Mes pieds ancrés dans le sol comme des racines, l'ensemble de mon corps droit comme un piquet, mes mains posées élégamment sur mes hanches et mes yeux qui lorgnent mon reflet.
Le style de vêtements que je porte ce soir diffère de tout ce que j'ai pu avoir dans ma penderie.
Je me dandine de gauche à droite, le regard amusé devant ma robe qui flotte sur mes hanches. Mes épaules et mon dos sont dénudés, le tissu ne revêtit que mon buste jusqu'à mes pieds.
Cet habit est fait de velours, ce qui me convient tout à fait avec le froid qui erre dehors.
La couleur est sombre. Je pensais que c'était du noir mais au final c'est du vert foncé. Des petits ronds de saphirs ornent l'ensemble de ma taille, cela donne l'impression d'avoir une ceinture. Bien que mon dos soit dénudé, deux fines ficelles sont liées au niveau de mes omoplates, ce qui me rassure car n'ayant pas beaucoup de formes, j'angoissais à l'idée de devoir vérifier toutes les secondes si une partie de peau grossière se dévoilait.
Une expression dégoûtée surgit sur ma figure en imaginant le regard incongru de mes camarades masculins dont cette situation ne dérangerait pas le moindre.
Par précaution, je vérifie trois fois que la ficelle me serre suffisamment et demande à ma mère, assise sur mon lit, de me le resserrer convenablement.
Mes cheveux quotidiennement bouclés, sont lisses et retombent dans mon dos. Mes paupières beiges sont remplacées par une couleur sombre, le noir. Mes lèvres d'un rose pâle laisse place à une couleur plus originale, le pourpre.
C'est le seul maquillage que je suis autorisée à mettre. Ma mère refuse que j'en fasse trop. Je sais à quel point les jeunes peuvent être incompréhensibles devant les filles qui adorent se maquiller, se colorer de toutes sortes, et à quel point les préjugés peuvent tomber aussi vite et aussi douloureux que des pierres. Ma mère ne veut et n'a jamais voulu que je connaisse ce tourment.
De mon côté, j'ai toujours voulu goûter à ces couleurs qui peuvent rehausser un teint, faire ressortir les yeux, ou encore donner de la couleur quand on en manque cruellement.
Pour ce soir, ma mère a fait une exception, tout en surveillant les produits de beauté que j'utilisais.
- Tu es splendide Dottie!
Elle est derrière moi, les mains posées sur mes épaules. Leur froideur fait naître un frissonnement qui me fait grelotter pendant une seconde.
Elle regarde avec moi le reflet qui me représente à cet instant.
Je me sens femme, j'ai l'impression d'avoir ranger la Dottie habituelle dans un placard. La Dottie qui prenait des affaires au hasard n'ayant pas la patience de rester des minutes interminables à choisir, la Dottie qui ne laissait pratiquement jamais ses cheveux lâches, qui le matin se passait juste un rapide coup d'eau sur le visage pour s'hydrater et se réveiller.
La sonnerie de la porte tinte d'un coup bref.
- Ça doit être pour toi!
Ma mère me tend les talons noirs de quelques centimètres qu'elle m'avait achetée et me pousse jusqu'à l'extérieur de ma chambre.
Je glousse face à sa mimique, en me remémorant qu'il y a quelques mois, c'est ma personne qui la poussait pour qu'elle ne soit pas en retard à ses rendez vous.
° ° °
Je m'empresse d'ouvrir la porte pour y découvrir un garçon, les mains dans les poches d'un jeans noir légèrement moulant. Il porte une chemise bleue bien repassée, ses cheveux d'un châtain clair sont à peu près bien coiffés.
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Le Tunnel Des Émotions
ContoImaginez qu'un enfant s'endorme du jour au lendemain sans avoir le droit à son histoire du soir, sans avoir une pointe de magie avant de rejoindre ses doux rêves, sans que son père fasse des petites voix rigolotes pour pimenter l'histoire. C'était i...