Chapitre 48.

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De retour de l'hôpital, ma mère décide de profiter du reste de la journée pour sortir voir une amie dans un café. Quant à moi, pensif depuis avoir quitté Sia à l'hôpital, je ne sais quoi faire. Je m'affale donc sur le canapé et allume la télévision. Pas un seul des programmes proposés n'attire mon attention. Je soupire faiblement tandis que la sonnerie de mon téléphone m'interpelle. Il s'agit de Jessica.

-Jess' ? m'enquis-je.

-Salut, ça va ? fit-elle.

-Ça pourrait aller mieux. avoué-je. Et toi ?

-Tu veux que je vienne te voir ? Qu'est-ce qu'il ne va pas ? s'inquiète-t-elle, avec attention.

-Non, ne change pas tes plans pour moi. C'est rien. la rassuré-je, réalisant mon envie d'être seul.

-Je n'avais rien de prévu aujourd'hui. Tu es sûr que tu ne veux pas que je vienne ? persiste-t-elle, d'une voix chaude.

-Non, je t'assure. Ça va, je suis juste un peu fatigué. mentis-je.

-D'accord... Tu me rappelles plus tard, ok ? dit-elle, sa déception qu'elle tente de cacher.

-Oui, je t'appelle. Bye. 

-Bye. fit-elle, avant de raccrocher.

J'abandonne mon téléphone près de moi sur le canapé et remarque du mouvement provenant de l'extérieur. Je me lève, les sourcils froncés, et m'interroge sur ce qu'il peut bien se tramer dehors. J'ouvre la porte qui donne sur la terrasse et perçois du mouvement près des buissons. Je m'y dirige d'un pas vif, sûrement causé par la faible température environnante. Il doit faire dans les 3°C, me dis-je. J'arrive à la hauteur du buisson en question lorsque je comprends qu'il s'agit d'un oisillon. Caché dans les feuillages, une minuscule créature piaillait alors. Supposant qu'il s'agisse d'un oiseau blessé, je décide de tendre la main vers lui, pour ensuite le ramener à la maison. L'oisillon apeuré, et voyant ma main s'approchant de lui dangereusement, me pince alors avec vivacité. Cela me fit lâcher un juron. 

-Putain de fils de...

Je me ressaisis. J'inspire, et expire. J'entreprends ensuite d'aller chercher une paire de gants à l'intérieur, puis reviens, protégé. Désormais prêt à toute éventuelle attaque, j'approche, lentement mais sûrement, mes mains de l'oisillon. Après un moment, l'oisillon se trouve enfin dans mes mains, même s'il continue à me pincer avec férocité.

-Comme si ton petit bec allait réussir à transpercer ces gants. dis-je, à l'intention de l'animal. Il s'agit de gants 100 % cuir de chevreau mon pote.

Enfin à l'intérieur, je referme la porte derrière moi, et réalise alors que je n'ai rien prévu concernant la suite de ma mission de sauvetage. Où est-ce que je le pose maintenant ? me demandé-je.

-Merde...

Pris de court, mon regard se pose soudain sur une pille de linge propre. Sans attendre, j'y dépose l'oisillon avec délicatesse. Désormais à l'abri et au chaud, l'animal cesse progressivement de piailler. Il continue tout de même un peu, sans doute à cause de sa blessure. J'entreprends de le regarder d'un peu plus près, pour comprendre où se situe son mal, mais au moment où j'approche mon visage de la bête, celle-ci me pince. Je lâche alors un douloureux gémissement malgré moi, suivi d'un fort juron. C'est à cet instant que des bruits de pas provenant des escaliers m'avertissent de la présence d'Ariana. Je sens alors sa personne, désormais dans la même pièce que moi.

-Dereck ? Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit-elle.

-Ariana ! Rien. Tout va bien ici, pourquoi ?

-J'ai entendu un " arrrrrgh ! ", suivi d'un " putain sa mère la pute ! ", donc j'en déduis qu'il se passe quelque chose de réjouissant. réplique-t-elle, avec éloquence. Oh, et aussi, tu saignes du nez. Alors ?

-Alors quoi ? répétai-je.

-Qu'est-ce que tu fous ?

J'hésite un instant. Puis, sans un mot, m'éloigne, laissant place à l'animal posé sur le tas de linge derrière moi. 

-Oh ! Dereck, qu'est-ce que... ?

-J'aimerai te raconter dans tous les détails comment ça se fait qu'il y a un oiseau dans le salon, mais là tu vois, je voudrai juste aller me rincer le nez. répondis-je, d'un air ironique.

-Oui... Bien-sûr. Tu veux que je t'aide ?

-Tu t'y connais en pinçage de nez ? m'enquis-je.

-Je me débrouille. rie-t-elle. Aller, viens.

Assis sur le bord de la baignoire dans la salle de bain, je fais de mon mieux pour ne pas gesticuler tandis qu'Ariana me nettoie. Dotée d'un bout de coton et d'une bouteille d'alcool, elle s'approche dangereusement de mon visage. Je retiens un gémissement lorsque le coton imbibé d'alcool est en contact avec ma plaie. 

-Quel grand garçon, il ne pleure même pas. se moque-t-elle, accompagné d'un sourire en coin.

Je ne réponds rien. Elle continue de tapoter avec douceur le centre de mon visage et ne remarque pas l'attention que je lui porte. À cette distance encore jamais atteinte, j'arrive à percevoir l'intensité des couleurs de ses yeux. Le regard des gens m'a toujours intrigué. Les yeux sont, selon moi, la chose la plus révélatrice sur les intentions d'une personne. En plus de ça, certains sont d'une beauté époustouflante. 

-Tu peux arrêter de me dévisager comme ça s'il te plaît, ça me stresse. déclare-t-elle alors tout en tapotant d'un geste simple.

-Cela te stresse ? répétai-je, avec un sourire en coin.

-Oui. dit-elle, certaine.

-Toi, qui semble à première vue intouchable, est déstabilisée par le fait que je te dévisage ? Intéressant.

-Ne crois pas que c'est parce que c'est toi, c'est juste la situation. dit-elle, les yeux centrés sur ma blessure.

J'hésitai un instant. Quelques secondes de silence s'écoulèrent avant que je ne m'exprime.

-En quoi cette situation est-elle déstabilisante, dis-moi ? m'enquis-je, plein de curiosité.

Elle détache son regard de ma blessure maintenant nettoyée et me considère d'un air songeur. Elle éloigne ses prunelles pour poser le morceau de coton légèrement terni de sang à terre. Elle inspire, tourne la tête vers moi et élève de nouveau son regard sur ma personne. À ce même instant, je sens quelque chose se serrer dans ma poitrine.

-Voilà, j'ai terminé. dit-elle, ignorant ma demande. Et tu devrais changer de T-shirt, tu as un peu de sang sur celui-là. m'informa-t-elle, d'un ton sans véritable chaleur.

Elle se lève, de ses fines mains, et se tourne vers le lavabo pour se laver les mains. Encore à terre, je prends le temps de considérer ce qu'il vient de se passer. Après une dizaine de secondes, je me lève à mon tour, méditatif. Ariana ouvre la porte de la salle de bain et disparaît de l'autre côté. De par un coup d'œil dans le miroir, j'admire les talents de soigneuse d'Ariana. Les yeux fixés sur ma blessure désormais soignée, mon regard ne prend pas longtemps pour se perdre dans le vide. J'ai beau analyser avec attention ce qu'il vient de se passer, je ne comprends pas. 


chasse gardée.Des histoires addictives. Découvrez maintenant