Chapitre 8

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Le silence bourdonnait aux oreilles de la princesse, la forçant à se lever et quitter ses draps de soie. La mince chemise de nuit qui protégeait son corps ne lui était d'aucun secours face aux courants d'air froid qui la torturaient. Elle fit quelques pas dans le noir avant de se rendre compte qu'elle n'était pas dans sa chambre. Son lit était certes là, cependant cette pièce ne faisait en aucun cas partie de ses appartements. Les murs étaient d'un gris anthracite et seul un petit bureau de bois trônait au centre du décor. La lueur de la lune lui permettait aisément de voir que son épée n'était pas présente, et c'est donc aussi vulnérable qu'une enfant qu'elle ouvrit la porte. Un grincement strident retentit et elle marcha dans un couloir étroit. Mercy se sentit attirée par une porte noire qu'elle ne mit guère longtemps à ouvrir. La pièce était éclairée comme en plein jour par l'éclat argenté de l'astre lunaire, ce qui lui offrit un spectacle abominable. Un amoncellement de corps se tenait dans le coin gauche de la salle vide, sur la droite son amie Falia reposait, vidée de son sang. La nymphe courut la rejoindre et dut s'avouer la vérité: elle était morte. La jeune femme allait laisser ses émotions prendre le contrôle de son corps lorsqu'un grincement se fit entendre, suivit d'un claquement de porte. Mercy se retourna vivement et se figea en découvrant le satyre qui lui faisait face. Une grande cape noire recouvrait sa chevelure brune, mais laissait entrevoir les traits de son visage. Ses yeux améthystes la regardaient froidement et sa mâchoire carrée était contractée par la colère. Ses lèvres vermeilles s'étendirent en un sourire sadique et sa voix grave résonna, rompant le silence:

-Marc n'a pas menti. Te prendre la vie me réjouira plus que tu ne peux l'imaginer.

Il s'avança vers elle d'un pas lent, elle sentit son cœur battre à tout allure et son estomac se serrer d'appréhension. Elle voulut bouger mais son corps refusait de lui obéir, elle était prise au piège et pétrifiée devant celui qu'elle avait tant aimé. Elle se retrouva spectatrice de sa propre perte. Il s'approcha d'elle et lui caressa la joue avec froideur. Jay serra la hache qu'il tenait fermement dans son autre main et leva le bras. Mercy planta son regard citrine dans ses yeux violets et attendit le coup. La hache s'abattit sur elle sans qu'elle ne puisse rien faire. La douleur irradia le haut de son buste.

Elle se réveilla en sursaut, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front et elle mit quelques instants à reprendre conscience. Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait -à quelques détails près- ce cauchemar, mais il ne l'avait plus hantée depuis un long moment. Sa rencontre avec Marc avait visiblement relancé ses souvenirs qui ne manqueraient plus de l'accabler. Sachant qu'elle ne retrouverait pas le sommeil, elle quitta son lit et se vêtit simplement. Elle enfila une fine robe bleu nuit et attacha un poignard à sa cuisse en prévention d'une mauvaise rencontre.

Mercy déambula à pas feutrés dans les couloirs du palais, minimisant le bruit qu'elle pouvait faire, afin de ne réveiller personne. Elle ne croisa pas âme qui vive et se rendit dans la forêt. Elle la connaissait par cœur et se dirigea dans le noir jusqu'à un rocher surplombant l'immensité. La jeune femme s'y assit et admira les premières lueurs de l'aurore approcher. Elle se délecta du levé de soleil tout en ne pensant à rien d'autre.

En ce lieu elle se sentait à l'abri et ne vit guère le temps passer. Des heures appréciables s'écoulèrent avant qu'elle ne se décide finalement à partir. Son coéquipier étant blessé elle ne pouvait partir en patrouille, c'est pourquoi elle choisit de se rendre à la cellule des Soins où elle serait sûre de ne pas croiser sa mère. Elle pénétra dans le bâtiment en bois et fut surprise d'apercevoir un peu plus loin devant elle, Guelderey. Mercy conserva la distance qui les séparait et le suivit bien malgré elle. Elle fut étonnée de le voir entrer dans la chambre de Ryan et laissa sa curiosité prendre le dessus.

Il n'avait pas refermé la porte, c'est pourquoi elle s'empressa de se rapprocher de l'ouverture tout en restant invisible à leurs yeux. Elle entendit sans mal la conversation qui se déroula:

-Je vois Ryan qu'ils ne t'ont pas loupé.

L'intéressé ricana.

-Merci de cette remarque général, disons que leur état est bien pire.

-Je ne vais pas tourner autour du pot, je ne suis pas ici pour m'enquérir de ta santé.

Mercy fronça les sourcils face à la froideur du général.

-Je veux être sûr, poursuivit-il, que ce n'est pas un conflit entre toi et Mercy qui est à l'origine de tes blessures.

-Vous pouvez être rassuré, ce n'est pas le cas.

Ryan avait répliqué d'un ton glacial qui donna des frissons à la jeune femme.

-Tu sais pourquoi c'est avec toi que je l'ai mise en binôme, tu sais ce que tu es censé me rapporter et tu...

-Ecoute Rey, le coupa-t-il, toi et moi on a été amis. Mais je t'interdis d'essayer de me forcer à admettre des faits qui ne sont pas arrivés. Général ou pas.

La jeune femme perçut un bruissement de tissus léger, accompagné d'un soupir.

-Tu me déçois. Néanmoins je te pose la question. Est-ce que Mercy a laissé en vie le moindre satyre? Et avant que tu ne répondes, je veux que tu comprennes que la pérennité de notre communauté est en jeu.

Un son métallique retentit et Ryan grogna.

-Je le comprends. Mais la réponse à ta question est non et je ne le répèterai pas.

Cette phrase sonna le glas de leur discussion et Mercy jugea qu'il valait mieux qu'elle court se cacher autre part. Elle attendit d'être sûre que Guelderey était bien parti et entra dans la chambre exiguë. Elle s'approcha de Ryan qui la regardait sans aucune émotion et croisa les bras sur sa poitrine.

-Je veux que tu m'expliques ce que Guel t'a chargé de faire, ordonna-t-elle.

RédemptionOù les histoires vivent. Découvrez maintenant