3. L'héritier (Mia)

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« Le passé s'est envolé. Cependant, quelques débris demeurent comme l'amour d'un père. Celui-ci est un vrai amour car il est gravé dans le cœur pour toujours et à jamais. »

-Elyosa-

Le bal s'est déroulé avec succès. Personne n'est venu me déranger pendant ma prestation ce que j'ai, d'ailleurs, apprécié. Face à tous ces millionnaires, je ne me sentais pas à ma place. Lorsqu'un homme d'une carrure imposante est monté sur scène, tous les nobles ont cessés tout mouvement. Après les présentations, j'ai rapidement compris que cet homme n'était autre que le prince. Je connais à présent ma cible...

Les souvenirs de la soirée d'hier me reviennent en tête tandis que le soleil fait son apparition dans le ciel de si beau matin. Étant matinale, je me lève et ouvre la fenêtre pour entendre les chants des oiseaux. Plusieurs jardiniers taillent les buissons et coupent les mauvaises herbes. Tout le monde est déjà au travail, je devrais en faire de même. En effet, un garde m'a prévenu que la famille royale tenait à ce que je joue quelques morceaux pendant le petit-déjeuner. Sachant qu'ils mangent à huit heures tapantes, je m'active. Je me vêts d'un T-shirt rouge avec des motifs de papillons et d'un pantalon basique. En descendant, mes yeux se portent sur les domestiques se précipitant pour préparer le petit-déjeuner. Quel stress de travailler pour la famille royale !

Ne trouvant pas le salon dans ce grand palais, je demande mon chemin à une servante passant par là.

— Le salon se situe à droite des escaliers.

— Merci, dis-je en prenant le chemin indiqué par cette jeune femme.

J'entrouvre la porte du salon afin de voir si la famille royale s'y trouve. Je constate qu'il y a seulement des domestiques courant dans tous les sens.

Le séjour est spacieux et lumineux. Effectivement, des fenêtres illuminent la pièce de tous les côtés. De fins et brillants rideaux sont attachés sur le côté de chaque fenêtre. Cinq lustres pendent au-dessus de nos têtes. Bien que le plafond décoré en or soit haut, j'ai la sensation de me sentir écraser par ceux-ci. Plusieurs fauteuils sont disposés autour d'une petite table. Sur ces sièges se trouvent des coussins de formes irrégulières. Le sol est, seulement, recouvert d'un long tapis brun clair ajoutant une touche plus sombre à la pièce.

Au fond de la pièce se trouve une longue table où – je suppose- la famille royale va manger. En face de celle-ci, deux portes en bois massif ne cessent de s'ouvrir par les viens et vas des servantes. Derrière ces portes, les domestiques s'accélèrent dans la cuisine. Pour finir, quelques plantes vertes sur le bord des fenêtres décorent cette somptueuse salle.

Une d'entre elles se dirige vers moi :

— Mais enfin ! Ne restez pas planter là. Vous aurez tout votre temps pour admirer le salon une autre fois. Allez, dépêchez-vous ! Le roi et la reine ne vont pas tarder.

Je me dirige vers le piano à queue se trouvant face à une des fenêtres. Je décide de m'entrainer avant que la reine et le roi entrent dans la pièce. N'entendant plus aucun bruit, je conclue, par moi-même, qu'ils sont, enfin, entrés. Les domestiques se sont, en effet, arrêtés pour faire une révérence à cette lignée royale. Je me retourne pour en faire de même seulement, je fais tomber le tabouret du piano. Celui-ci tombe dans un silence sourd jusqu'à arriver à terre où il fait un grand fracas. Tandis que le roi et la reine se tournent vers moi, je baisse les yeux. Je me maudis dans mon for intérieur. Le souverain ne prononce aucun mot. Par contre, je suis sûre que ses yeux me fusillent... Je remets le tabouret et m'assied hâtivement.

Pour ne pas impatienter ses majestés, mes mains glissent sur le clavier et jouent les notes d'un prélude composé par Johann Sebastian Bach.

Je me remémore le passé avec mon père. À mes six ans, le piano ne m'intéressait pas. Cependant, un jour, mon géniteur m'a éclairé à propos de la raison de l'apprentissage de cet instrument : « Tu forges ton avenir car personne ne t'aidera plus tard. Tu ne peux faire confiance qu'à ta famille. ». Une larme coule le long de mon visage pour chuter sur une touche du piano. Je continue de jouer tout en regardant le ciel en pensant : « Père, ta petite fille se vengera auprès de ceux qui t'ont fait du mal ! Je te le promets. ». Je prie pour que la famille royale n'ait pas vu ce moment de faiblesse. J'essaye tant bien que mal de masquer mes larmes en les ravalant. Je canalise mon attention sur ma partition.

Royal RevengeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant