Chapitre 3

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Lorsque Isabelle entra dans le grand salon, personne ne la regarda mais personne ne lui fit de remarques non plus. Les courtisans avaient  déjà oubliés l'incident du matin, trop occupés à leur vie frivole et maintenant que la jeune fille était habillée avec panache, elle n'était plus source de moqueries. Soudain, elle aperçut Louis XIV. Elle baissa aussitôt la tête et celui-ci la fixa intensément. Les nobles suivirent son regard et s'attardèrent sur la jeune demoiselle quelques instants. Puis, ils reprirent leurs conversations comme si rien ne s'était passé. Le Roi s'approcha d'Isabelle et commença à lui parler :

- Ainsi donc, c'est bien vous la fille du Marquis de Marthe.

La pauvre adolescente ne savait pas quoi répondre à Louis XIV de peur de ne pas respecter l'étiquette. Celui-ci, contemplant son mutisme, éclata de rire et lui dit :

- Voyons ma chère, vous pouvez parler je ne vais point me courroucer ! 

- B... Bonjour mon Seigneur... 

- Je vous imaginais plus intelligente, songea le Roi à haute voix.

- Comment osez-vous ? s'écria Isabelle hors d'elle car elle détestait par dessus tout que l'on dise qu'elle était stupide. Je n'ai prononcé que trois mots parce que vous êtes impressionnant ! Vous êtes le Roi et j'ai peur qu'à la moindre parole incomprise vous me rédigiez une lettre de cachet ! Je ne sais rien de l'étiquète et cela me fait terriblement peur ! Vous ne me connaissez pas, vous ne pouvez donc guère dire si je suis intelligente ou pas et... 

La jeune fille s'interrompit, elle comprit trop tard qu'elle en avait trop dit, elle avait offensé le Roi ! Des larmes roulèrent sur ses joues, faisant dégouliner le fard qu'elle y avait appliqué. Louis XIV se contenta pourtant de rire à nouveau et de lui faire remarquer :

- Vous avez la langue bien pendue ma chère, prenez garde, cela pourrait se retourner contre vous.

- Veuillez m'excuser... Vous êtes trop bon...   

- Ce n'est rien... 

Le jeune Roi lui prit la main, la lâcha et s'en fut avec un sourire. Isabelle rougit et regarda sa paume. A l'intérieur, il y avait un ruban violet. Celui qu'il manquait sur la manche de sa robe ! Ainsi donc, c'était Louis XIV en personne qui lui avait envoyé toutes ces belles tenues ! Mais pourquoi ? Telle était la question. Elle s'assit sur un divan et regarda les gens valser autour d'elle. Elle eut la tête qui tournoya et s'endormit, fatiguée par le voyage.

Lorsqu'elle se réveilla, bon nombre de courtisans la regardaient avec des yeux méchants et Isabelle vit le regard contrit du Roi Soleil posé sur elle. Elle se redressa, prenant soudain conscience de sa positions allongée. Puis, la jeune fille fit comme si rien ne s'était passé et se dirigea vers un homme pour lui demander une danse. Celui-ci se retourna, surpris qu'une femme, à qui il n'avait même pas été présenté, ose lui poser cette question. Mais lorsque leurs yeux se croisèrent, un coup de tonnerre s'abattit sur la salle effervescente. Isabelle sentit ses jambes flageoler mais soutient le regard de son interlocuteur. Il lui prit le poignet et s'élança avec elle sur la piste de danse. Ce fut le moment le plus merveilleux qu'elle eut jamais passé. Rien n'existait autour d'eux, ni les nobles qui murmuraient sur leur passage, ni le Roi qui les fixaient d'un air courroucé. Les deux jeunes gens finirent leur soirée dans les jardins royaux où ils purent discuter à leur aise. 

- Ainsi donc vous êtes Isabelle de Marthe ?

- De toutes évidence, rit celle-ci avant de rétorquer, mais vous ? Qui êtes-vous?

- Je suis un Duc parmi tant d'autre mais... appelez-moi Henri, par ailleurs je suis écrivain royal et... J'ai dix-sept ans.

- Merci, sourit l'adolescente, mais vous... Vous êtes auteur ?  J'adore lire, pourriez-vous me prêter un de vos ouvrages ?

- Oui, avec grand plaisir, si nous nous revoyons d'ici là, j'ai cru remarquer que le Roi n'aimait guère que je vous fréquente.

- Ah bon ? demanda Isabelle avec de grands yeux. Pourquoi cela ?

- Je n'en sais strictement rien.

Les deux amis discutèrent une petite demi-heure et rentrèrent chacun de leur côté. La jeune fille retrouva avec peine son appartement et Marie qui l'attendait. Elle troqua sa robe de soirée contre une chemise de nuit, se rinça la bouche et tomba dans un profond sommeil.

Histoire d'une favorite.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant