne croyait plus depuis des lustres. Il voulait offrir une chance à tous d'être sous les projecteurs, à tous qui croyaient dur comme fer à leur rêve et espoir, auquel ils s'accrochaient avec l'énergie du désespoir.

Et il leur permettait, aux dépens de ses propres espérances. Mais il n'était plus qu'un patron, alors, peut importait ses états d'âme. La machine ne pouvait se plaindre de son malheur alors qu'elle était dans le top 3 des célébrités les plus aimées de Corée. Mais que se passerait-il lorsque tout s'arrêterait ? Lorsque l'agence n'intriguerait plus et que le monde se désintéressa de lui ?

L'argent et la richesse retersons mais qu'adviendra-t-il de son cœur ? De son âme qu'il avait mainte et mainte fois vendue au diable pour faire grandir les convictions et le rêve d'une multitude de personnes. Qu'adviendrait-il de son corps fourbu et courbé d'avoir vu trop gros, trop grand, d'avoir trop espéré.

Il ne voulait pas savoir, pas imaginer ce qui se passerait lorsque son empire s'effondrerait. Car il n'était pas assez naïf pour croire qu'il survivrait tout le long de sa vie, qu'il continuerait à intriguer ainsi.

Son concept n'avait, en soit pas grand-chose de compliquer en soit, et était très facile à reproduire, ou du moins à donner l'impression d'être en tout point identique. Et cela les autres agences l'avaient très bien compris, cherchant à l'imiter en imposant leur propre patte. Et les gens aimaient, car malgré que l'insolite les attirent, ils se retournaient toujours vers le droit chemin, celui simple et sans encombres. Car l'être humain aime la beauté et les êtres exceptionnels, ceux qui sortent du lot par leur physique ou intelligence. Ils se fichent de savoir qu'une fille banale sache rapper comme une déesse si elle n'a rien de plus à montrer. Si elle n'a pas d'atouts à mettre en avant ou de beau aegyo à mettre en œuvre pour séduire le public.

Cette société dégouttait Namjoon, lui donnant envie de lui vomir au visage sa propre laideur, sa propre hypocrisie malsaine. C'est pourquoi il se battait chaque jour pour tenter de donner une chance à ceux dont cet espoir leur avait été à maintes fois refusé.

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