Ce matin, je me suis réveillée songeuse et anxieuse. La nuit d'hier n'a pas été de tout repos. Elle a été mouvementée par ce rêve que je fais depuis que maman est morte.
Assise devant ma tasse de café, je répète le même geste comme un robot. La cuillère que j'ai entre les mains fait des petits cercles dans le liquide noir qui a déjà perdu de sa chaleur.
Je sors enfin de mes pensées, mon regard se pose sur Abuela qui, courbée au-dessus de l'évier, fait la vaisselle. Je reste comme ça pendant un moment à la regarder. Soudain, elle se retourne et me sourit.
— Sí Abuela, solo estresada, à peine terminé-je ma phrase que l'anxiété me regagne déjà.
Mes mains se font moites, je les frotte frénétiquement sur mes cuisses dénudées, essayant d'enlever toute l'angoisse qui y réside. Sous le regard amusé d'Abuela.
Je suis complètement stressée.
— Mnnnh, marmonne-t-elle en se retournant vers sa vaisselle. Como tu madre ! ajoute-t-elle en rigolant.
Je souris, imaginant ma mère stressée et angoissée à l'idée d'intégrer une école où la majorité des élèves et professeurs ne sont pas humains. Bizarrement, le fait de savoir qu'elle a été dans ce même état me rassure un peu. Même si je sais pertinemment, qu'elle a eu une enfance différente de la mienne.
Avec une facilité hors-norme, je me perds à nouveau dans mes pensées. C'est devenu une habitude chez moi, à tel point qu'il m'arrive souvent de rester de très longues minutes à rêvasser sans reprendre la notion du temps. Mais aujourd'hui n'est pas un jour à cogiter. Non, actuellement il faut que je sois plus active et l'heure de l'horloge confirme exactement l'attitude que je dois avoir.
Décidée, je me lève de la chaise, avec mon assiette et ma tasse de café en main et me dirige vers l'évier. Je dépose tout ça aux côtés d'Abuela, qui me regarde, encore amusée.
— Arrête de sourire comme ça ! Je monte me préparer...
Je gravis les escaliers qui me mènent à l'étage avec un esprit plus relaxé. Détendue. Peut-être commencé-je à m'y faire et qui sait, en arrivant là-bas je m'y plairai sûrement. J'entre dans ma chambre avec un nouveau sentiment.
L'acceptation.
Installée devant ma coiffeuse, je souris en voyant mon reflet.
— Tout va bien se passer Enoa, tu es forte et intelligente, personne ne peut résister à ton joli visage, tu verras !
Ses mots sortent de ma bouche et pourtant, j'ai l'impression de l'entendre à nouveau. Toutes les fois où j'avais besoin d'être rassurée, c'étaient ces mots-là qu'elle utilisait pour m'encourager, mais je ne me suis jamais trouvée forte comme elle le prétendait et encore moins jolie.
Les traits de mon visage n'ont rien de particulier. Mes cheveux noir corbeau, qui m'arrivent au niveau de la clavicule, donnent à ma peau une teinte très pâle, qui met mes yeux bleu clair en valeur. Une beauté ordinaire. Rien d'exceptionnel.
J'attrape ma petite trousse de maquillage, que j'ai soigneusement mise de côté au cas où j'aurais envie de me faire une petite beauté et j'ai bien fait. J'applique un fard à paupières orange, j'ai lu dans un magazine que ça mettait en valeur les yeux bleus. Je mets une couche de mascara sur mes longs cils et je termine avec un gloss rose.
J'enfile rapidement mes vêtements, une jupe et un débardeur. Je m'apprête à mettre mes chaussures, quand la voix d'Abuela raisonne.
— ¡Princesa! ¡Es hora! ¡Baja!
—¡Llego abuela! rétorqué-je plus stressé que tantôt.
Allez, Enoa souffle un bon coup
J'applique mon conseil à la lettre avant de sortir de ma chambre sans me retourner.
Je descends les escaliers avec un peu de difficulté, je ne pensais pas que ma valise était si lourde que ça. J'arrive tant bien que mal à franchir toutes les marches sans encombre. Des échos de voix me parviennent, du salon. Telle une fouine, j'arrête d'avancer et tend l'oreille.
— Donc c'était bien toi ? C'est la fille de Claudia que je suis venue chercher ?
Un frisson me parcourt le corps quand j'entends la voix masculine prononcer le prénom de ma mère.
— Sí Barry, c'est bien la fille de Claudia, répond Abuela.
Les voix se font de plus en plus petites et j'ai du mal à bien entendre. Décidée à faire ma curieuse jusqu'au bout, je me colle au mur qui me sépare de l'entrée du salon et entame une marche silencieuse.
Pas si discrète que ça, puisque mon pied frappe sur une boite de carton remplie de mes effets personnels que j'avais moi-même soigneusement déposée ce matin.
Bravo Enoa, bravo. Mission réussie !
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Traduction
· ¿Está todo bien princesa?: Est ce que tout vas bien princesse
· Sí Abuela, solo estresada.: Oui grand-mère juste stressée
· Como tu madre: Comme ta maman
· ¡Princesa! ¡Es hora! ¡Baja!:Princesse c'est l'heure descend!
· Llego abuela: J'arrive grand-mère
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SHENOA
FantasyJe dois tout laisser, abandonner mon monde, rompre tout contact avec elle. « Tu es, et tu seras très forte » me répétait maman. Mais dans ce monde-ci, je me rends compte que je ne serai jamais aussi forte qu'eux. Ce sentiment inconnu, qui ne fait qu...