5. Satsuki

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Aomine se dirigea vers le comptoir de l'infirmière qui le reconnut. Évidemment depuis tout ce temps.

- Bonjour, le salua t-elle aimablement. Vous venez rendre visite à quelqu'un?

- Oui, Satsuki Momoi, répondit le brun avec lassitude.

Il savait que l'infirmière était obligée de poser cette question afin d'enregistrer les visites, malgré le fait qu'elle connaissait parfaitement la réponse. C'était la même depuis des années mais c'était le protocole de l'hôpital.

- C'est bon, allez-y, dit-elle avec un sourire triste.

Aomine connaissait ce couloir comme sa poche, tout comme les bips réguliers des machines et l'odeur propre à tout les hôpitaux, mélange écœurant de désinfectants et de médicaments. Il s'arrêta devant la porte blanche avec le numéro 87-C, poussa un soupir et entra.

Allongée sur son lit, elle paraissait encore plus petite. Ses parents avaient dû lui rendre visite le matin même, car des fleurs fraîches trônaient sur la table de nuit et son pyjama avait été changé pour un modèle avec des tête de nounours. Il se pencha pour déposer un baiser sur son front, faisant abstraction des tubes qui la reliaient à une machine dont les bips rythmaient le temps qui passe comme une trotteuse.

- Salut, Satsuki, dit Aomine en s'asseyant sur la chaise à côté du lit. C'est Daiki. Désolé de pas être venu plus tôt mais j'ai enchaîné les gardes cette semaine.

Il lui détailla pendant presque vingt minutes son quotidien, imaginant les réponses qu'elle lui ferait de sa petite voix, ses réprimandes et ses encouragements. Puis de fil en aiguille, il se mit à parler de Sawako.

- Je sais pas vraiment pourquoi, mais elle me fait parfois penser à toi, Satsuki, dit-il en prenant la main inerte de la rose dans la sienne. Elle a l'air d'être une emmerdeuse agaçante comme toi pourtant quand elle sourit, j'ai qu'une seule envie, c'est la protéger...Il poussa un soupir en collant ses mains enlacées à celle de Momoi sur son front. J'ai peur d'en être incapable, comme pour toi!

Bip, bip, bip, bip.

- Un jour, je choperais l'enfoiré qui t'as fait ça...je te jures que je l'empêcherais de recommencer, reprit-il après un moment de silence. J'ai convaincu mon boss de faire plus de patrouilles dans ce quartier, vers ce bar mais pour le moment y'a rien...Enfin, si...l'autre soir, Fukuda y était et après un seul verre d'alcool, elle était ivre... Comme toi...J'ai trouvé ça bizarre, mais c'est peut-être une coïncidence ou je me fais peut-être des films parce que j'ai eu peur qu'il lui arrive la même chose...J'en sais rien...Je devrais pas m'intéresser à elle, c'est une mauvaise idée...

Bip, bip, bip, bip.

- Oui, je sais ce que tu dirais...que si elle me plait, je devrais foncer...tu me sortirais tout ton baratin sur le destin...

- Excusez-moi, l'interrompit la voix douce de l'infirmière, je suis navrée mais les heures de visites sont terminées.

- Ok, merci, dit-il en se levant avant de murmurer à l'oreille de son amie endormie. Je reviens vite te voir ... et pour Fukuda, je te promets d'y penser.

Aomine rentra chez lui et jeta un coup d'œil à l'heure avant d'aller prendre une douche. Il lui restait une grosse demi-heure avant d'aller chez Sawako pour manger. Il sourit en repensant à la tête que la brune avait fait lorsqu'il lui avait proposé de venir manger chez elle le soir-même. Ses joues avaient pris une jolie teinte rose et son expression avait reflété un mélange de surprise et de panique. Il ne pouvait pas nier qu'elle était jolie avec ses grands yeux sombres et ses longs cheveux noirs, ni qu'il avait "légèrement" reluqué son corps mince aux formes idéalement placées. Ses pensées dérivèrent sur différents scénarios de plus en plus osés entre eux provoquant une certaine réaction physique chez lui. Il baissa les yeux.

- Bon...apparemment, elle me plait...

Trente cinq minutes plus tard, il frappa à la porte d'en face et entendit des bruis de pas précipités, ce qui lui arracha un petit sourire narquois. Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle lui adressa un immense sourire en l'invitant à entrer. En repensant à la révélation qu'il venait d'avoir dans sa douche, il se concentra sur son visage pour ne pas laisser ses yeux descendre sur sa poitrine. Un odeur de brûlé lui chatouilla les narines et le sortit de sa contemplation.

- Ça sent pas le brûlé? fit-il remarquer.

Sawako jura avant de se mettre à courir vers la cuisine et se lamenta en remuant une bouillie marron, apparemment source de l'odeur. La scène avait bizarrement quelque chose de familier pour Aomine qui repensa à toutes les fois où Satsuki avait tenté de lui faire à manger. Il s'approcha de la brune et ne put retenir un éclat de rire en voyant l'étendu des dégâts et sa moue déçue. Elle se mit également à rire en lui annonçant que le repas se limiterait à des nouilles instantanées.

Tandis qu'ils mangeaient et discutaient, assis en tailleur sur le tapis du salon, Aomine lui jeta de discrets regards. Il remarqua que lorsqu'elle riait son nez fin se plissait et qu'elle avait du mal à soutenir son regard sans rougir mais surtout il remarqua sa manière de se mordre la lèvre inférieure quand elle était gênée ou concentrée. Cette manie provoqua une nouvelle réaction dans le jean d'Aomine qui avait beaucoup de mal à détourner les yeux de ses lèvres. 

- Tu travailles dans quoi ? préféra t-il demander pour penser à autre chose.

- Je suis assistante graphiste dans un studio de la ville, répondit Sawako.

- Tu veux dire quoi? Que tu fais des dessins animés, c'est ça? 

- Oui, en gros c'est ça. Et toi, pourquoi t'es devenu policier ? C'était un rêve de gamin?

Aomine se tendit et lui répondit sur un ton sec que c'était pas vraiment la raison du choix de son métier. La pauvre n'y était pour rien si elle avait posé la mauvaise question mais c'était un sujet si sensible pour lui qu'il lui était difficile de ne pas se fermer. Il tenta de chasser les sombres images et pensées de cette sinistre soirée où toute sa vie avait changé et essaya parler d'une voix égale.

- Quand j'étais gamin, je voulais jouer au basket...

Sawako n'était ni aveugle ni stupide, elle avait vu qu'elle avait effleuré un sujet sensible alors lorsque le brun changea de sujet, elle sauta sur l'occasion.

- Tu aurais eu toutes tes chances dans faire ton métier vu comme tu es doué !

- Mouais, sûrement ! J'étais le meilleur au collège et au lycée...personne ne pouvait me battre, affirma t-il avec nonchalance en étirant ses 1m95 avant de croiser les bras derrière sa tête. A part peut-être les autres de la Génération Miracle et encore, ça n'est jamais arrivé...

- Attends! Mais...attends! s'écria t-elle en se levant d'un bond pour aller fouiller dans une vieille boîte dans un placard, permettant, pendant ce temps, à Aomine de reluquer ses fesses.

 Quand, elle s'accroupit à nouveau à côté de lui, elle tenait dans sa main un vieux exemplaire de "Basket Magazine" avec la GM au complet en couverture. Sur la photo, ils devaient avoir environ quatorze ans mais on reconnaissait tout de même le futur agent de police.

- C'est toi, là! reprit Sawako. Voilà pourquoi ton nom ne m'était pas inconnu et pourquoi tu es aussi fort au basket ! Tu es le Daiki Aomine de la Génération Miracle de Teiko!

- Tu t'y connais en basket ? s'étonna le brun. 

Sawako rougit légèrement en baissant les yeux sur le magazine et mordilla sa lèvre inférieure. 

- Non, j'y connais pas grand chose mais lorsque j'étais au lycée à Kyoto, toutes les filles de ma classe étaient à fond sur un des types de la GM, le capitaine, Akashi, je crois. Du coup, pour ne pas être la seule à ne pas savoir de qui elles parlaient, je me suis un peu renseignée et j'ai regardé quelque uns de vos anciens matchs... Je m'en veux, j'aurais du te reconnaître !

- Sois pas idiote, c'est pas très grave...la rassura t-il avant de lui prendre des mains le magazine pour le jeter sur la table basse.

Il se redressa pour avancer son visage vers celui de la brune qui recula si vite qu'elle en tomba sur les fesses.

- Tu...tu veux regarder un film? proposa t-elle l'air de rien mais en évitant son regard et en se relevant d'un bond.

- Ouais, pourquoi pas...soupira Aomine en se recalant contre le canapé, déçu.

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