Mercredi 18 décembre 1940Premier jour avec moi, tel un renouveau. Et vous savez quoi ? Cette journée a été la plus improbable depuis des années.
Au petit matin, j'ouvre la porte de ma maison, pour pouvoir respirer lair, quand je regarde à mes pieds, et trouve une feuille de papier pliée en deux. Je la récupère et commence à lire ce qui y avait à l'intérieur.
En haut de la page, se trouve une phrase : « Pour toi Papa Noël, Henri, 7 ans et demi. ». Cette lettre vient donc d'un petit garçon. Peut-être que celui-ci la déposé ici, ou qu'elle s'est probablement juste envolée jusqu'à mon palier. Après la phrase introductive, suit un poème. En remarquant les fautes d'orthographes et l'écriture penchée, j'ai tout de suite cru au fait que c'était bel et bien un enfant qui a écrit cela. Cela dit:
« Cher Papa Noël,
Pour cette anée, j'aimerai une seule chose
Et si je te la demande, c'est parce que je lé perdu
Je veux la pais, Père Noël.
Ma maman et mon papa pleures chaque jour
Et ils mon dis que si ils voulai arrêter,
Il leur faudré la paix.
Alors sil te plaît Papa Noël,
Ramène nous la paix. »Je suis impressionnée, malgré les fautes, de ce texte. Cet enfant, pensant juste écrire une lettre au Père Noël, a composé un poème qui dénonce encore une fois l'Occupation allemande. J'aime tellement cet écrit, que j'ai décidé de le publier dans un quotidien. Je me suis alors rendue — après avoir fini ma nouvelle — chez mon imprimeur.
Une fois devant la porte, le même rituel : pour qu'ils me reconnaissent, je dois toquer trois fois à la porte, et dire bien haut et fort : Reichen !
Pourquoi ? Car on trouve cela assez simple et discret, et puis, cela se complète bien avec l'expression des mieux adaptés pour la situation : Das reicht ! (ça suffit !).Après ça, Mr. Jo m'ouvre, en regardant du coin de l'œil si je n'ai pas été suivie. Mr. Jo est un surnom, je n'ai jamais connu son vrai prénom, pareil pour le reste de léquipe. Une fois à l'intérieur, je vois les deux femmes, Rose et Blanche, ainsi que le deuxième homme, Traümen. Moi, on me surnomme: Mrs. Freedom. C'était comme ça que mon père aimait m'appeler. Il n'était pas fort en anglais, tellement pas qu'il ne connaissait qu'un seul mot de la langue : « Freedom », qui voulait dire « Liberté ». En français, je suis Madame Liberté. Alors, en l'honneur de mon père, je suis devenue l'écrivaine résistante : Mrs. Freedom.
Nous commençons directement à travailler, une fois la porte fermée. Ils ont rangé leurs documents pour les journaux officiels, et ont pris les nouveaux papiers. Rose sortit dun tiroir, une centaine de copies de mon dernier poème, que je leur avais donné la journée davant. Ils sont dans un tout petit format, simple à glisser et à dissimuler. Avant que je puisse donner mon enveloppe à Mr. Jo, Rose relit l'ancien texte à voix haute.
« Egalité,
Un plus deux égale trois
Un fois deux égale deux
Quatre divisé par deux égale deux
Maman plus Papa égale petit frère
Un franc plus deux francs égale trois francs
Une balle de fusil plus un humain égale la mort
Une anomalie plus un aryen égal aussi la mort
Une personne plus une autre égale une union
Une union plus une force égale une résistance.Mrs. Freedom. »
J'aime beaucoup écrire comme si j'étais un enfant pendant cette guerre. C'est pour cela que recevoir un texte provenant dun pauvre garçon, était à la fois inspirant, et triste. Je me tourne alors vers Mr. Jo et lui tends la lettre, qu'il accepte en souriant, comme toujours. Il se met à la lire, et son sourire ne quitte pas son visage. Je pouvais même distinguer une petite larme au coin de son œil. C'est quelqu'un de sensible. Une fois sa lecture finie, il a posé le bout de papier sur la table, et a hoché la tête : il publierait ce texte.
Après cela, il annonce :- Aujourd'hui, ce sont Blanche et Mrs. Freedom qui iront sur la place publique pour distribuer les papiers.
A ce moment, Rose a séparé le paquet qu'elle a dans les mains, en deux parties. Elle s'avance et donne une partie à moi et Blanche. Pendant ce temps, Traümen est allé nous chercher les deux sacs à main que nous avons habitude de prendre pour emmener mes textes. Nous récupérons les objets, et Mr. Jo s'installe sur sa chaise pour nous rappeler les règles :
- Vous ne devez pas attirer l'attention, surtout quand vous passez devant les terrasses à café. Vous ne devez jamais discuté trop longtemps avec un inconnu. Et vous devez rentrer avant midi. »
Blanche et moi hochent la tête, déterminées. Nous sommes prêtes courir tous les risques pour aller répandre la paix, et défendre la résistance. Nous nous dirigeons alors vers la sortie et nous disons en même temps
- Reichen. »
J'ouvre la porte, et la ferme aussitôt derrière moi. Il ne faut pas que Blanche et moi soyons proches. Nous devons être de parfaites inconnues. Je sors alors une paire de lunette de soleil du sac à mains, et pars, direction la place de l'Arc de Triomphe, là où le monde grouille en journée, malgré la Milice.
Après quasiment un quart d'heure de marche, je suis arrivée. Je suis alors, une jeune femme, habillée dune robe beige unie, avec une petite paire de lunette de soleil noir, et un chapeau des plus basiques, mais très chic. Je n'ai pas de quoi me faire remarquer. Je m'approche alors des commerces, et reconnais certaines personnes, qui chaque jour, acceptent ce que je distribue.
Afin de jouer mon rôle, je regarde toujours aux alentours, si le moindre policier ou allemand est dans les parages, et je sors un papier de mon sac, pour le glisser dans celui des femmes passantes. Il y a très peu d'hommes généralement. Beaucoup travaillait, ou font la guerre. Évidemment, chaque jour, il y a des complications. Certaines femmes tiennent fermement leur sac, d'autres n'ont rien, ou tout simplement, je suis encerclée d'ennemis. Mais il ne se passe pas un jour, sans que nous n'arrivons à distribuer tous les poèmes. Jamais plus de cent par ailleurs. Cela ne semble pas être énorme, me diriez-vous, mais si nous en donnons trop, cela pourrait tomber entre de mauvaises mains. Et si les commandes sont nombreuses (cela peut arriver), nous relançons une impression en fin de soirée, pour les cafés clandestin.
Alors qu'il doit me rester environ moins dune dizaine de papiers, quand mon regard s'attarde sur cet homme. Ce n'est pas un allemand, ni un jeune, ni un soldat, ni un ouvrier. On aurait dit un homme banal. Mais ce qui ma marqué, c'est son chapeau. Le sien est vert. Même si la forme est semblable à celle porté par tout homme, la couleur est assez originale. En le détaillant, je remarque que celui-ci a à la main, une malle noire, entrouverte. Est-ce une plaisanterie ? Pourquoi n'est-elle pas fermée ?
En me rapprochant peu à peu de l'homme immobile face à une vitrine, je peux voir que l'objet est vide. Étrange. Je regarde alors le visage de l'inconnu dans le reflet de la devanture. Il est brun, des cheveux courts, et légèrement ramené sur le côté. Ce n'est pas une coupe portée par les nazis. Je jette alors un coup d'œil à sa malle. Dois-je lui laisser un poème ? J'hésite.
Puis je regarde l'heure sur ma montre, onze heures et cinquante minutes ! Je vais être en retard. Je ne dois pas perdre de temps. Rapidement, j'ouvre mon sac, attrape un papier et le glisse dans la malle, en regardant autour de moi. Je relève alors les yeux vers l'inconnu, qui me regarde ! Mince ! Échec ! Aussitôt, je tourne les talons et fais demi-tour. Mais avant que je puisse m'en aller, une main agrippe mon poignet. Je me retourne vers la personne : l'étranger ! Bien qu'il me sourit, je ne suis pas rassurée. Me serais-je trompée ?
Et contre toute attente, il caresse ma main avec son pouce, et murmure alors :
« Pour la Liberté. »
C'est alors qui me lâche, et part, en m'accordant un dernier sourire. Qu'était-ce ? Ai-je rêvée ? Non, c'est bel et bien arrivé. Je suis déboussolée par l'évènement, et à la fois intriguée. Qui était cet homme ?
Voilà ! J'espère que ce premier chapitre vous aura plus ! Vu que c'est les vacances, j'aurais plus de temps pour publier, sachant que j'ai ÉNORMÉMENT de retard 😅😢😢
Mais je vaise rattraper, vous inquiètez pas. Voilà, gros bisous ❤️💕
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Résistance
Historical Fiction" Je m'appelle Camille, Camille Loiret. Je suis française et j'ai la trentaine. [...] Mais je ne suis pas que ça: je suis aussi résistante. Histoire d'une femme résistante en France pendant la 2eme Guerre Mondiale.