Dimanche 27 octobre 2019 •• I love my friends - Foster the People.
Mathilde fêtait aujourd'hui ses dix-huit ans. Elle était en vacances pour un peu plus d'une semaine seulement car la fac, dans laquelle elle avait fait sa rentrée en septembre pour sa première année de droit, avait un calendrier de vacances différent des collèges et lycées.
Après avoir descendu les escaliers du salon, sa belle-mère l'interpella pour lui souhaiter un joyeux anniversaire et lui avait tendu un petit carton. Mathilde, intriguée, ouvrit avec précaution et en sortit un t-shirt. Une fois le vêtement déplié, elle pu lire l'imprimé "Fabriqué en 2001, pièces d'origines" juste avant que sa belle-mère lui dise de porter ça toute la journée.
Mathilde s'exécuta et partit s'habiller. Quand elle revint, sa grand-mère paternelle, qui venait d'arriver, était installée sur le canapé. Elle était donc partie rejoindre cette dernière qui lui souhaita, à son tour, un très bon anniversaire avant qu'elles se mettent à discuter ensemble.
Pendant que son papa préparait à manger, Mathilde, sa belle-mère et sa mamie discutaient en attendant l'arrivée de son frère, Jules, sa belle-sœur, Linda, et sa nièce, Oxane.
Le programme de cette journée était assez calme pour Mathilde et, même si elle aurait bien aimé organiser quelque chose avec ses amis, une journée sans trop sociabiliser lui convenait aussi. L'idée d'aller en ville en proposant à ses amis de la rejoindre pour passer l'après-midi ensemble lui avait traversé l'esprit. Mais elle y avait renoncé, en se disant d'une part qu'elle était maintenant trop éloignée du centre-ville - depuis que ses parents avaient décidé de déménager trois mois plus tôt - pour avoir la foi de prendre deux bus à la suite, et en sachant d'autre part qu'elle ne pouvait pas laisser en plan sa famille qui avait fait le chemin exprès.
Lorsqu'ils eurent mangé et que Mathilde ait ouvert ses cadeaux, cette dernière alla ranger ceux-ci dans sa chambre et en profita pour parler un peu avec Calandra et répondre aux messages de joyeux anniversaire de ses amis. Sa meilleure amie, comme à son habitude, avait été la première à le lui envoyer. Mathilde savait que Calandra avait quitté dans la matinée les Alpes-Maritimes, là où elle vivait, pour passer quelques jours chez une amie à elle, dans le Rhône - autrement dit pas si loin de là où Mathilde habitait ; alors elle se doutait qu'elle n'allait pas répondre dans la minute.
Une fois redescendue dans le salon, Mathilde, en parlant avec sa famille, repensait à la fois où elle avait vu Calandra pour de vrai. Ce jour-là, Mathilde passait quelques jours chez son frère et sa belle-sœur, dans le Rhône, avant sa rentrée en terminale. Calandra, elle, était chez cette même amie chez qui elle allait aujourd'hui. Après presque cinq ans d'amitié à distance, Calandra avait profité du fait qu'elle était dans le coin pour proposer à Mathilde de se voir. Bien que cette dernière avait très envie de pouvoir passer du temps avec la personne qui la connaissait sûrement le mieux, elle savait que son frère ne la laisserait pas prendre le train seule pour aller voir quelqu'un qu'elle avait rencontré sur internet. C'est pourquoi Calandra avait pris la décision de venir jusqu'à Mathilde.
Cette dernière était sortie de chez son frère et avait traversé la rue pour rejoindre la gare et accueillir sa meilleure amie. Pouvoir la serrer dans ses bras et plaisanter avec elle en l'ayant à côté d'elle lui avait d'abord fait tout drôle après avoir passé cinq années à se parler et se voir via un écran. Puis cette impression s'était vite faite remplacer par celle de n'avoir jamais vraiment eu de distance. Quand Calandra dû repartir, cette dernière, tout comme Mathilde, avait regretté le fait que la journée fut passée si vite.
En fin d'après-midi, quelques temps après que sa belle-mère et sa belle-sœur se soient éclipsées dans l'ancienne maison pour une raison qui avait échappé à Mathilde, son papa, après un coup de fil de sa compagne, lui annonça qu'il fallait les rejoindre. Avant de donner les clés de la voiture à sa fille, il lui avait expliqué qu'elle allait devoir l'aider à bouger un meuble très lourd. Mathilde avait acquiescé sans chercher à comprendre pourquoi ils devaient faire ça tout de suite car, quand la curiosité lui vint en tête, elle était déjà sur la route, suivie de près par sa mamie et son frère.
Juste avant qu'elle ne gare la voiture, le papa de Mathilde quitta le siège passager pour rejoindre sa conjointe et sa bru. Un peu surprise que ce dernier la laisse seule au volant, Mathilde fronça les sourcils en suivant des yeux son père dans les rétroviseur avant de faire sa manœuvre.
Une fois sortie, Mathilde se dirigeait machinalement vers le portail pour rejoindre tout le monde, mais sa belle-sœur l'en empêcha en lui demandant d'aller voir son frère et sa nièce qui, eux, étaient encore dans la voiture de ce dernier. Et, alors qu'elle obtempérait et marchait en direction de la voiture de Jules, sa belle-sœur la rappela pour lui demander de revenir. Sans comprendre ce qu'il se passait, Mathilde retournait sur ses pas. Elle commençait à s'impatienter et se demandait s'ils allaient rester plantés longtemps comme ça au lieu de bouger ce meuble.
Alors que Mathilde commençait à râler, son papa plaisanta avec elle.
"T'es prête à soulever le meuble, hein ? T'es sûre ? Parce qu'il fait environ vingts kilos."
Mathilde était alors rentrée dans son jeu en insinuant qu'elle pouvait porter bien plus que ça après lui avoir demandé pourquoi il la sous-estimait.
En montant les escaliers, sa famille sur ses talons, Mathilde remarqua un bruit inhabituel. Après avoir demandé d'où celui-ci venait, sa belle-mère balbutia une vague réponse. Mathilde avait alors haussé les épaules. Ses parents lui indiquèrent que le fameux meuble se trouvait dans le salon dont l'entrée était juste en face d'elle. Bizarrement, c'était la seule pièce qui, à cause des volets fermés, était plongée dans le noir. Alors, pour pouvoir voir le meuble dont ils parlaient depuis tout à l'heure, Mathilde, qui regardait droit devant elle, tendit la main dans son dos pour appuyer sur l'interrupteur. Mais, alors qu'elle venait d'appuyer, une autre main la contra.
Dans l'incompréhension, Mathilde entreprit de savoir qui avait fait ça et pourquoi. Seulement, elle se figea et prit peur lorsqu'elle vit une dizaine d'ombres à sa gauche. La minute d'après, la lumière s'alluma et elle sursauta en voyant un groupe devant elle qui ressemblait à ses amis lui hurler "JOYEUX ANNIVERSAIRE". Mathilde réalisa alors, quelques secondes plus tard, et après les avoir dévisagé un par un, que c'était vraiment ses amis.
L'émotion et la joie remplacèrent vite la peur. Après un premier tour des visages qui lui faisaient face, elle avait cru rêver en voyant le visage de Calandra qui tentait de se cacher derrière. Pour s'assurer qu'elle ne devenait pas folle, elle regarda à nouveau en détails et réalisa que c'était bien sa meilleure amie qui lui adressait un sourire. Sous le choc et la voix tremblante, elle posait alors une question qui fit rire .
"Mais... Qu'est-ce que vous faîtes tous là ?"
Dès qu'elle eût fini sa phrase, Mathilde, heureuse de les voir ici et davantage heureuse de voir Calandra, ne put retenir ses larmes plus longtemps. Puis, elle avait jeté un coup d'œil autour d'elle et comprit alors à quoi sa belle-mère et sa belle-sœur avaient passé leur après-midi. Elles avaient gonflé des ballons, installé des tables, accroché des banderoles.
Après avoir serré dans ses bras ses amis qu'elle avait rencontré au lycée mais aussi dans son second collège, elle prit dans ses bras sa meilleure amie longuement. Elle était émue que Calandra ait fait tout ce chemin pour être là à son anniversaire.
Puis, après avoir remercié et fait des câlins à sa famille, ils s'étaient éclipsés pour laisser Mathilde et ses amis tous se retrouver et fêter les dix-huit ans de cette dernière.
Pour la deuxième fois de sa vie, elle se sentait flotter. Mais cette fois-ci était différente de la première ; elle flottait car elle était heureuse. Mathilde n'aurait jamais cru, quatre ans en arrière, qu'elle allait rencontrer des personnes aussi bienveillantes comme l'étaient ses amis avec elle.
En y réfléchissant un peu, elle était fière de son évolution. Alors qu'elle avait toujours été sûre qu'elle aurait succombé à ses idées noires et son côté auto-destructrice avant de pouvoir passer son baccalauréat, elle s'était prouvée le contraire lorsqu'elle avait vu "admis" face à son nom le jour des résultats.
C'est lorsqu'elle avait rendu sa copie à la fin de son épreuve d'allemand, la dernière épreuve pour sa filière, qu'elle avait pris conscience qu'elle avait réussi à se reconstruire. Et même si cela n'avait pas toujours été simple, elle avait l'impression d'avoir gagné un véritable combat contre l'adversaire qu'elle redoutait le plus : elle-même.
Mathilde, sereine, observait ses amis profiter de la soirée et se disait qu'elle était enfin sortie du gouffre qu'elle pensait autrefois sans fond, et se promit alors de ne plus jamais y retourner.
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Mathilde et ses maux
No FicciónAyant encore du mal à l'accepter et étant incapable d'écrire à la première personne, j'ai voulu écrire mon "histoire" à travers Mathilde (qui est, apparemment, le prénom que j'ai faillit avoir). J'ai longtemps hésité avant d'écrire tout ça, de me la...
