Chapitre 14

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Doutant de ce qu'elle avait cru voir, Mercy fit volte-face et rejoignit son ami qui n'avait pas remarqué son arrêt. Cela faisait déjà plusieurs heures qu'ils marchaient sans échanger un seul mot et la princesse sentait que ses forces étaient presque épuisées. Elle souhaitait alerter son compagnon de son état, mais ce ne fut qu'un vulgaire grognement qui franchit la barrière de ses lèvres. A l'instant même où Ryan reporta son attention vers elle, ses jambes fléchirent et elle sombra. Le voile noir de l'inconscient s'abattit sur elle.

Un paysage aride s'étendait devant les yeux de la princesse. Il n'y avait rien. Absolument rien. Juste le vide. Ce vide qui s'exprimait au-delà de son champ de vision. Le vide qu'elle ressentait jusqu'au fond d'elle-même. Elle ne ressentait plus rien. Ni l'étincelle de vie qu'elle avait pourtant l'habitude de sentir pulser dans ses veines, ni cet agréable fourmillement qui se faisait sentir lorsqu'elle se concentrait sur sa magie. Inquiète, elle leva une main. Canalisant toute son énergie elle tenta de faire pousser quelque chose, n'importe quoi. Mais rien ne se passa. Le néant.

Était-elle morte? Elle n'aurait su le dire. Mais si tel était le cas, pourquoi était-elle en mesure de penser? Les limbes? Non. Les nymphes n'y croyaient pas. Pour elles leur "étincelle de vie", comme elles avaient coutume à l'appeler,  quittait le corps pour venir s'imposer dans un autre être vivant. La nature.

Mercy tenta de faire un pas, mais ses pieds restaient cloués sur la terre craquelée. Quand avait-elle retiré ses chaussures?  Elle pouvait déjà imaginer la voix aigre de sa mère lui reprocher cet accoutrement indigne de son rang. Mais la panique qui l'envahissait calma rapidement ses divagations. D'une brusque torsion du torse elle se retourna. Le paysage disparut pour prendre la forme de sa forêt bien-aimée. Un rire retentit. Moqueur. Claquant comme un coup de fouet dans le silence assourdissant. Deux yeux améthyste se distinguèrent parmi l'obscurité des bois. Jay. Sans autre explication un mur de flamme entoura la jeune femme. Elle sentait la chaleur lui brûler la peau. La fumée emplir ses poumons. Le rire amplifia. Vague chant qui recueillait ses derniers instants. Elle voulait hurler de douleur, mais aucun son ne sortait de sa bouche asséchée. Elle luttait pour respirer, mais les vapeurs toxiques empoisonnaient l'air.

Elle ferma les yeux.

Le rire. Elle n'entendait plus que ça.

Puis tout cessa aussi soudainement que cela était apparu.

La princesse reprit conscience difficilement. Son esprit embrumé ne savait plus ce qu'il en était. Elle avait l'impression d'entendre encore ce ricanement incessant. Dès qu'elle ouvrit les paupières, elle dut les refermer dans la seconde qui suivit. Clignant plusieurs fois des yeux, elle prit le temps de s'adapter à la luminosité qui lui agressait la rétine avant de se redresser précautionneusement.

-Ca y est tu es réveillée? la questionna rhétoriquement une voix grave.

Mercy tourna la tête en direction de Ryan qui se tenait nonchalamment adossé contre le chambranle de la porte.

-Oui, je me doutais que tu devais te languir de ma divine personne.

Il haussa les sourcils en lui tendant un verre d'eau qu'elle accepta avec joie.

-J'ai surtout dû traîner ta "divine personne" jusqu'à chez moi. Je n'aurais jamais cru que tu pesais si lourd!

Elle lui lança un regard assassin.

-C'est du muscle...

Reprenant le récipient vide il disparut quelques secondes. Seul son rire résonnait contre les parois de pierre. Il revint quelques instants plus tard, son épée à la main. La jeune femme  quitta l'amas de couverture sous lequel elle se trouvait. Elle constata avec soulagement qu'il ne l'avait pas changée. Certes sa longue robe était abîmée et ses cheveux emmêlés, mais elle était en vie. C'était ce qui lui importait. Bien qu'elle doutât que sa mère voix les choses sous le même angle. Détaillant la pièce d'un regard amusé elle lança:

-Donc nous sommes chez toi? C'est mignon.

Il acquiesça.

-Oui, lorsque tu t'es évanouie nous n'étions plus très loin de ma maison, mais bien trop loin du château pour que je puisse t'y ramener.

Elle hocha la tête.

-Combien de temps me suis-je absentée?

Ryan esquissa une grimace.

-Disons qu'il m'a fallu quelques heures pour réaliser que tu ne revenais pas. Je me suis précipité à ta recherche... Donc je pense que cela fait un peu plus d'une journée.

Un ange passa.

-Nous omettrons de dire que j'ai passé la nuit ici. Il faut absolument que je rentre au château.

Le trajet jusqu'au palais ne fut guère long et fort heureusement. En effet, bien que reposée, Mercy avait l'entièreté du corps endolorie et ressentait les faiblesses dues au manque de nourriture. Lorsque l'imposante façade d'un blanc virginale apparut elle ne parvint pas à contenir un soupir de soulagement. Elle n'aspirait plus qu'à prendre une douche et se ravitailler. Ils avaient eu la chance de ne croiser personne, mais la princesse aurait dû savoir que son revers de fortune n'était pas si loin. A peine eurent-ils passé la grande porte qu'une voix aigue retentit, tant intransigeante que Mercy aurait juré avoir vu les murs trembler:

-Te voilà enfin. Mais regarde-moi un peu cet accoutrement. Et tes cheveux. Ce n'est pas acceptable!

Un rire teinté d'ironie franchit les lèvres sèches de la jeune femme.

-Vous m'en voyez navrée mère. Peut-être prendrai-je la peine de me plaindre auprès de mes geôliers la prochaine fois que je me ferais enlever.

Ryan esquissa une révérence polie sans lâcher un seul instant le bras de son amie.

-Votre altesse.

Régina porta son regard tranchant sur le jeune homme et hocha la tête avec reconnaissance.

-Merci de l'avoir ramenée jeune homme. Va te changer ma fille. Et par pitié essaie de faire quelque chose de cette abominable chevelure.

Son exhortation faite, la reine tourna les talons. Laissant le jeune homme raccompagner Mercy jusqu'à sa chambre. Celle-ci aurait bien aimé le repousser, toutefois elle sentait bien que ses pas n'étaient pas assurés et il aurait été risqué pour elle de monter les escaliers sans escorte. Il ne la lâcha qu'une fois arrivés devant la petite porte ébène. Elle l'étreignit avec douceur et murmura.

-Merci.

La princesse se hissa difficilement sur la pointe des pieds et déposa un délicat baiser sur sa joue avant de rentrer dans la pièce, le laissant perplexe. Il ne s'était pas attendu à une telle reconnaissance ni démonstration d'affection. En outre il était encore plus surpris d'avoir apprécié cela, ce qui le dérangeait par la même occasion. Ses pensées ne cessèrent de bloquer sur le sujet tout le temps que dura son trajet de retour.

*****

Longtemps que je vous promettais la suite! La voilà! J'espère que ça vous a plu. La relation en Ryan et Mercy s'est approfondie. 

Que pensez-vous de Régina?

De Jay qui semble ressurgir du passé?

De la relation entre Mercy et Ryan?

XOXO

Toy

RédemptionOù les histoires vivent. Découvrez maintenant