Chapitre 3 : une journée pluvieuse

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Nous sommes désormais en hiver et le vent souffle sur nous. Dehors, on assisterai presque à une véritable tempête tropicale de force 5. Nous sommes en cours de SVT avec Mme Durand à étudier la partie la plus inintéressante de tout le programme de terminale S : les cailloux et la création de terre. Nous entamerons bientôt l'ADN et j'attends cette partie avec impatience, tout comme le reste de la classe. Classe qui semble morte, à en juger par l'absence de chuchotements et de participation.  Je suis coincé entre Alexandre, qui dessine des volcans en éruption venant détruire des villes entières et Judith qui fait la gueule à Mathias pour une raison jusque là indéterminé. L'ambiance n'est clairement pas au rendez-vous et outre l'immense ennui dans lequel nous nous trouvons, la déprime des mauvais jours et la pression des bulletins du premier semestre n'arrange rien.

Mme Durand fait tout pour nous motiver, multiplie les blagues, bouge des bras énergiquement. Mais rien n'y fait, la classe est endormi.

- Allez, un peu de nerfs, les vilains ! Je ne peux pas faire le cours si vous ne participez pas ! C'est le dernier cours de la journée alors motivez-vous, s'il-vous-plaît... s'écrie-t-elle.

Elle me voit l'observer et elle décide de faire de moi le bouc émissaire. Elle me force à participer, inlassablement, puis décide subitement de changer de victime.

- Merci Sacha mais tu as assez participé aujourd'hui. En plus, c'est inutile, je sais que tu sais et que tu comprends le cours, déclare-t-elle.

Oh oh. Sa stratégie a changé et plus personne n'est à l'abri. N'importe qui pourrait être le prochain a devoir participer. Les élèves appliquent des méthodes ancestrales ; certains font semblant de prendre note, d'autres baissent les yeux, d'autres encore fouillent dans leurs sacs à la recherche d'un collier d'immunité. Qui est-ce la prof choisira après moi ?

Soudain, elle nous regarde, les yeux brillants et injectés de sang. Elle a trouvé sa prochaine victime.

- Puisque personne ne veut participer, ceux qui ont eu une moyenne inférieur  ce trimestre à, disons 12/20, vous allez devoir participer. Héloïse, c'est toi qui commence aujourd'hui.

Héloïse, non sans mal, réponds aux questions de Mme Durand. on voit dans son regard et sa voix tremblotante que le travail demandé par Mme Durand lui est difficile. Après 15 minutes de participation intense, la cloche sonne et les élèves, pressés de s'enfuir, range leurs affaires. Mais Mme Durand nous retient, Héloïse et moi. Elle attend que tout le monde parte avant de commencer à nous parler.

- Héloïse, ta moyenne est vraiment basse ce trimestre, je m'inquiète pour toi.

- Peut-être qu'on pourrait éviter de parler de mes résultats scolaires devant un autre élève, non ? s'énerve Héloïse.

Mme Durand soupire puis enlève ses lunettes avant de serrer entre deux doigts l'arête de son nez. Ce qui signifie qu'elle est énervée mais veut rester calme. Cette prof, je l'avais déjà eu en seconde et je me rappelle de sa gentillesse et de son attention envers les élèves. Je sais qu'elle n'est pas là pour descendre en flèche ses élèves mais pour les aider. Héloïse ne le sait pas ça, vu qu'elle vient d'arriver. Ce qui explique sa réaction.

- En fait, c'est pour ça que j'ai gardé Sacha, reprend Mme Durand. En début de trimestre, je vous ai dit de faire des groupes de révisions. Est-ce que tu en as déjà un ?

- Je révise avec les filles. Inès, Charlotte et Camille, marmonne Héloïse.

- Ah, c'est bien alors. Mais je pense que leurs méthodes ne sont peut-être pas adapté à ta façon de travailler. je sais que tu as beaucoup de pression puisque tu as déjà redoubler une fois mais saches que je ne suis pas ici pour t'engueuler ou te rabaisser. Je ne veux que ton bien.

Mme Durand me regarde et je sais déjà ce qu'elle va dire.

- Écoute, Sacha est un très bon élève et il pourrait t'aider si tu le souhaites. Pas vrai, Sacha ?

- Oui, ça ne me pose aucun problème, je m'entends répondre.

Sauf que ça me pose problème. Cette fille, j'ai mis des mois à essayer de la sortir de mon esprit en me rappelant que je n'avais aucune chance avec elle. Je ne voulais pas être son tuteur bénévole, j'avais d'autres choses à faire. Mais Héloïse accepte étonnamment de réviser avec moi, en promettant un travail assidu à Mme Durand. En sortant de cours, on échange nos numéros de téléphone. Apparemment, nous n'habitons pas loin l'un de l'autre alors nous rentrons ensemble. Silencieusement. En passant devant la boutique du vieux Goudjil, je décide d'y rentrer prendre de ses nouvelles.

- Où tu vas ? Tu vas travailler ? demande Héloïse.

- Non, je vais voir Goudjil. Sa mère est malade alors, tu comprends... Il est angoissé.

- Tu vas souvent le voir ou c'est juste pour m'éviter, réplique-t-elle.

Vexé, je réponds plus froidement que voulu.

- Tu n'as rien dit tu trajet alors je dirais que c'est toi qui veux m'éviter. Depuis le début de l'année, d'ailleurs. Allez, salut !

Et je tourne les talons.

Dans la boutique, Kévin écoute sa musique électro-pop à fond et me fais signe que Goudjil est encore en haut. C'est fou que ce gars sache pourquoi je suis ici, lui qui est d'habitude pas très futé. Je monte et je passe une demi-heure avec Goudjil.

- Elle est vielle alors je comprends, hein ? Mais c'est juste qu'elle me manquera...

Sa tristesse rejaillit un peu sur moi et au lieu de lui remonter le moral, je finis par être déprimé plus qu'autre chose. En rentrant à la maison, je retrouve ma mère préparant ses affaires.

- Ah chéri, tu es déjà là.

- Oui, je suis rentré. Tu pars où ?

- Le travail a appelé et je dois partir un weekend à la campagne.

Je hoche la tête pour toute réponse et m'enfuis dans ma chambre. Ma mère est commerciale et il lui arrive de faire des déplacements. Mais elle en fait de plus en plus souvent depuis que mon père et elle ont perdus leur bébé. J'aurais dû avoir une petite sœur mais comme tout le monde le sait, avoir un bébé à 43 ans et plus risqué qu'à 23. Mon père lui, est partie vivre ailleurs. Il paraît que c'est temporaire mais ça semble définitif. Ils ont tous les deux jugés qu'il valait mieux que je reste dans mon ancien lycée alors j'habite avec ma mère. Mais le plus souvent, je suis seul. Ma maison est un peu une forteresse de malheur et j'aurais préféré aller vivre ailleurs. 

Cette journée est vraiment pourrie.

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