Chapitre 8 :
1h30, Je décidai de marcher jusqu'au pont Bir-Hakeim mais cela allait me prendre plus que 30 minutes.
J'avais enfilé comme à mon habitude un large sweat suivit d'un jogging ample et une paire de basket noire.
Je sortis de mon appartement accompagnée de mon sourire traînant sur mon visage depuis maintenant quelques heures.
Je m'étais endormie pendant que mon feuilleton défilait, alors je n'étais pas prête de rentrer.
Il faisait plus froid que d'habitude et je regrettai de ne pas avoir pris de manteau. Le vent frais agitait les feuilles se frottant entre elles.
Quand j'arrivai au pont, Ken était déjà là. Il se tournait vers moi et un petit sourire joueur formait des plies entourant sa moustache. Je m'installai à côté de lui :
- T'aurai pu me dire où !
- Tu l'as deviné par toi même, tu es une grande fille.
Je détournai mon regard, déjà agacée par ses remarques.
Soudain il se pencha vers ma petite moue boudeuse.
- Tu boudes ? me demanda-t-il sous son air faussement inquiet.
Je lui jetai un regard en coin et fronçai les sourcils pour ne pas rire.
- Je prends ça comme un oui. répondit-il d'une petite voix.
Je me tournai dos à lui puis sentis son souffle dans mon coup. Il nicha sa tête dans le creux de mon épaule et m'enlaça de ses deux bras, emmitouflés dans son manteau.
- Faut pas bouder Miss. me conseilla-t-il, venant poser ses lèvres contre ma joue refroidie.
Cela me réchauffa instantanément.
Après ce léger bisou, je tournai ma tête dans sa direction et lui souris.
- T'es plus belle quand tu souris.
- C'est vrai ? demandai-je inclinant ma tête sur le côté.
Il se rapprocha de mon oreille :
- Non. murmura-t-il.
Je le poussai faussement vexée et son rire raisonna dans toute la rue.
- Tu veux plus de moi c'est ça ! me provoqua-t-il.
- C'est ça ! Tu as deviné. répondis-je plus passive que jamais.
- Bon bah je peux partir alors.
Il commença à partir quand il s'arrêta brusquement, entendant ma voix le retenir :
- Non ! criai-je pour qu'il m'entende.
Il se retournait brusquement.
- Je te manque déjà ?
Je levai les sourcils excédée par sa modestie trop absente.
- Allez viens t'asseoir, j'ai besoin d'un coussin moi !
- J'arrive. râla-t-il en trainant ses pieds.
J'avais l'impression de le connaître depuis des années alors que notre première rencontre s'était faite il y'a seulement une semaine et demi. Je ne m'étais jamais comportée comme tel avec quelqu'un, mais cela n'était pas déplaisant.
- Bon plus sérieusement, comment ça va Amalia ?
- Ça va, et toi Ken ?
- Ça se passe. répliqua-t-il pensif.
Il avait l'air d'être préoccupé par cette question plutôt générale et surtout peu importante, mais son attention était particulièrement centrée là dessus. Je n'osai pas l'interrompre dans ses pensées et décidai de me taire tout en l'observant.
Un silence prit place et je le vis quelques minutes plus tard, sortir brusquement ses pensées, qui m'avait l'air plutôt négatives. Son regard était devenu froid et sa mâchoire contractée. Lui qui avait l'air si doux et drôle il y a quelques instants, il paraissait comme un homme qui en voulait au monde entier, comme si la terre était responsable de ses malheurs et de son mal-être.
- Eh ! Je ne pensai pas que cette question allait te mettre dans des états pareilles. m'inquiétai-je tiraillée entre l'inquiétude et l'incompréhension.
Je me rapprochai de lui et posai ma main sur son épaule.
- Non c'est rien, tu disais ? répliqua-t-il avec un mouvement de recule.
J'étais plongée dans l'incohérence de ses actes et cela m'inquiétai plus que ça ne devrait.
- Désolé, je réfléchis beaucoup, j'ai passé une grosse journée au taf', j'me suis engueulé avec mes gars parce qu'avec la sortie de mon album solo, j'ai pleins de nouveaux trucs qui se sont formés et c'est un stresse permanent, parce que maintenant ma réputation a pris beaucoup plus d'ampleur, non pas que je regrette mais si l'anonymat s'était révélé plus intéressant plus tôt, je n'aurai pas hésité à cacher mon identité au grand publique. Avec mon S-crew ont a toujours fait ça pour nous amuser, c'était chez Mekra qu'on a commencé, et j'ai pas envie que le rap devienne une obligation.
