Dis maman, ça t'es arrivé à toi aussi ?
Je veux dire, est-ce que toi aussi ça t'es déjà arrivé de ne plus savoir qui sont tes amis ?
De ne plus savoir en qui avoir confiance ? Est-ce que c'est normal que je ne me fasse même plus confiance ?
Ça t'es arrivé, maman ?
De sourire pour éviter les questions, de faire semblant de bien aller ? De pleurer tous les soirs, jusqu'à en avoir mal à la tête ?
D'être tous les jours rabaissée, traitée de tous les noms ? Ça t'es arrivé ? Moi ça m'arrive, maman.
J'ai l'impression d'être plus bas que terre, tu sais. Je me sens inutile, nulle. Mais surtout incomprise.
Tout le monde me regarde bizarrement, pourquoi ? Qu'est ce que j'ai fais pour qu'il s'en prennent tous à moi comme ça ?
J'y arrive plus, maman. J'ai mal, tellement mal.
Pourquoi me font-ils subir tout ça ? Est-ce que je m'habille mal ? Est-ce que j'ai fais des erreurs ?
Tout le monde fait des erreurs. Qu'est ce que je dois faire pour que ça s'arrête ? Qu'est ce que je dois faire pour être aimée ?
Toi, tu me dirais d'être moi-même, d'être naturelle. Mais ils ne m'aiment pas comme je suis, maman.
Est-ce que je dois feindre la perfection ? Ou pire encore, être « normale »? Je ne sais pas si j'y arriverai, je trouve que la normalité est un concept plus frustrant qu'autre chose. Tout le monde est normal et je ne veux pas être tout le monde.
Est-ce que je devrais m'habiller comme tout le monde ? Me maquiller comme tout le monde ? Penser comme tout le monde ?
Je ne veux pas être comme eux, maman : ils sont tous pareils , ils n'ont rien de spécial, rien qui les rend unique.
Je veux pouvoir m'habiller comme je le souhaite, faire ce que je veux, être moi. Pourquoi ils ne le comprennent pas ?
Pourquoi se moquent-ils de moi ? Parce que je ne suis pas comme tout le monde, pas comme eux ?
Est-ce que je le mérite ? Peut-être que oui, au final. Mais ça me fais mal, tellement mal, si tu savais.
J'ai essayé d'ignorer les insultes, les rires moqueurs et les regards de travers. J'ai essayé de garder confiance en moi, de ne pas craquer.
Mais c'est tellement dur, que je n'ai pas réussi. Ils ont raison : je devrais partir, je ne mérite pas de vivre.
Après tout, personne ne m'aime, personne ne se soucie de moi. Personne ne pleurera ma disparition, je ne manquerai à personne.
Au contraire, les gens se réjouiront à l'annonce de mort. Alors pourquoi rester ? Ce serait tellement plus simple de partir.
Toi, tu me dirais que c'est lâche, que je ne dois pas faire ça. Qu'au contraire je dois me battre, leur montrer que leurs remarques ne m'atteignent pas et que je ne dois pas prendre en compte leur avis.
Mais je ne veux pas, je ne peux pas. Je n'arrive plus à encaisser, je n'en ai plus la force.
Mais j'ai trouvé une amie, tu sais maman.
Et tu la connais. C'est une lame, aiguisée capable de graver, d'inscrire les traits de ma souffrance sur ma peau.
Aussi paradoxal que ça puisse être, ça me faisais mal mais en même temps, ça me faisait du bien.
C'est comme un moyen d'exprimer ce que je ressens avec autre chose que des mots.
Par contre, je crois que cette fois je suis allée un peu trop loin. Beaucoup trop loin.
Je sens ce précieux liquide rouge jaillir de mes entrailles, je n'arrive pas à l'arrêter.
Je me sens faible, c'est la fin, je me sens partir. Finalement, ils auront eu ce qu'ils voulaient.
Tout m'échappe, ma douleur prend le dessus. Je ne vois plus très bien, ma vue se brouille; est-ce que c'est normal, maman ?
J'ai très mal à la tête, je la sens tourner. Est-ce que je vais mourir ? Si c'est le cas, mes dernières pensées sont pour toi.
Ne pleures pas. Tu ne savais pas ce que je vivais au quotidien, tu ne savais pas que j'allais mal. Tu n'as pas à t'en vouloir.
Ce n'est pas de ta faute. J'ai toujours préféré que tu me crois heureuse et en bonne santé. C'est mieux comme ça.
J'espère que contrairement à moi, la vie te sourira et que mon départ ne t'affecteras pas trop.
Je suis désolée de m'en aller. Je veillerai sur toi de là-haut, je te le promets.Excuse-moi de te quitter comme ça,
Je t'aime, maman.
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Overdose
RandomAmours empoisonnés, meurtres passionnés, overdoses sucrées. Gamins désorientés, jeunes adultes désabusés, adolescents qui ne savent plus aimer. Poésie à l'eau de rose, parsemée de seringues et d'ecchymoses. Douce mélancolie, berce moi le temps d'...