Partie 3

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 Nous sommes le 7 janvier 2020. Hier je suis allé au restaurant chinois, leur demander des informations sur le physique de l'ancien locataire. C'était une femme. Cette indication ne m'était pas suffisante. Je voulais en savoir davantage. J'ai commandé une soupe Phô et je me suis assis sur une de leur table ronde en hauteur. Je n'osais pas même poser mes doigts, la chaleur et la graisse dégagées par les plats avaient déteint sur les tables de salle de réception. Elles sont devenues ce qu'on appelle couramment la "crasse". En réalité, la cuisine était ouverte au public. L'on pouvait admirer ces américains d'origine étrangère cuisiner pour nous. Ils participent à l'uniformisation des cultures en nous partageant ceci. Cela rendrait certainement les peuples plus ouverts d'esprit. Ou peut-être que ce partage créera des stéréotypes ? Le chinois, pauvre, inférieur à la race blanche et qui sert de "femme de ménage" en cuisine, dans les maisons.

J'entamai donc cette délicieuse soupe et continuai de dialoguer avec le gérant :

"Donc, c'était une femme ? Vous lui aurez donné quel âge ?

- Eh bien, dit-il en souriant, peut-être vingt cinq années ? Je ne demande pas ça aux clients.

- C'est vrai, mais je sens que vous pouvez m'en dire plus sur elle. Son prénom ?

- Anne, elle s'appelle Anne.

- Elle mangeait souvent ici ?

- Oui, chuchotait-il, je vous prie de me laisser. Je dois travailler."


Il mit fin à la conversation brutalement. Je ne pouvais pas reprendre le dialogue, il était déjà de l'autre côté, englouti par son espace de travail. J'avais fini de manger. Je me levai et déposai une enveloppe dans laquelle se trouvait un message et un pourboire que j'ai adressé au gérant. Il changera bien d'avis. L'Homme est bavard, surtout lorsqu'on lui demande de flatter son ego. Il aime également raconter ses petites aventures. Il me racontera. Je suis rentré chez moi, persuadé que mon astuce allait le convaincre. Je me suis allongé, sur le dos et laissai mon esprit méditer sur cette soirée...

Le noir de la chambre me plongeait dans un univers complètement différent. Anne, était effectivement seule chez elle, mais elle n'avait pas d'animal de compagnie. Elle était étudiante, pour cela qu'elle ne s'occupait pas de ses meubles. "Elle est grande, élancée. Elle a les cheveux longs, le teint rosé." Voilà ce que m'a rapporté le gérant. Insuffisant pour une enquête. Je me suis endormi ainsi, imaginant cette femme.

Aujourd'hui je me suis levé l'esprit apaisé. Il faisait beau. Une sorte de douceur caressait mon visage, mon torse, mon ventre et prenait mes mains. Une paix intérieure prenait forme dans mon être tout entier. Je me sentais libre, bien. Comme si tout c'était calmé autour de moi. Il n'y a plus d'agitations, plus de curiosité, plus rien. Un vide qui soulage. 

Je me levai, et me déshabillai. Toutes ces contraintes sociales qu'imposent la société. Ce n'est pas acceptable, il faut se ressourcer. Revenir à l'origine de la création, retrouver les réels plaisirs de la vie, et ne plus penser au superflu crée par tout ce beau monde. La loi, la loi m'empêche de sortir nu, alors j'enfilai un vêtement léger, un short et un débardeur. Je voulais retourner au Parc de Newton. Avec ma serviette, pour profiter du lac. Je pris avec moi mon sac, et nous sommes allés dans ce parc. J'ai marqué un arrêt devant la jolie porte fleurie, et je lui fis un signe de tête aussi respectueux et poli qu'on aurait pu le formuler pour un individu. Un lieu de vie, rempli de petits êtres, devrait être traité comme un être vivant, comme nous. N'est-ce pas ? J'avançai donc, la tête haute, le sourire aux lèvres. J'allais bien en ce si beau jour.

Je vis des deux côtés les bancs, les bancs de l'espoir comme j'ai pu les appeler. Il me restait quelques mètres avant d'arriver au lac. La nuit allait tomber, car je n'avais pas prévu de sortir de mon lit aujourd'hui. Le temps n'a pas d'importance lorsqu'on a aucune obligation, aucune famille. J'écoutai le bruit du vent dans les feuilles, il sonnait comme une musique. Je voyais le bord de l'eau, je commençais à me dénuder. J'entrai dans l'eau, le corps mou, inexpressif. J'imaginais cet homme, celui de la dernière fois, si fier de lui, il semblait épanoui.

Nageant dans l'eau tel un petit poisson, je regardais mon reflet au-dessus de l'eau. Soudainement, quelque chose sortit de l'eau et se dressa en face de moi. C'était lui, c'était l'homme. Je fis un bond en arrière et me sentis rougir. Il rigola et me dit avec un sourire léger :

"Bonjour, je ne voulais pas vous effrayer. Je suis désolé, mais vous n'êtes pas seul !

- Ah, oui j'ai pu le remarquer...Euh je vais vous laisser. Je suis désolé."

Sur ces mots je suis sorti de l'eau. Il semblait étonné de cela. Moi non, j'étais nu. Je devais sortir de l'eau et me couvrir, par pudeur, par respect, c'est la norme. En m'habillant, je jetai des coups d'œil au jeune homme. Il me regardait lui aussi, cela devenait gênant. Au moment de partir, il me dit d'une voix calme, et sûre "À bientôt".

La vie couleur saumonOù les histoires vivent. Découvrez maintenant